Vingt-huit fillettes et adolescentes âgées entre 7 et 15 ans ont été victimes d’abus sexuels perpétrés par leur maître coranique à Touba, dans le centre-ouest du Sénégal. L’affaire, révélée lors d’une audience publique le 8 juin 2026 devant la chambre criminelle de Diourbel, a conduit à la condamnation de Serigne Khadim Mbacké, 36 ans, à une peine de vingt ans de prison ferme — la peine maximale prévue par le code pénal sénégalais. Ces faits, survenus au sein d’une daraa (école coranique) fondée en 2017, ont été portés devant la justice après une première alerte publique en mai 2023, lorsque la colère des habitants de Touba avait forcé les autorités à réagir. Selon Courrier International, qui rapporte cette affaire, l’accusé, descendant direct de Serigne Touba — fondateur de la confrérie mouride, l’une des plus influentes du pays —, a été formellement identifié et poursuivi pour « abus sexuels sur mineurs » et « violences aggravées ».
Ce qu'il faut retenir
- Vingt-huit victimes mineures, âgées de 7 à 15 ans lors des faits, ont été violentées entre 2017 et 2023 au sein d’une daraa à Touba.
- Serigne Khadim Mbacké, 36 ans, a été condamné à vingt ans de prison, soit la peine maximale prévue par le droit sénégalais pour ces chefs d’accusation.
- L’affaire a éclaté publiquement le 31 mai 2023, lorsque des habitants de Touba ont pris d’assaut la résidence de l’accusé.
- Les victimes ont témoigné en détail lors de l’audience du 8 juin 2026 devant la chambre criminelle de Diourbel, à 170 km à l’est de Dakar.
- L’accusé est un descendant direct de Serigne Touba, fondateur du mouridisme, une confrérie musulmane majeure au Sénégal.
Une daraa au cœur de la cité religieuse de Touba
La daraa incriminée, créée en 2017 dans la ville sainte de Touba, est un établissement coranique traditionnel où des enfants — majoritairement des garçons — sont accueillis pour apprendre le Coran. Cependant, selon les documents judiciaires consultés par L’Observateur, un quotidien sénégalais cité par Courrier International, l’accusé aurait détourné cette institution à des fins personnelles. Les victimes, toutes de sexe féminin, ont décrit des violences répétées commises sur une période de plusieurs années. Vingt-six d’entre elles étaient présentes lors de l’audience du 8 juin 2026, où elles ont pu exposer, sous couvert d’anonymat, les faits dont elles avaient été victimes. Les aveux de l’accusé, ainsi que les témoignages concordants, ont convaincu la cour de la gravité des actes.
Touba, située à quelque 180 kilomètres de Dakar, est considérée comme le cœur spirituel du mouridisme. La ville abrite la grande mosquée de Touba, lieu de pèlerinage annuel pour des millions de fidèles. L’accusé, Serigne Khadim Mbacké, appartient à une lignée respectée au sein de cette confrérie, ce qui avait jusqu’alors protégé son image publique. Pourtant, la révélation de ces agissements a provoqué une onde de choc dans la communauté, conduisant à une intervention directe de la population contre l’accusé dès 2023.
L’éruption de la colère populaire et l’intervention de la justice
Le 31 mai 2023, des habitants de Touba, informés de la procédure judiciaire engagée contre Serigne Khadim Mbacké, ont pris d’assaut sa résidence. La rumeur s’était répandue dans la ville que l’accusé, prévenu par son frère des poursuites à son encontre, cherchait à fuir. La foule, en colère, a forcé les portes du domicile, contraignant les forces de l’ordre à intervenir pour éviter une escalade violente. Cet épisode a marqué le début d’une médiatisation accélérée de l’affaire, poussant les autorités à accélérer les procédures judiciaires.
Selon les éléments transmis à la presse par Seneweb, un média en ligne sénégalais, les victimes ont livré un récit détaillé des agressions lors de l’audience du 8 juin 2026. Les propos recueillis par les juges décrivent des faits systématiques, commis dans un cadre éducatif perverti. L’accusé, reconnu coupable d’abus sexuels et de violences sur mineures, a écopé de la peine maximale prévue par l’article 298 du code pénal sénégalais, qui sanctionne les violences sexuelles sur enfants de moins de 15 ans. La cour n’a retenu aucune circonstance atténuante.
Un procès sous haute tension et des questions en suspens
L’audience s’est tenue dans une salle de tribunal de Diourbel sous haute surveillance, en raison du risque de pression locale. Les 26 victimes présentes ont été entendues séparément, afin de préserver leur anonymat et d’éviter toute intimidation. Les avocats de la défense n’ont pas contesté les faits, mais ont plaidé en faveur d’une peine réduite, évoquant le contexte social et religieux de l’accusé. La cour a finalement retenu la qualification de violences aggravées, en raison de l’abus d’autorité et de la vulnérabilité extrême des victimes, toutes mineures au moment des faits.
Reste à savoir si d’autres victimes, non identifiées lors de l’enquête, pourraient se manifester dans les mois à venir. Les associations de défense des droits de l’enfant au Sénégal, comme l’ONG « Touche pas à mon enfant », ont déjà appelé à une enquête plus large pour s’assurer qu’aucun cas similaire n’a été occulté. Par ailleurs, la question de la responsabilité institutionnelle de la daraa elle-même — et de son éventuelle fermeture — pourrait faire l’objet de débats dans les semaines à venir.
« Les 26 victimes présentes à l’audience ont raconté le film de l’horreur dans les moindres détails. »
Cette affaire rappelle également la nécessité d’un dialogue accru entre les autorités religieuses et l’État pour encadrer les pratiques éducatives traditionnelles. Le mouridisme, comme d’autres confréries sénégalaises, joue un rôle central dans la société, mais son influence ne doit pas servir de bouclier à des comportements criminels. La justice sénégalaise a envoyé un signal fort en infligeant la peine maximale. Reste à savoir si ce verdict suffira à dissuader d’autres dérives dans un système où l’autorité religieuse prime souvent sur la loi.