Entre spiritualité, pop culture et quête de sens, le célèbre pèlerinage espagnol séduit un public inattendu : les Sud-Coréens. Selon nos confrères de Courrier International, leur affluence ne cesse de croître depuis deux décennies, transformant Santiago de Compostelle en une destination majeure pour les voyageurs de Corée du Sud. En 2024, pas moins de 9 500 Coréens ont ainsi atteint la cathédrale galicienne, marquant une progression spectaculaire par rapport aux 18 pèlerins enregistrés en 2004. Une évolution qui interroge autant qu’elle fascine.

Ce qu'il faut retenir

  • En 2024, 9 500 Sud-Coréens ont achevé leur pèlerinage à Santiago de Compostelle, contre seulement 18 en 2004.
  • La Corée du Sud est désormais le 8ᵉ pays le plus représenté sur le chemin de Compostelle, avec 8 224 pèlerins en 2019.
  • Trois œuvres culturelles — un livre et deux télé-réalités — ont joué un rôle clé dans l’essor de cette tendance.
  • 10 % de la population sud-coréenne est catholique, une religion qui imprègne fortement le symbolisme du chemin.
  • Des initiatives locales, comme le Dongseo Trail, s’inspirent désormais du modèle espagnol.

Un phénomène en hausse depuis les années 2000

L’attrait des Sud-Coréens pour le chemin de Compostelle n’est pas un hasard, mais le résultat d’une évolution progressive. Comme le souligne le Diario de Santiago, cité par Courrier International, le nombre de pèlerins originaires de Corée du Sud a connu une croissance fulgurante : de 8 224 en 2019 — année record avant la pandémie — à 9 500 en 2024. Cette progression a permis à la Corée du Sud de se hisser au 8ᵉ rang des nationalités les plus représentées sur le trajet, derrière des pays comme l’Italie, les États-Unis ou l’Allemagne. — Un parcours qui, malgré les différences culturelles et géographiques évidentes entre l’Espagne et la Corée du Sud, a su séduire une population en quête de sens.

Spiritualité, randonnée et diplomatie culturelle

Plusieurs facteurs expliquent cet engouement soudain. D’abord, le poids de la catholicisme en Corée du Sud, où cette religion rassemble 10 % de la population. Bien que minoritaire, elle occupe une place symbolique importante, et le chemin de Compostelle est vécu comme un pèlerinage profond, bien au-delà d’un simple voyage touristique. — D’après Le Diario de Santiago, cette dimension spirituelle est renforcée par une tradition coréenne de voyages collectifs, où l’aspect communautaire et l’épreuve physique jouent un rôle central.

Ajoutons à cela une passion nationale pour la randonnée : en Corée du Sud, 11,3 % des 15 millions de randonneurs ont déjà effectué au moins un sentier de grande randonnée, selon The Korea Times. Une culture du trek qui, combinée à une quête de dépaysement, a naturellement trouvé un écho dans le modèle compostellan. — Reste à comprendre pourquoi ce phénomène a pris une telle ampleur ces dernières années.

Le rôle décisif de la pop culture

Comme souvent, la culture populaire a servi de catalyseur. Trois œuvres, en particulier, ont marqué un tournant. En 2006, la publication du livre « Le Voyage d’une femme seule » de Kim Nam Hee, qui relate son expérience sur les chemins de Saint-Jacques, a suscité un vif intérêt. L’ouvrage, tiré de son propre périple, a convaincu de nombreux lecteurs de reproduire ce voyage transformateur. — Mais le livre n’était que le début.

En 2018, c’est un groupe de K-pop qui a propulsé le phénomène sur le devant de la scène. Le groupe God a diffusé une télé-réalité en plusieurs épisodes, montrant ses membres parcourant le chemin de Compostelle. L’émission, diffusée à grande échelle, a « encore fait grandir l’intérêt des Sud-Coréens pour cet itinéraire », explique le Diario de Santiago. — Un an plus tard, une autre production, « Korean Hostel in Spain », a captivé le public en documentant le quotidien d’une auberge pour pèlerins tenue par de jeunes acteurs. Ces deux programmes ont offert une vision accessible et inspirante du pèlerinage, loin des clichés traditionnels.

Une échappatoire face au stress quotidien

Pour comprendre cet attrait, il faut aussi considérer le contexte social sud-coréen. Comme l’analyse le Diario de Santiago, le pays est marqué par un « stress intense en milieu scolaire et professionnel », où les attentes sociales et les pressions sont particulièrement fortes. — Dans ce cadre, le chemin de Compostelle représente une parenthèse, une « évasion » bienvenue. L’influenceuse Kurum, rencontrée par La Voz de Galicia, illustre parfaitement ce phénomène. Elle a entrepris le pèlerinage pour surmonter une « épreuve difficile dans sa vie privée », avant d’y trouver une « belle leçon de vie » : « sillonner le chemin pour lui-même, avec joie et assiduité, sans tomber dans le nihilisme ».

Ce récit, partagé massivement en ligne, a contribué à populariser l’idée que Compostelle n’est pas seulement une destination spirituelle, mais aussi une expérience personnelle et transformative.

Quand Compostelle inspire la Corée du Sud

L’engouement pour le chemin de Compostelle a dépassé les frontières espagnoles. En Corée du Sud, des initiatives locales s’en inspirent directement. Dès 2006, Suh Myung-sook, de retour de Santiago, a créé un itinéraire de 437 kilomètres sur son île natale de Jeju. À l’issue du parcours, les participants peuvent même obtenir un « certificat jacquaire », calqué sur le modèle espagnol. — Une démarche qui montre à quel point le pèlerinage est devenu un phénomène culturel transnational.

Plus récemment, le pays a lancé le Dongseo Trail, un sentier de randonnée traversant la Corée du Sud d’est en ouest. Ce parcours, souvent comparé au chemin de Compostelle pour son ampleur et sa dimension symbolique, a été conçu pour offrir une expérience similaire aux randonneurs locaux. — Une preuve supplémentaire que l’influence de Compostelle s’étend bien au-delà des sentiers espagnols.

Et maintenant ?

Avec une fréquentation en hausse constante, le chemin de Compostelle pourrait bien continuer à attirer toujours plus de Sud-Coréens dans les années à venir. Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer si cette tendance se confirme, notamment après la reprise post-pandémie. — Les autorités locales et les associations de pèlerins pourraient aussi renforcer leurs efforts pour accueillir cette nouvelle clientèle, en proposant par exemple des services adaptés ou des itinéraires en coréen. Reste à voir si ce phénomène, né de la rencontre entre spiritualité et pop culture, s’inscrit dans la durée.

Une chose est sûre : Compostelle n’est plus seulement un pèlerinage européen. Il est devenu un symbole de quête de sens, partagé à l’échelle mondiale, des rizières de Jeju aux chemins de Galice.

Outre la Corée du Sud, les pèlerins asiatiques proviennent principalement du Japon, de la Chine et de Taïwan. Le Japon, avec environ 1 500 pèlerins par an, est le pays asiatique le plus représenté après la Corée du Sud. La Chine et Taïwan suivent, avec des chiffres plus modestes mais en progression constante.

Oui, certaines auberges privées et associations proposent désormais des services adaptés, comme des repas en coréen, des panneaux indicateurs dans cette langue ou des espaces de discussion en ligne pour les pèlerins. Ces initiatives restent cependant minoritaires et souvent concentrées sur les étapes les plus fréquentées, comme Saint-Jean-Pied-de-Port ou Santiago.