Un collectif d’élèves diplômés de l’École polytechnique a interrompu la cérémonie de remise des diplômes, vendredi 6 juin 2026, pour dénoncer une formation qu’ils estiment servir les intérêts des grandes entreprises dont les activités, selon eux, « détruisent le vivant ou alimentent les logiques de guerre ». Selon Le Monde, cette action symbolique s’est déroulée en présence de l’ensemble des nouveaux ingénieurs et de leurs familles, transformant un événement traditionnel en tribune militante.

Ce qu'il faut retenir

  • Un collectif d’élèves de Polytechnique a interrompu la remise des diplômes pour dénoncer l’influence des grandes entreprises sur leur formation.
  • Ils accusent ces entreprises de participer à des « ravages sociaux, écologiques et militaires » à travers leurs activités.
  • L’action s’est tenue lors de la cérémonie officielle, en présence des familles et des nouveaux diplômés.
  • Le collectif critique une formation jugée au service d’intérêts économiques et industriels controversés.

Cette intervention, improvisée lors d’un moment solennel, a duré plusieurs minutes. Les étudiants porte-parole du mouvement ont pris la parole depuis la scène, sous les yeux des invités. « Nous ne pouvons plus ignorer que notre formation, censée être au service de la société, est en réalité formatée pour servir les intérêts de quelques multinationales dont les activités accélèrent la destruction de notre planète et alimentent les conflits armés », a déclaré l’un des membres du collectif, sous couvert d’anonymat. Selon Le Monde, cette critique vise en particulier des entreprises du secteur de l’énergie, de la défense et de la finance, souvent citées pour leur impact environnemental ou géopolitique.

Les organisateurs de la cérémonie n’ont pas immédiatement réagi à cette interruption, mais la direction de l’école a confirmé à Le Monde qu’une réunion avec les étudiants concernés serait organisée « dans les meilleurs délais ». « Polytechnique forme des ingénieurs capables de répondre aux enjeux de leur temps. Nous prenons très au sérieux les préoccupations exprimées par nos élèves », a indiqué un porte-parole de l’établissement, sans préciser si des mesures concrètes étaient envisagées.

Cette action s’inscrit dans un mouvement plus large de remise en question des liens entre les grandes écoles et les entreprises, notamment dans les secteurs les plus controversés. En 2025 déjà, des associations étudiantes avaient pointé du doigt le poids des lobbies industriels dans les cursus, dénonçant une « complicité passive » avec des activités jugées néfastes. Le collectif de Polytechnique a d’ailleurs cité en exemple plusieurs entreprises ciblées par des rapports d’ONG ou des enquêtes journalistiques pour leur rôle dans des projets liés à la guerre en Ukraine ou à l’exploitation intensive des ressources naturelles.

« Nous refusons de sortir de cette école en étant complices, même indirectement, de ce système. Notre diplôme ne doit pas être un sauf-conduit pour rejoindre des entreprises qui détruisent des vies et des écosystèmes », a affirmé un porte-parole du collectif, cité par Le Monde.

Cette prise de position intervient alors que les grandes écoles françaises font face à une pression croissante pour intégrer davantage d’éthique et de responsabilité sociale dans leurs programmes. Plusieurs établissements, comme l’École des mines ou CentraleSupélec, ont récemment modifié leurs enseignements pour inclure des modules sur la transition écologique ou l’éthique des technologies. Polytechnique, de son côté, n’a pas annoncé de réforme structurelle, mais a indiqué « étudier des pistes » pour renforcer la transparence sur les partenariats avec le monde industriel.

Et maintenant ?

Une réunion entre la direction de Polytechnique et les étudiants concernés est attendue dans les prochains jours. Les organisateurs de la cérémonie n’ont pas précisé si des sanctions seraient prises à l’encontre des diplômés ayant participé à l’interruption. Par ailleurs, cette action pourrait relancer le débat sur l’influence des entreprises dans les formations d’ingénieurs, avec une possible mobilisation d’autres établissements dans les semaines à venir. Enfin, le collectif a indiqué qu’il publierait prochainement un manifeste détaillant ses propositions pour une réforme de l’enseignement supérieur, sans donner de date précise.

Cette initiative rappelle les mobilisations étudiantes des années 2010 contre les partenariats avec les entreprises du nucléaire ou de l’armement. À l’époque, ces actions avaient conduit à des ajustements dans les cursus, mais sans remettre en cause l’essentiel des collaborations. Reste à voir si le contexte actuel, marqué par l’urgence climatique et les tensions géopolitiques, incitera les grandes écoles à aller plus loin cette fois-ci.

Le collectif n’a pas cité de noms précis dans ses déclarations publiques, mais a évoqué des entreprises du secteur de l’énergie, de la défense et de la finance. Selon Le Monde, certaines sont régulièrement pointées du doigt pour leur rôle dans des projets liés à la guerre en Ukraine ou à l’exploitation intensive des ressources naturelles.