Selon Le Monde, une tribune publiée ce jour par l’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu appelle à une refonte profonde des mentalités pour affronter, sans détour, la question des violences sexuelles. Dans cette contribution, l’autrice revient sur l’histoire juridique et culturelle qui a ancré, dans les sociétés modernes, l’idée d’un « droit de propriété » des hommes sur le corps des femmes et des mineurs — une construction qui, selon elle, explique en grande partie la persistance de ces violences.
Pour l’historienne, cette vision trouve ses racines dans des siècles de droit et de normes sociales. Elle souligne que ces violences ne sauraient être considérées comme une fatalité, mais doivent être combattues par une transformation radicale des représentations collectives. Une révolution culturelle, insiste-t-elle, est indispensable pour que la société cesse de normaliser ces atteintes à l’intégrité physique et psychique d’autrui.
Ce qu'il faut retenir
- L’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu publie une tribune dans Le Monde pour dénoncer l’idée d’un « droit de propriété » masculin sur le corps des femmes et des enfants.
- Selon elle, cette conception historique et juridique a nourri la persistance des violences sexuelles en les présentant comme inévitables.
- Elle plaide pour une révolution culturelle afin de cesser de normaliser ces violences et d’en faire un sujet central de la réflexion sociétale.
Une analyse historique des violences sexuelles
Dans sa tribune, Anne-Claude Ambroise-Rendu retrace l’évolution du cadre juridique et social entourant les violences sexuelles en France et dans les sociétés occidentales. Elle rappelle que, pendant des siècles, le droit a souvent été utilisé pour protéger les agresseurs plutôt que les victimes, notamment en légitimant des notions comme la « correction » ou la « défense de l’honneur ». Ces dispositifs, explique-t-elle, ont contribué à ancrer l’idée que le corps des femmes et des enfants était « à la disposition » des hommes, une vision qui a mis des décennies à être remise en cause.
Pour l’historienne, cette histoire n’est pas un simple héritage du passé. Elle rappelle que certains mécanismes persistent aujourd’hui, notamment à travers des discours minimisant la gravité des violences ou blâmant les victimes. « Le patriarcat repose sur l’idée que le corps des enfants et des femmes serait à la disposition des hommes », écrit-elle dans sa tribune, une affirmation qui résume selon elle l’enjeu central de cette lutte.
La nécessité d’une rupture culturelle
Anne-Claude Ambroise-Rendu ne se contente pas de décrire ce système. Elle en appelle à une rupture radicale, comparable aux grands mouvements de libération qui ont marqué l’histoire. Pour elle, la lutte contre les violences sexuelles doit devenir une priorité collective, au même titre que la défense des droits civiques ou l’égalité salariale. Elle critique les approches qui réduisent ces violences à des « cas isolés » ou à des « dérives individuelles », soulignant au contraire leur dimension systémique.
Elle cite notamment les travaux de sociologues et de juristes qui montrent comment les stéréotypes de genre — comme l’idée que les femmes « provoquent » les agressions ou que les enfants sont des « objets de désir » — continuent de façonner les comportements. « Cesser de considérer ces violences comme une fatalité, c’est refuser de leur laisser un espace de légitimité », a-t-elle déclaré au Monde. Selon elle, cette prise de conscience doit s’accompagner de mesures concrètes : éducation dès le plus jeune âge, formation des professionnels, et surtout, une volonté politique forte pour briser les tabous.
Cette réflexion s’inscrit également dans le cadre des travaux de la commission indépendante sur les violences sexuelles et sexistes (CIIVISE), dont le rapport final est attendu pour la fin de l’année 2026. Ses conclusions pourraient, selon plusieurs observateurs, servir de base à une future loi-cadre, si les pouvoirs publics décident de s’en emparer.
Un débat qui dépasse les frontières
Si la tribune est publiée en France, son autrice souligne que le phénomène n’est pas limité à un seul pays. Dans de nombreuses sociétés, des mouvements féministes et des associations luttent contre des lois et des coutumes qui perpétuent l’idée d’une « disponibilité » du corps des femmes et des enfants. Elle cite l’exemple de pays où le viol conjugal n’est toujours pas reconnu, ou de sociétés où les mariages précoces sont encore légaux — des pratiques qui, pour elle, découlent directement de cette même logique patriarcale.
Pour Anne-Claude Ambroise-Rendu, la solution passe par un changement de paradigme : « Il ne s’agit pas seulement de punir les agresseurs, mais de transformer les mentalités ». Elle cite l’éducation comme outil clé, mais aussi les médias, qui ont un rôle à jouer dans la déconstruction des stéréotypes. Autant dire que la révolution culturelle qu’elle appelle de ses vœux ne sera ni simple ni rapide — mais qu’elle est, selon elle, indispensable pour construire une société plus juste.
L’historienne pointe notamment la persistance de stéréotypes de genre ancrés dans les lois et les mentalités, ainsi que la minimisation systémique de ces violences, souvent réduites à des « cas isolés » plutôt qu’analysées comme un phénomène structurel. Elle critique aussi l’absence de volonté politique forte pour imposer des mesures éducatives et juridiques ambitieuses.