Le sort du dernier fabricant français de pâte à papier, Fibre Excellence, sera scellé le 17 juin prochain devant le tribunal de commerce de Toulouse. Selon BFM Business, l’unique offre de reprise présentée par l’ancienne direction ne répondrait pas aux exigences minimales en matière de garanties financières, d’après les services du ministère de l’Industrie. Cette entreprise, placée en redressement judiciaire depuis le 27 avril, emploie 670 salariés répartis entre la Haute-Garonne et les Bouches-du-Rhône.

Ce qu'il faut retenir

  • Fibre Excellence est le seul fabricant français de pâte à papier et produit 1,5 million de tonnes par an sur les 2 millions consommées en France.
  • L’unique offre de reprise, portée par l’équipe dirigeante actuelle, est jugée « sans sérieux ni garanties financières suffisantes » par Bercy.
  • L’entreprise, dont les deux sites sont à l’arrêt depuis avril, pourrait obtenir un délai supplémentaire pour trouver d’autres repreneurs.
  • Les syndicats et collectivités locales réclament un soutien de l’État et d’EDF pour sécuriser la production d’électricité issue des déchets de bois.
  • Une audience décisive est prévue le 17 juin devant le tribunal de commerce de Toulouse pour examiner les perspectives d’avenir de l’entreprise.

Fibre Excellence occupe une position dominante sur le marché national, où elle assure 75 % de la production locale de pâte à papier. Ses sites industriels, spécialisés dans la fabrication de matières premières pour cahiers, mouchoirs ou emballages, génèrent également de l’électricité à partir de bois et de copeaux. Or, la flambée des prix de ces matières premières — en hausse de 50 % en quelques années — a rendu cette activité déficitaire, pesant lourdement sur la santé financière du groupe.

Face à cette situation, la direction actuelle, menée par Jean-François Guillot depuis 2019, a présenté une offre de reprise soutenue par les syndicats et les collectivités locales. Toutefois, selon l’entourage du ministre de l’Industrie, Sébastien Martin, cette proposition manque de réalisme. « Les porteurs du projet n’apportent eux-mêmes aucun financement nouveau, et leur scénario de redressement repose sur des hypothèses particulièrement fragiles », a souligné cette source auprès de l’AFP, comme le rapporte BFM Business.

Les acteurs locaux, eux, maintiennent leur pression pour éviter une fermeture des sites. Carole Delga, présidente (PS) de la région Occitanie, a réaffirmé vendredi que « le message que nous portons tous, c’est que nous sommes mobilisés et que ces usines, elles ne fermeront pas ». De son côté, la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, a qualifié l’audience du 17 juin de « cruciale » pour l’avenir de Fibre Excellence, dont les deux sites sont à l’arrêt depuis le début de la période d’observation de six mois ouverte en avril.

La reprise de la production d’électricité, activité complémentaire mais désormais déficitaire, cristallise une partie des tensions. Les syndicats et les élus demandent un « correctif du contrat » pour indexer les tarifs sur les coûts réels des matières premières. En février dernier, Thomas Pétreault, directeur des affaires publiques de Fibre Excellence, avait expliqué à l’AFP que cette mesure permettrait une « adéquation avec la réalité économique ». Sans cette garantie, l’équilibre financier de l’entreprise reste précaire.

Au ministère de l’Industrie, on admet avoir « jusqu’au 17 juin » pour trouver un repreneur industriel, comme l’a indiqué le ministre devant les députés cette semaine. Mais la donne a changé depuis le dépôt de l’unique offre : les services de l’État pointent désormais un « manque d’investissements de la part de la direction actuelle », plutôt qu’un défaut de soutien public. Pour les observateurs, la situation illustre les difficultés à concilier sauvegarde de l’emploi, transition énergétique et viabilité économique dans un secteur en mutation.

Et maintenant ?

Deux scénarios principaux pourraient émerger de l’audience du 17 juin. Soit le tribunal accorde un délai supplémentaire à Fibre Excellence pour finaliser sa reprise ou attirer de nouveaux investisseurs, soit il valide l’offre actuelle malgré les réserves de Bercy. Dans ce dernier cas, des garanties supplémentaires pourraient être exigées, notamment sur le volet énergétique. Une issue incertaine, alors que les salariés et les élus locaux espèrent une solution pérenne.

L’échéance est désormais fixée. Reste à savoir si l’État, les collectivités et les acteurs économiques parviendront à s’accorder sur un plan viable pour un secteur stratégique, mais fragilisé par la hausse des coûts et la concurrence internationale. En attendant, les 670 emplois de Fibre Excellence restent suspendus à une décision de justice.

D’après les services du ministère de l’Industrie, l’offre portée par l’équipe dirigeante actuelle ne présente pas de « garanties financières suffisantes » et repose sur des hypothèses économiques jugées « fragiles ». Bercy souligne notamment l’absence de financement nouveau apporté par les repreneurs potentiels.

Fibre Excellence génère de l’électricité à partir de bois et de copeaux, une activité devenue déficitaire en raison de la hausse de 50 % des coûts des matières premières. Cette production représentait jusqu’ici un complément de revenus, mais elle pèse désormais sur les comptes de l’entreprise, faute d’un contrat d’achat suffisamment protecteur.