Le meurtre de Lyhanna, 11 ans, a révélé une fois de plus les dysfonctionnements persistants au sein de l’institution judiciaire française. Neuf mois après le dépôt d’une plainte circonstanciée pour plusieurs viols sur mineure, assortie de certificats médicaux concluants, aucune mesure n’a été prise à l’encontre d’un homme déjà fiché pour des agressions sexuelles sur mineurs. Selon Le Figaro, cette affaire illustre selon l’ancien juge d’instruction Hervé Lehman, avocat au barreau de Paris, une stratégie récurrente des syndicats de magistrats : invoquer systématiquement le manque de moyens pour éviter de questionner la responsabilité individuelle des acteurs judiciaires.
Ce qu'il faut retenir
- Une plainte pour viols sur mineure, déposée neuf mois avant le meurtre de Lyhanna, n’a entraîné aucune mesure d’intervention malgré des preuves médicales et un profil déjà fiché pour agressions sexuelles sur mineurs.
- Hervé Lehman, ancien juge d’instruction, dénonce dans une tribune au Figaro l’usage systématique du « manque de moyens » comme prétexte pour éluder les questions de responsabilité individuelle des magistrats.
- L’affaire Lyhanna est présentée comme un symbole de la « faillite de la justice française », son meurtrier étant signalé depuis 2017 sans avoir jamais été inquiété.
Une plainte ignorée malgré des preuves accablantes
Neuf mois avant l’homicide de Lyhanna, une plainte détaillée pour plusieurs viols sur une enfant avait été déposée. Cette plainte s’appuyait sur des certificats médicaux concluants et visait un homme déjà référencé au fichier des antécédents judiciaires pour des procédures d’agressions sexuelles sur mineurs. Pourtant, aucune mesure préventive ou répressive n’a été prise à son encontre. Comme le souligne Hervé Lehman, ancien juge d’instruction aujourd’hui avocat à Paris, « le meurtre d’un enfant est épouvantable ; lorsqu’il aurait pu être évité si les personnes concernées avaient fait leur travail, il devient insupportable ».
Dans sa tribune publiée par Le Figaro, il rappelle que la réaction des syndicats de magistrats, consistant à invoquer le « manque de moyens » comme explication unique, relève selon lui d’une stratégie de diversion pour éviter d’assumer les responsabilités individuelles. L’inspection judiciaire doit prochainement préciser le déroulement de la procédure et identifier les manquements, mais les premières observations pointent déjà des lacunes du côté du parquet et des forces de l’ordre.
La justice française face à l’accusation de « faillite »
L’affaire Lyhanna s’inscrit dans une série de dysfonctionnements judiciaires ayant conduit à des drames évitables. Selon Le Figaro, son meurtrier était déjà signalé depuis 2017 dans le système judiciaire, sans que cela n’ait entraîné de mesures de protection ou de surveillance particulières. Cette situation a relancé les critiques contre l’institution, accusée de négligence et de lenteur structurelle. Comme le note Lehman, « invoquer le manque de moyens permet surtout à la justice de ne rien changer à ses modes de fonctionnement » — une phrase qui résume selon lui l’attitude adoptée par une partie des magistrats et des syndicats lorsqu’ils sont confrontés à des échecs retentissants.
Pour l’ancien magistrat, cette rhétorique du « manque de moyens » sert avant tout à détourner l’attention des responsabilités concrètes : « La réaction des syndicats et organisations de magistrats qui entonnent l’air habituel du « ce n’est pas notre faute, on manque de moyens » est aussi insupportable. » Une assertion qui souligne le malaise persistant au sein d’un système judiciaire déjà sous pression.
Un ancien juge d’instruction prend position contre les dysfonctionnements systémiques
Hervé Lehman, auteur de l’ouvrage Justice, une lenteur coupable (PUF, 2002), s’exprime aujourd’hui en tant qu’avocat au barreau de Paris. Dans sa tribune au Figaro, il revient sur des années d’expérience pour dénoncer une logique institutionnelle où l’autocritique se heurte à des mécanismes de défense corporatistes. « On ne pourra jamais oublier » Lyhanna, rappelle-t-il, avant d’ajouter que son cas devrait servir de leçon — à condition que les leçons soient effectivement tirées.
Il pointe notamment du doigt le parquet et les forces de l’ordre, dont les dysfonctionnements ont été mis en lumière par l’absence de réaction face à une plainte pourtant étayée. « Du côté du parquet et des gendarmes… », écrit-il, laissant planer une critique implicite sur la coordination défaillante entre les différents acteurs de la chaîne pénale. Une situation qui, selon lui, ne saurait être résolue par des incantations budgétaires, mais par une remise en cause profonde des pratiques professionnelles.
Pourtant, comme le rappelle Lehman, la véritable question reste celle de la réactivité et de la responsabilité individuelle. Tant que les dysfonctionnements concrets ne seront pas traités, les réformes structurelles risquent de rester lettre morte. L’affaire Lyhanna, en cela, pourrait bien servir de catalyseur — ou, à l’inverse, de nouvelle illustration des limites d’un système judiciaire en crise.
Plusieurs pistes sont régulièrement évoquées, comme l’amélioration de la coordination entre parquet, gendarmerie et services sociaux, la systématisation des alertes en cas de profil à risque déjà fiché, ou encore le renforcement des moyens humains et techniques pour traiter les plaintes avec célérité. Cependant, comme le souligne Hervé Lehman dans sa tribune, ces mesures doivent s’accompagner d’une remise en cause des pratiques professionnelles existantes pour être réellement efficaces.
Selon Hervé Lehman, cette rhétorique sert avant tout à éviter d’assumer les responsabilités individuelles et collectives. En mettant en avant des contraintes budgétaires structurelles, les syndicats de magistrats éludent les questions sur la formation, l’organisation ou encore la culture professionnelle des acteurs judiciaires. Une stratégie qui, selon lui, permet à l’institution de se protéger sans engager de réforme profonde.