Alors que le Festival de Cannes 2026 s’apprête à ouvrir ses portes, la question de la participation des artistes palestiniens à l’événement revient une fois de plus sur le devant de la scène. Selon Libération, le réalisateur palestinien Mohammed Alshareef, sélectionné pour présenter son documentaire au marché du film de l’édition 2026, se trouve toujours bloqué à Gaza. Une situation qui a poussé plusieurs personnalités du monde culturel à interpeller le ministère des Affaires étrangères français, le Quai d’Orsay, afin de faciliter son déplacement.

Invité dans le cadre du programme Pause, dédié à la promotion des œuvres et des artistes issus de zones de conflit, Mohammed Alshareef devait représenter une partie de la programmation du Festival. Pourtant, malgré sa sélection officielle, son absence physique à Cannes soulève des questions sur les conditions d’accès des artistes palestiniens à des événements internationaux. Plusieurs figures emblématiques du cinéma, dont Costa-Gavras, Claire Simon et Didier Fassin, ont ainsi choisi de s’exprimer publiquement pour dénoncer cette entrave.

Ce qu'il faut retenir

  • Mohammed Alshareef, réalisateur palestinien, est empêché de quitter Gaza pour se rendre au Festival de Cannes 2026, où son documentaire devait être projeté dans le cadre du marché du film.
  • Il avait été sélectionné via le programme Pause, dédié aux artistes issus de zones de conflit, qui vise à soutenir leur accès à la visibilité internationale.
  • Plusieurs personnalités du cinéma, dont Costa-Gavras, Claire Simon et Didier Fassin, ont interpellé le Quai d’Orsay pour demander une solution permettant à Alshareef de rejoindre Cannes.
  • Le blocage administratif ou logistique qui empêche le réalisateur de quitter Gaza n’a pas été clairement identifié dans les déclarations disponibles.

Un programme dédié aux artistes en zones de conflit

Le programme Pause, porté par l’État français et plusieurs institutions culturelles, a pour ambition de soutenir les créateurs vivant dans des contextes de guerre ou de crise. Depuis sa création, il a permis à plusieurs artistes, notamment syriens et ukrainiens, de présenter leurs œuvres lors de festivals internationaux. Mohammed Alshareef figurait parmi les lauréats de cette édition, avec un documentaire centré sur la vie sous blocus à Gaza. Son absence à Cannes prive donc le public et les professionnels d’un témoignage direct sur une réalité souvent médiatisée, mais rarement documentée de l’intérieur.

Pourtant, malgré l’engagement affiché du programme, les obstacles administratifs et sécuritaires restent nombreux pour les artistes palestiniens souhaitant voyager. « Permettre à Mohammed Alshareef de rejoindre Cannes est une responsabilité collective », a rappelé Claire Simon, réalisatrice et membre active du milieu culturel français. Selon elle, cette situation interroge non seulement la liberté de circulation des artistes, mais aussi la capacité des institutions internationales à garantir leur présence.

Les appels au Quai d’Orsay et la mobilisation des personnalités

Les signataires de l’appel publié par Libération ne se contentent pas de constater l’absence du réalisateur. Ils demandent une intervention concrète du ministère français des Affaires étrangères pour faciliter son départ. Costa-Gavras, figure historique du cinéma engagé, a souligné l’urgence de la situation : « Nous ne pouvons pas accepter que des artistes soient privés de leur droit fondamental à la liberté d’expression, simplement parce qu’ils vivent dans une zone en conflit ». Didier Fassin, sociologue et anthropologue, a quant à lui rappelé que cette exclusion constituait une « atteinte à la diversité culturelle », l’un des piliers revendiqués par le Festival de Cannes.

Parmi les pistes évoquées, la possibilité d’obtenir un laissez-passer spécial ou un accompagnement consulaire a été suggérée. Aucune réponse officielle du Quai d’Orsay n’a encore été rendue publique à ce stade. Interrogé sur le sujet, le ministère n’a pas communiqué de détails supplémentaires, se contentant d’indiquer que la question était « à l’étude ».

Et maintenant ?

La situation de Mohammed Alshareef pourrait évoluer d’ici l’ouverture du Festival de Cannes, prévue le 13 mai 2026. Si aucune solution n’est trouvée rapidement, son documentaire pourrait être présenté à distance, sous forme de projection virtuelle ou de discussion en ligne. Pour l’instant, les organisateurs du marché du film n’ont pas annoncé de remplacement ou d’ajustement de la programmation. Une décision devrait être prise dans les prochains jours, en fonction des démarches entreprises par le Quai d’Orsay et les associations partenaires du programme Pause.

Reste à savoir si cette mobilisation inédite, impliquant des figures majeures du cinéma et de la culture, suffira à débloquer une situation qui dépasse largement le cadre de ce Festival. Une chose est sûre : l’absence de Mohammed Alshareef à Cannes 2026 interroge sur les limites de l’engagement international en faveur de la liberté artistique.

Le programme Pause est une initiative française lancée en 2018 pour soutenir les artistes et créateurs vivant dans des zones de conflit ou de crise. Il propose un accompagnement financier, logistique et juridique afin de leur permettre de poursuivre leur travail et de diffuser leurs œuvres à l’international. Parmi les lauréats précédents figurent des artistes syriens, ukrainiens et afghans.