Alors que les feux de forêt ravagent chaque été des milliers d’hectares en Europe, la question des moyens aériens de lutte contre les incendies s’impose avec une acuité particulière. Selon Le Figaro, la France enregistre depuis le début de l’été 2026 un bilan catastrophique, avec plus de 100 000 hectares brûlés d’ici la mi-juillet — un chiffre qualifié de « record historique » par Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur. Parmi les départements les plus touchés figurent l’Aude, l’Hérault, les Pyrénées-Orientales, la Gironde, les Landes, le Var, le Gard et les Bouches-du-Rhône, où des incendies d’une violence exceptionnelle ont détruit des zones forestières et urbanisées.

Ce qu’il faut retenir

  • Plus de 100 000 hectares brûlés en France à la mi-juillet 2026, un record depuis 20 ans selon le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez.
  • Huit départements français (Aude, Hérault, Pyrénées-Orientales, Gironde, Landes, Var, Gard, Bouches-du-Rhône) particulièrement touchés par des incendies violents.
  • En juillet 2026, Jean-Luc Mélenchon accuse Gabriel Attal d’avoir annulé la commande de deux Canadair, qualifiant la décision d’économies mal placées.
  • Le gouvernement Attal rétorque avoir commandé deux Canadair en août 2024, mais des coupes budgétaires ont empêché l’achat de deux appareils supplémentaires initialement prévus.
  • Les Canadair, bombardiers d’eau amphibies, restent une capacité aérienne rare et stratégique en Europe, réservée à quelques pays.

Un débat politique sur les moyens aériens de lutte contre les incendies

La crise des incendies a relancé un débat national sur les moyens de prévention et d’intervention. Lors d’un discours en Bretagne le 14 juillet 2026, Jean-Luc Mélenchon a vivement critiqué Gabriel Attal, alors Premier ministre, l’accusant d’avoir annulé la commande de deux Canadair. « Monsieur Attal ne savait pas où économiser. Il a dit : les Canadair, tout le monde s’en fout », a-t-il déclaré. Le leader de La France Insoumise a également rappelé que son gouvernement avait, entre 2012 et 2017, réalisé les seules commandes de Canadair depuis vingt ans en France.

Gabriel Attal, pour sa part, a rejeté ces accusations lors d’une conférence de presse. Il a précisé que son gouvernement avait bien commandé deux Canadair en août 2024, mais que des restrictions budgétaires avaient conduit à l’abandon de deux appareils supplémentaires initialement prévus dans le cadre d’un contrat initial. Des documents officiels, consultés par Le Figaro, confirment cette version : si la commande initiale portait sur quatre appareils, seuls deux ont finalement été achetés.

La France face à un déficit de moyens face à l’intensification des incendies

Les Canadair, ces avions bombardiers d’eau capables de décoller et d’atterrir sur l’eau, représentent une ressource clé dans la lutte contre les mégafeux. Pourtant, la France ne dispose que d’une flotte limitée : selon les dernières données disponibles, elle compterait seulement dix Canadair, un nombre jugé insuffisant par de nombreux experts face à l’ampleur des incendies récurrents. À titre de comparaison, l’Espagne en compte près de quarante, tandis que l’Italie et la Grèce en alignent respectivement une vingtaine et une dizaine.

Cette situation place la France dans une position de dépendance accrue vis-à-vis de la solidarité européenne. Comme le rapporte Le Figaro, plusieurs pays ont déjà apporté leur soutien logistique en 2026 : la Suède a déployé des avions légers, la Croatie des Canadair, la République tchèque des hélicoptères. Une aide précieuse, mais qui ne saurait remplacer une capacité nationale renforcée. En 2023 déjà, la France avait dû solliciter des avions italiens et espagnols pour faire face à la vague de feux qui avait frappé le sud du pays.

Les défis budgétaires et industriels derrière les commandes d’appareils

Le coût des Canadair, estimé à plus de 50 millions d’euros par appareil, explique en partie les réticences budgétaires. Chaque appareil nécessite un entretien régulier et une formation spécifique des équipages, ce qui alourdit la facture globale. Pourtant, le retour sur investissement semble se justifier : selon une étude de l’Institut national de recherche forestière (INRAE), chaque euro investi dans la prévention et la lutte aérienne permet d’économiser jusqu’à 7 euros en dommages évités.

Le gouvernement a indiqué qu’un nouveau plan de modernisation des moyens aériens était à l’étude, mais aucune échéance précise n’a été avancée. Pour l’instant, la priorité reste la coordination avec les pays voisins et l’optimisation des ressources existantes. Reste à savoir si cette approche suffira à faire face à l’aggravation des incendies, dont l’intensité et la fréquence augmentent sous l’effet du réchauffement climatique.

Et maintenant ?

Le gouvernement devrait rendre public d’ici la fin de l’été 2026 un rapport sur l’état des moyens aériens de lutte contre les incendies. Ce document pourrait servir de base à une révision du budget alloué à l’acquisition de nouveaux appareils, voire à la relance d’une filière industrielle française de production de Canadair. Une décision cruciale, alors que les projections des climatologues prévoient une multiplication des épisodes de sécheresse et de canicule dans les décennies à venir.

Dans l’immédiat, la France continuera de dépendre largement de la coopération européenne. Une réunion des ministres de l’Intérieur des pays membres est prévue en septembre 2026 pour renforcer la coordination des moyens aériens. L’enjeu sera de savoir si cette solidarité pourra compenser le retard accumulé dans les investissements nationaux.

Les Canadair sont des avions spécialisés capables de décoller et d’atterrir sur l’eau, ce qui leur permet de faire des rotations rapides pour larguer des milliers de litres d’eau sur les feux. Leur mobilité et leur capacité de charge en font un outil indispensable pour éteindre les incendies dans des zones reculées ou difficiles d’accès.

Pour l’instant, aucun projet concret de production nationale n’a été annoncé. La France dépend donc des achats à l’étranger, principalement auprès de l’américain De Havilland Canada, le seul fabricant mondial de ces appareils. Une relocalisation de la production serait un chantier industriel majeur, nécessitant des investissements importants et un horizon de plusieurs années.