La juge vénézuélienne María Afiuni, emprisonnée depuis la fin des années 2000 pour avoir libéré un opposant économique, a recouvré sa pleine liberté ce samedi 8 août 2026. Cette décision met un terme à un parcours judiciaire marqué par des accusations qualifiées d’arbitraires par les Nations unies. Selon Le Monde, sa libération intervient après des années de pression internationale et de condamnations répétées envers le régime vénézuélien.
Ce qu'il faut retenir
- María Afiuni, ancienne juge vénézuélienne, a été emprisonnée à partir de 2009 pour avoir ordonné la libération sous caution d’un banquier antichaviste.
- L’ancien président Hugo Chávez avait publiquement réclamé une peine de 30 ans de prison à son encontre, qualifiant son acte de « trahison ».
- L’ONU a qualifié sa procédure de « judiciaire arbitraire », soulignant des violations des droits humains.
- Sa libération intervient après plus de 17 ans de détention, dont plusieurs en isolement.
- Cette affaire reste un symbole des tensions entre le pouvoir judiciaire et l’exécutif au Venezuela.
Un emprisonnement lié à une décision judiciaire controversée
María Afiuni a été incarcérée en décembre 2009 après avoir ordonné la libération sous caution d’Eligio Cedeño, un banquier accusé de fraude financière et considéré comme un opposant au régime chaviste. Sa décision avait suscité une violente réaction de la part de Hugo Chávez, alors président, qui avait exigé une peine exemplaire de 30 ans de prison. « On ne libère pas les voleurs de cet État, c’est une trahison », avait-il déclaré lors d’une allocution télévisée.
Dès son arrestation, María Afiuni a été placée en détention préventive dans des conditions dénoncées par plusieurs organisations internationales. Selon Le Monde, elle a subi des pressions physiques et psychologiques, ainsi que des restrictions d’accès à ses proches et à ses avocats. Son procès, entaché d’irrégularités, a finalement abouti à une condamnation pour « corruption » et « abus d’autorité », malgré l’absence de preuves tangibles.
Une procédure qualifiée d’arbitraire par l’ONU
Dès 2011, le groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations unies avait rendu un avis accablant. Dans un rapport, il estimait que la détention de María Afiuni relevait d’une « violation grave du droit international » et exigeait sa libération immédiate. L’organisation avait souligné que sa condamnation s’inscrivait dans un contexte de répression systématique contre les magistrats indépendants au Venezuela.
« La procédure judiciaire contre María Afiuni a été marquée par des manquements flagrants à la légalité », a rappelé Alfred de Zayas, ancien rapporteur spécial de l’ONU, dans une déclaration relayée par Le Monde. « Son emprisonnement prolongé constituait une punition pour avoir exercé son métier dans l’intérêt de la justice. » Malgré ces condamnations, les autorités vénézuéliennes avaient maintenu leur décision, alimentant les critiques contre le système judiciaire du pays.
Un symbole des tensions politiques et judiciaires au Venezuela
L’affaire Afiuni illustre les rapports tendus entre le pouvoir exécutif et le système judiciaire vénézuélien. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez en 1999, puis de son successeur Nicolás Maduro, de nombreux magistrats ont été destitués ou emprisonnés pour des motifs politiques. Selon des organisations comme Human Rights Watch, plus de 300 juges ont fait l’objet de sanctions ou de pressions depuis 2004, dans le cadre d’une stratégie visant à neutraliser toute opposition au chavisme.
En 2015, le Venezuela avait été suspendu de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) après avoir refusé de se conformer à ses décisions. Cette exclusion avait été justifiée par le non-respect répété des droits humains, dont la détention arbitraire de María Afiuni était un exemple emblématique. Sa libération actuelle intervient alors que le pays tente de normaliser ses relations avec la communauté internationale, après des années d’isolement diplomatique.
La question de la réhabilitation de María Afiuni dans la fonction judiciaire reste également en suspens. Si elle a théoriquement recouvré sa liberté, son retour à la magistrature semble improbable après tant d’années de détention et de pression politique. Son cas continue de symboliser les défis persistants pour l’État de droit en Amérique latine.