À l’occasion de la 40e édition du Festival du film de Cabourg, qui se clôture ce samedi 14 juin 2026, la réalisatrice et actrice Agnès Jaoui a accordé un entretien à Ouest France. Elle y aborde sans détour les dérives persistantes dans les castings, plus de cinq ans après le mouvement #MeToo. Entre dénonciation des abus et réflexion sur la place des actrices dans le cinéma français, son analyse s’inscrit dans un débat plus large sur les transformations – ou l’absence de transformations – dans l’industrie culturelle.
Ce qu'il faut retenir
- La 40e édition du Festival du film de Cabourg (Calvados) se déroule jusqu’au 14 juin 2026, avec Agnès Jaoui à la présidence du jury longs-métrages.
- Agnès Jaoui a critiqué les pratiques abusives persistantes dans les castings, qualifiées d’« abjectes ».
- Elle évoque un cinéma français où les actrices restent souvent confrontées à des comportements inacceptables.
- Son dernier film, dont elle a également parlé lors de l’entretien, s’inscrit dans une réflexion sur ces enjeux sociétaux.
- Le mouvement #MeToo a mis en lumière ces dérives, mais selon elle, peu de changements concrets ont été observés.
Une présidente de jury engagée face aux dérives du secteur
À 57 ans, Agnès Jaoui endosse pour la première fois le rôle de présidente du jury longs-métrages du Festival du film de Cabourg, un événement emblématique dédié au cinéma romantique et sentimental. Dans cet entretien avec Ouest France, elle livre une vision sans concession du féminisme et de l’industrie cinématographique française. Selon elle, les pratiques abusives dans les castings n’ont pas disparu avec #MeToo, bien au contraire. « Les choses n’ont pas beaucoup changé », affirme-t-elle, soulignant que certaines habitudes toxiques persistent malgré les prises de conscience collectives.
Des castings toujours marqués par des comportements inacceptables
Parmi les dérives dénoncées par la réalisatrice, figurent notamment les pressions psychologiques exercées sur les actrices lors des auditions. Agnès Jaoui évoque des situations où des femmes se voient proposer des rôles en échange de faveurs, ou sont soumises à des remarques déplacées. « On est encore dans des logiques de soumission », déplore-t-elle. Pour elle, ces pratiques révèlent un système où le pouvoir reste majoritairement entre les mains des hommes, même dans un secteur qui se veut progressiste. Ces propos font écho aux témoignages de nombreuses professionnelles du cinéma, qui ont révélé des cas de harcèlement ou d’agressions lors des castings.
— Ces abus ne se limitent pas aux marges du secteur. Ils s’immiscent parfois jusqu’au cœur des productions reconnues, où l’impunité peut encore jouer en faveur des agresseurs. —
Une réflexion portée par son dernier long-métrage
Parallèlement à ses engagements publics, Agnès Jaoui prépare la sortie de son prochain film, qui s’inscrit dans une veine plus personnelle. Sans dévoiler le titre, elle indique que son œuvre aborde des thèmes chers à son parcours, comme l’émancipation des femmes et les défis rencontrés dans un milieu professionnel encore largement dominé par les hommes. « Mon film parle de liberté, mais aussi des obstacles qui se dressent sur le chemin de celles qui veulent la conquérir », explique-t-elle. Ce projet s’ajoute à une filmographie déjà marquée par des récits centrés sur les rapports de genre, comme Comme une image (2004) ou Parlez-moi de la pluie (2008).
Le cinéma français, souvent présenté comme un modèle de diversité et d’innovation, reste donc face à ses contradictions. Entre avancées symboliques et résistances ancrées, les prochains mois diront si les mots d’Agnès Jaoui trouveront un écho concret dans les pratiques d’une industrie en quête de renouvellement.
Plusieurs mesures ont été annoncées, comme la création de cellules d’écoute au sein de certains syndicats (SACD, SRF) ou la publication de guides de bonnes pratiques par le CNC. Cependant, peu d’outils contraignants ont été adoptés. La pétition du Collectif 50/50, lancée en 2025, réclame notamment un référentiel commun pour les castings, avec des formations obligatoires sur le harcèlement.