Depuis avril 2026, l’hôpital IRCSS Maugeri de Milan teste un robot humanoïde nommé Alter-Ego, conçu par l’Institut italien de technologie et l’université de Pise. Ce projet, révélé par Ouest France, marque une étape supplémentaire dans l’intégration de la robotique et de l’intelligence artificielle (IA) dans le domaine médical, particulièrement pour les patients atteints de maladies neurodégénératives.

Ce qu'il faut retenir

  • Un robot de 1,20 mètre doté de bras articulés et de mains précises, capable d’interagir avec les patients et les soignants.
  • Une assistance personnalisée pour évaluer la douleur, guider les patients ou transmettre des messages entre médecins et équipes soignantes.
  • Une phase pilote en cours depuis trois mois dans un service dédié aux personnes atteintes de sclérose latérale amyotrophique (SLA).
  • Un passage à l’autonomie prévu en juillet 2026 après une phase initiale pilotée à distance par un opérateur humain.
  • Une réflexion éthique et pratique sur les limites de l’automatisation dans le secteur hospitalier, notamment pour préserver la relation humaine.

Un robot conçu pour faciliter le quotidien des patients et des soignants

Avec une taille d’1,20 mètre, Alter-Ego se distingue par son design humanoïde. Ses bras et mains finement articulés, associés à des sourcils expressifs, lui permettent d’effectuer des tâches variées : représenter un médecin à distance, distribuer une bouteille d’eau à un patient ou même l’accompagner dans les couloirs de l’hôpital. Pour Daniel Senna, un patient de 31 ans atteint de SLA et en fauteuil roulant, le robot joue un rôle clé dans son suivi médical. Grâce à un écran fixé sur sa poitrine, le patient évalue son niveau de douleur, une donnée immédiatement transmise aux infirmières pour ajuster son traitement.

Ce projet a été mis en place dans le service de rééducation neuromotrice de l’hôpital, où les besoins en assistance sont particulièrement élevés. « Salut Dani, comment tu vas ? Tu as besoin de quelque chose ? », interroge Alter-Ego d’une voix synthétique. Le robot est testé depuis trois mois, une période durant laquelle les soignants ont pu observer les réactions des patients et affiner les usages possibles de la machine.

Une innovation saluée par les professionnels de santé

Au début du déploiement, certains soignants craignaient une réaction négative des patients face à cette technologie. « Au contraire, on a été très satisfait parce que le robot a été conçu pour susciter la curiosité et il a des mouvements ou, en tout cas, des fonctions qui laissent entrevoir plein d’utilisations », explique Christian Lunetta, directeur du département de rééducation neuromotrice à l’hôpital Maugeri. Pour lui, Alter-Ego ne remplace pas l’humain, mais permet de déléguer certaines tâches répétitives et chronophages.

« Comme dans toute entreprise, il y a dans les hôpitaux des activités répétitives, qui doivent être réalisées avec une certaine précision », souligne-t-il. Autant dire que ces activités pourraient être confiées à un robot, libérant ainsi du temps pour les soignants. « Cela permet aussi de valoriser l’être humain, d’une certaine façon, de lui donner le temps de s’occuper de cette relation humaine qu’il doit entretenir avec le patient. »

Des limites éthiques clairement définies

Malgré ses capacités, Alter-Ego reste encadré par des règles strictes. « Toutes les activités de contact avec la personne sont restées réservées aux soignants et aux aidants », rappelle Rachele Piras, neurologue dans l’établissement. Par exemple, l’administration de médicaments reste du ressort exclusif des infirmières, qui vérifient notamment que le patient a bien compris les instructions et que la prise se déroule sans encombre.

Cependant, à mesure que la maladie neurodégénérative progresse, les besoins des patients évoluent. Le robot devient alors un intermédiaire rassurant : il permet au patient de demander directement ce dont il a besoin, tout en réduisant la charge de l’aidant, qui peut ainsi retrouver un rôle plus personnel, comme celui de compagnon, de mère ou de fille. « D’un côté, le patient a la possibilité de demander directement des choses au robot et se sent plus à l’aise. De l’autre, l’aidant est moins dans l’assistance directe et revient, à certains moments, en tant que simple compagnon », précise la neurologue.

Vers une autonomie progressive du robot

Pour l’instant, Alter-Ego est piloté à distance par un professionnel de santé. Mais une nouvelle phase de tests est prévue dès juillet 2026 pour lui permettre d’agir de manière autonome. Cette montée en puissance s’appuie sur les progrès récents de l’IA, même si les robots nécessitent encore un entraînement intensif pour fonctionner de façon indépendante et sûre.

L’enjeu de cette expérience milanaise est double : évaluer, en collaboration avec les patients et les soignants, les limites techniques et éthiques de l’automatisation dans un environnement hospitalier. « Il s’agit de comprendre ce que peut ou doit faire un robot dans un service hospitalier », indique Manuel Catalano, chercheur à l’Institut italien de technologie. À terme, ce type de technologie pourrait également accompagner les patients et leurs aidants à domicile, notamment pour des tâches logistiques ou de surveillance.

Et maintenant ?

La prochaine étape consistera à tester l’autonomie du robot à partir de juillet 2026, une phase qui permettra d’affiner ses capacités et de déterminer dans quelle mesure il peut soulager les équipes soignantes sans empiéter sur leur rôle central. Les résultats de cette expérience pourraient influencer les futures intégrations de robots dans d’autres hôpitaux européens. Reste à voir si les patients et les soignants accepteront pleinement cette technologie, et comment elle évoluera pour répondre à des besoins toujours plus complexes.

Alors que la robotique médicale continue de progresser, ce projet milanais illustre une tendance de fond : utiliser l’innovation pour compléter, plutôt que remplacer, l’expertise humaine. Mais jusqu’où peut-on automatiser sans perdre l’essentiel de la relation soignant-soigné ? La réponse se construira dans les mois à venir, au rythme des tests et des ajustements.

À partir de juillet 2026, le robot devrait fonctionner de manière autonome, sans intervention humaine directe. Les équipes de l’hôpital Maugeri et de l’Institut italien de technologie évalueront ses performances et ses limites avant d’envisager un déploiement plus large.

Non, Alter-Ego est conçu pour assister les soignants en prenant en charge des tâches répétitives ou logistiques, mais il ne remplace pas les interactions humaines, notamment pour les soins ou le soutien émotionnel. Toutes les activités nécessitant un contact direct restent réservées aux professionnels de santé.