La province canadienne de Colombie-Britannique prépare une action en justice contre OpenAI, accusant le géant de l’intelligence artificielle d’avoir failli à ses obligations en ne signalant pas les messages violents postés par la responsable de la tuerie de Tumbler Ridge en février 2026. Selon Le Figaro, cette initiative s’inscrit dans un contexte où le gouvernement régional entend tenir l’entreprise responsable de ses manquements, malgré les justifications avancées par OpenAI.

Ce qu'il faut retenir

  • Le 10 février 2026, une jeune femme transgenre a tué 7 personnes (sa mère, son demi-frère, cinq enfants et une éducatrice) avant de se suicider à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique.
  • Les autorités accusent OpenAI de ne pas avoir alerté la police malgré des messages violents écrits sur ChatGPT par la responsable des faits.
  • La Colombie-Britannique engage des avocats au Canada et en Californie pour mener cette action en justice, jugée longue et complexe.
  • OpenAI affirme avoir suspendu en juin 2025 le compte lié à la responsable, mais argue que les messages ne montraient pas de préparation crédible d’une attaque.
  • Plusieurs plaintes ont déjà été déposées contre OpenAI aux États-Unis et au Canada, notamment par les familles des victimes.

Un drame qui interroge le rôle des algorithmes dans les crimes violents

Le 10 février 2026, Jesse Van Rootselaar, une jeune femme transgenre de 19 ans originaire de Tumbler Ridge, a commis un acte d’une extrême violence. Après avoir tué sa mère et son demi-frère, elle s’est rendue dans son ancien établissement scolaire, le collège-lycée de la ville, où elle a abattu cinq enfants âgés de 12 à 13 ans ainsi qu’une éducatrice de 39 ans avant de se donner la mort. Selon Le Figaro, les enquêteurs ont révélé que la jeune femme souffrait de problèmes de santé mentale et que la police s’était déjà rendue à plusieurs reprises au domicile familial.

Cette attaque, inédite au Canada où les tueries de masse restent rares, a suscité une onde de choc nationale. Les autorités ont rapidement pointé du doigt le rôle potentiel de ChatGPT, l’interface d’intelligence artificielle développée par OpenAI. En effet, des messages violents et préoccupants auraient été identifiés sur la plateforme avant les faits. Pourtant, OpenAI n’a pas alerté les forces de l’ordre, une omission qui pourrait désormais lui coûter cher.

OpenAI visée pour négligence : des signalements qui auraient pu sauver des vies ?

Dans un communiqué, la chargée de la justice en Colombie-Britannique, Niki Sharma, a annoncé que la province préparait une action en justice pour tenir OpenAI et ses dirigeants responsables de ne pas avoir informé les autorités. « Nous devons cela aux victimes, à leurs familles et à toutes les personnes dont la vie a été chamboulée par cette tragédie », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse. Sharma a précisé avoir engagé des avocats en Colombie-Britannique et en Californie, précisant que « le processus judiciaire prendrait du temps ».

OpenAI, de son côté, a reconnu avoir identifié en juin 2025 un compte lié à Jesse Van Rootselaar et l’avoir suspendu. Cependant, l’entreprise a justifié son inaction en affirmant que les messages ne remplissaient pas ses critères de signalement à la police. « Le contenu ne montrait pas que la préparation d’une attaque était crédible ou imminente », a expliqué un porte-parole d’OpenAI. Une position que contestent désormais les autorités et les familles des victimes.

« Nous appliquons une politique de tolérance zéro concernant l’utilisation de nos outils pour aider à commettre des actes de violence. » — Porte-parole d’OpenAI

Les dirigeants d’OpenAI convoqués à Ottawa et des excuses tardives

Face à la polémique, OpenAI a vu ses dirigeants convoqués à Ottawa pour expliquer ses protocoles de sécurité. En avril 2026, le PDG de l’entreprise, Sam Altman, a présenté ses excuses à la ville de Tumbler Ridge, déclarant être « profondément désolé » que l’entreprise n’ait pas effectué de signalement. L’entreprise a également annoncé avoir « renforcé ses garde-fous », notamment en améliorant la façon dont ChatGPT réagit aux signes de détresse. « Nous avons déjà pris des mesures pour mieux détecter et prévenir les comportements dangereux », a-t-elle assuré.

Pourtant, cette réponse ne suffit pas à calmer les critiques. En mars 2026, la famille d’une jeune fille gravement blessée lors de la tuerie a porté plainte contre OpenAI pour négligence. Sept autres plaintes ont été déposées en avril devant un tribunal fédéral américain en Californie, au nom des familles des victimes. Les avocats représentant ces familles affirment qu’OpenAI n’a pas alerté la police « car signaler un cas aurait signifié en signaler des milliers ».

Un précédent judiciaire inédit aux États-Unis

Cette affaire n’est pas isolée. Aux États-Unis, le procureur de Floride a annoncé en avril 2026 l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur le rôle que pourrait avoir joué ChatGPT dans une autre attaque mortelle survenue en avril 2025. Lors de cet événement, ChatGPT aurait « donné des indications significatives au tireur avant qu’il ne commette un crime haineux », causant la mort de deux personnes et blessant six autres sur le campus de l’université Florida State. Cette enquête marque une première en matière pénale dans le pays.

OpenAI se retrouve ainsi au cœur d’un débat plus large sur la régulation des intelligences artificielles et leur responsabilité dans la prévention des actes violents. Alors que les gouvernements et les familles des victimes multiplient les recours, l’entreprise devra probablement revoir en profondeur ses protocoles de signalement et de coopération avec les autorités.

Et maintenant ?

La Colombie-Britannique a d’ores et déjà engagé des avocats pour préparer son action en justice, mais le processus judiciaire pourrait s’étaler sur plusieurs mois, voire années. Aux États-Unis, l’enquête du procureur de Floride devrait livrer ses premiers éléments d’ici la fin de l’été 2026. Par ailleurs, OpenAI pourrait être amenée à modifier ses politiques de signalement d’ici la fin de l’année, sous la pression des régulateurs et des tribunaux. Reste à voir si ces mesures suffiront à éviter de nouvelles tragédies.

Cette affaire soulève une question plus large : comment concilier innovation technologique et sécurité publique ? Alors que les intelligences artificielles s’immiscent dans tous les aspects de la vie quotidienne, les régulateurs et les entreprises devront trouver un équilibre pour éviter que des outils conçus pour aider ne deviennent des instruments de violence.

Selon OpenAI, les messages postés par Jesse Van Rootselaar sur ChatGPT ne remplissaient pas ses critères de signalement à la police, car ils ne montraient pas de préparation crédible ou imminente d’une attaque. L’entreprise a justifié cette inaction en expliquant que le contenu ne répondait pas aux conditions nécessaires pour déclencher une alerte.

Au Canada, la Colombie-Britannique a engagé des avocats au niveau provincial et en Californie pour préparer son action en justice, un processus qui devrait prendre du temps. Aux États-Unis, le procureur de Floride a ouvert une enquête en avril 2026, dont les premiers résultats pourraient être connus d’ici la fin de l’été. Par ailleurs, plusieurs plaintes ont été déposées contre OpenAI par les familles des victimes, tant au Canada qu’aux États-Unis.