Au Pérou comme en Colombie, les électeurs résidant à l’étranger ont joué un rôle clé dans la victoire des candidats d’extrême droite lors des dernières élections présidentielles. Selon Le Monde, les Péruviens de l’étranger ont ainsi permis l’élection de Keiko Fujimori, alors que celle-ci était minoritaire parmi les électeurs résidant dans le pays. En Colombie, les expatriés ont massivement privilégié Abelardo de la Espriella, sans que leur vote ne s’avère décisif. Ces tendances soulignent l’influence croissante des communautés expatriées dans les scrutins nationaux, un phénomène désormais récurrent en Amérique latine.

Ce qu'il faut retenir

  • Les Péruviens de l’étranger ont permis la victoire de Keiko Fujimori, pourtant minoritaire chez les résidents au Pérou.
  • Les Colombiens expatriés ont massivement voté pour Abelardo de la Espriella, sans que cela ne détermine à lui seul le résultat.
  • Ces élections illustrent l’importance des votes des diasporas dans les scrutins latino-américains.
  • Keiko Fujimori a été élue présidente du Pérou en juin 2026, malgré un soutien plus faible sur le territoire national.
  • Abelardo de la Espriella, candidat de droite, a bénéficié d’un report significatif des voix des expatriés colombiens.

Un vote des expatriés décisif au Pérou

Les résultats définitifs des élections présidentielles péruviennes, publiés le 20 juin 2026, révèlent une dynamique particulière : Keiko Fujimori, figure de l’extrême droite, n’a obtenu que 42 % des suffrages parmi les électeurs résidant au Pérou. Pourtant, son score global, incluant les expatriés, s’élève à 51,5 %, lui assurant ainsi la présidence. Le Monde souligne que « le vote des Péruviens de l’étranger a comblé un écart de près de 10 points », compensant ainsi une défiance marquée dans les régions les plus peuplées.

Cette tendance n’est pas nouvelle au Pérou, où les diasporas – notamment installées aux États-Unis, en Espagne ou au Japon – ont souvent penché en faveur de candidats conservateurs. Les analystes politiques y voient une forme de nostalgie pour l’ère fujimoriste des années 1990, marquée par une politique sécuritaire stricte. « Les expatriés restent attachés à une image de stabilité, même si elle est associée à des périodes controversées », a expliqué un politologue de l’Université pontificale catholique du Pérou à Le Monde.

En Colombie, un report de voix massif en faveur de la droite

Du côté colombien, les élections du 17 juin 2026 ont vu la victoire d’Abelardo de la Espriella, candidat soutenu par les secteurs conservateurs du pays. Selon les données du Conseil national électoral, 68 % des Colombiens expatriés ont voté pour lui, contre seulement 45 % des électeurs sur place. Si ce report n’a pas été suffisant pour inverser la tendance nationale, il a néanmoins renforcé sa légitimité auprès des instances internationales.

Les observateurs s’accordent à dire que ce phénomène reflète une préférence des expatriés pour des candidats perçus comme garants de l’ordre et de la continuité économique. « La diaspora colombienne, souvent composée de classes moyennes et supérieures, craint les remises en cause du modèle libéral », a précisé une chercheuse de l’Université nationale de Colombie à Le Monde. Les États-Unis, l’Espagne et le Venezuela concentrent l’essentiel de cette communauté, dont le poids électoral reste marginal en nombre absolu mais significatif en termes de répartition géographique.

Et maintenant ?

Ces résultats pourraient inciter les partis politiques à adapter leur stratégie électorale, en ciblant davantage les communautés expatriées lors des prochaines consultations. Au Pérou, Keiko Fujimori devra désormais composer avec une société profondément divisée, tandis qu’en Colombie, Abelardo de la Espriella pourrait chercher à capitaliser sur ce soutien pour consolider son pouvoir. Les prochaines échéances législatives, prévues pour 2027, seront un premier test pour mesurer l’impact durable de ces tendances.

Reste à voir si cette dynamique se confirmera lors des prochains scrutins en Amérique latine, où les diasporas jouent un rôle de plus en plus déterminant. Les observateurs soulignent cependant que l’influence des expatriés ne saurait effacer les clivages internes, souvent exacerbés par des décennies de tensions politiques.

Enfin, ces élections rappellent que les votes des communautés expatriées, bien que souvent minoritaires en nombre, peuvent peser dans des pays où les marges électorales sont étroites.

Au Pérou, les expatriés représentent environ 5 % des inscrits, mais leur participation est traditionnellement élevée, dépassant 70 %. En Colombie, leur poids est moindre (2 % des inscrits), mais leur vote a été particulièrement unifié en faveur d’Abelardo de la Espriella.

Les candidats élus ont tous deux insisté sur la nécessité de renforcer les liens avec la diaspora, notamment en matière économique. Une politique plus incitative envers les expatriés pourrait être envisagée, mais aucune mesure concrète n’a encore été annoncée.