Le ministère chargé de l'Énergie a qualifié l'appel d'offres en préparation de « l'un des plus importants programmes de développement de l'éolien en mer jamais engagés en Europe », selon BFM Business. La Commission de régulation de l'énergie (CRE) doit publier ce vendredi 13 juin 2026 le cahier des charges de ce projet, baptisé « AO10 », qui prévoit près de 10 gigawatts (GW) de capacités nouvelles à déployer sur l'ensemble des façades maritimes françaises.

Cet appel d'offres s'inscrit dans la feuille de route énergétique de la France (PPE3), publiée en février 2026, qui fixe un objectif de 15 GW de puissance installée d'éolien en mer d'ici 2035, contre seulement 2 GW actuellement. À plus long terme, la programmation prévoit d'atteindre 45 GW en 2050, afin de réduire la dépendance aux énergies fossiles et renforcer la souveraineté énergétique du pays. « Face aux tensions géopolitiques qui ont rappelé à tous l'importance de maîtriser notre approvisionnement énergétique et face à l'impératif de réindustrialisation du pays, on doit accélérer », a rappelé le ministère.

Ce qu'il faut retenir

  • Un appel d'offres géant de 10 GW d'éolien en mer, répartis sur sept zones maritimes françaises, selon BFM Business.
  • La moitié des projets concernera l'éolien posé, l'autre moitié l'éolien flottant, permettant d'explorer des zones plus éloignées des côtes.
  • L'objectif est d'atteindre 15 GW installés en 2035, contre 2 GW aujourd'hui, dans le cadre de la PPE3 publiée en février 2026.
  • Le prix moyen pondéré de l'électricité produite est fixé à 100 €/MWh sur 25 ans, avec des incitations pour les projets en extension de parcs existants.
  • Une « prime de maintenance » est instaurée pour encourager l'entretien des parcs, notamment en période de faible production solaire.
  • Les critères d'éligibilité privilégient les constructeurs européens, en particulier français, pour favoriser une filière industrielle locale.

Un projet d'ampleur pour sécuriser l'approvisionnement électrique

Avec ce nouvel appel d'offres, le gouvernement souhaite concrétiser sa stratégie de décarbonation de l'électricité, tout en garantissant une production abondante et stable. Les 7 zones retenues – Fécamp-Grand-Large, Bretagne-Nord-Ouest, Bretagne-Sud, Oléron, Narbonnaise Sud Hérault, Golfe du Lion Centre et Golfe de Fos – offriront une diversité géographique essentielle pour limiter les risques de production liés aux conditions météorologiques. « C'est l'un des plus importants programmes de développement de l'éolien en mer jamais engagé en Europe, avec une ambition claire : bâtir une énergie abondante, décarbonée, et souveraine », a souligné le ministère chargé de l'Énergie.

Le projet s'appuie sur un prix de référence de 100 €/MWh, un niveau jugé compétitif pour attirer les investisseurs tout en maintenant une rentabilité économique. Pour y parvenir, les pouvoirs publics misent sur des économies d'échelle, notamment en favorisant les extensions de parcs existants. Ces choix visent à limiter les coûts de raccordement au réseau électrique, un poste de dépenses souvent critique dans les projets offshore. « Ça permet d'avoir une gestion économiquement efficace du parc pour qu'ils produisent quand l'électricité a plus de valeur », explique-t-on au ministère.

Des incitations pour une maintenance optimisée et une industrie locale

Pour la première fois, le cahier des charges intègre des critères incitant à une maintenance régulière des parcs, notamment pendant les périodes de faible demande, comme l'été. Une « prime de maintenance » sera versée aux producteurs pour compenser les coûts d'entretien lorsque les prix de l'électricité sont bas, souvent en raison d'une surproduction solaire. « On le compense pour sa maintenance et au moindre coût puisque c'est un moment où l'électricité a la moindre valeur », précise-t-on à Bercy. Cette mesure vise à assurer la pérennité des installations tout en optimisant leur rentabilité.

Autre innovation : les critères d'éligibilité et de notation favorisent désormais les projets portés par des constructeurs européens, avec une attention particulière pour les entreprises françaises. Le cahier des charges limite notamment la part des composants en provenance de Chine et valorise les projets à faible empreinte carbone. « Le projet n'a de sens que s'il y a une aventure industrielle française et européenne, et qu'on a des retombées industrielles massives », a souligné un responsable gouvernemental. L'objectif est clair : transformer ce programme en levier de réindustrialisation du pays.

Un calendrier serré pour une mise en service progressive

Les candidats disposeront de quatre mois pour déposer leurs dossiers, avec une clôture prévue à l'automne 2026. La CRE devra ensuite analyser les propositions avant de désigner les lauréats en février 2027, conformément au calendrier fixé par le gouvernement. Cette échéance s'inscrit dans une logique de planification rigoureuse, alors que la France cherche à combler son retard dans l'éolien en mer, un secteur où d'autres pays européens, comme l'Allemagne ou le Royaume-Uni, ont déjà engagé des projets de grande envergure.

Le développement de ces 10 GW supplémentaires s'ajoutera aux 2 GW déjà installés, et marquera une étape clé vers les 15 GW prévus en 2035. À plus long terme, la PPE3 table sur 45 GW en 2050, une ambition qui nécessitera une accélération sans précédent des installations. Pour y parvenir, le gouvernement mise sur une filière industrielle française compétitive, capable de couvrir l'ensemble de la chaîne de valeur, de la fabrication des éoliennes à leur maintenance.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer l'engouement des industriels et des investisseurs pour ce projet. Si l'appel d'offres attire suffisamment de candidatures, les premiers parcs pourraient être opérationnels dès 2029-2030, selon les estimations du ministère. Cependant, des défis logistiques et industriels subsistent, notamment en matière de main-d'œuvre qualifiée et de capacité portuaire pour assembler les éoliennes. Reste à voir si la France parviendra à mobiliser suffisamment de ressources pour tenir ses objectifs, alors que la filière a marqué le pas en 2025.

La publication de l'AO10 intervient quelques semaines après le lancement du plan d'électrification du gouvernement, un ensemble de mesures visant à accélérer la transition énergétique. Ces deux initiatives, complémentaires, devraient renforcer la position de la France dans le paysage européen des énergies renouvelables. Pour les observateurs, une question reste en suspens : ces projets suffiront-ils à compenser le retard accumulé ces dernières années et à atteindre les objectifs fixés pour 2035 ?

Les 10 GW de capacités nouvelles seront répartis sur sept zones : Fécamp-Grand-Large, Bretagne-Nord-Ouest, Bretagne-Sud, Oléron, Narbonnaise Sud Hérault, Golfe du Lion Centre et Golfe de Fos. La moitié des projets concernera l'éolien posé, l'autre moitié l'éolien flottant.