Le Parlement du Liechtenstein a adopté mercredi une initiative citoyenne visant à autoriser l’avortement durant les trois premiers mois de grossesse. Cette décision, encore soumise à l’approbation du prince héréditaire Alois, marque un tournant dans un pays où l’interruption volontaire de grossesse reste strictement encadrée. Selon nos confrères de France 24, les élus ont donné leur feu vert à cette proposition, qui devra désormais franchir l’étape du veto princier avant une éventuelle application.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Parlement du Liechtenstein a approuvé une initiative citoyenne légalisant l’avortement jusqu’à 12 semaines de grossesse.
  • Le prince héréditaire Alois, doté d’un droit de veto, s’est déjà dit opposé à cette mesure.
  • L’avortement est actuellement interdit dans la principauté, sauf exceptions, sous peine de peines de prison.
  • Un référendum sur le sujet, organisé en 2011, avait abouti à un rejet de la libéralisation.

Une avancée législative dans un pays très restrictif

Le Liechtenstein, principauté alpine de 38 000 habitants, figure parmi les États européens les plus restrictifs en matière d’avortement. Depuis des décennies, la loi en vigueur n’autorise l’interruption de grossesse qu’en cas de danger pour la vie de la mère, de malformation grave du fœtus ou de viol. Toute autre pratique est passible de peines pouvant aller jusqu’à trois ans de prison, tant pour la patiente que pour le personnel médical impliqué. La décision des parlementaires, rapportée par France 24, intervient après des années de débats internes sur une possible réforme.

L’initiative citoyenne, portée par des associations locales, a recueilli suffisamment de soutiens pour être soumise au vote des élus. Mercredi, une majorité s’est prononcée en sa faveur, bien que le texte doive encore obtenir l’aval du prince Alois. Ce dernier, qui détient un pouvoir de veto absolu sur les lois adoptées par le Parlement, s’est déjà exprimé contre cette libéralisation. «

Je considère que la protection de la vie dès la conception est une priorité absolue pour notre société », a-t-il indiqué dans un communiqué.

Un référendum de 2011 avait enterré toute velléité de changement

Cette initiative parlementaire survient plus de quinze ans après un premier échec pour les partisans d’une réforme. En 2011, un référendum organisé sur le sujet avait abouti à un rejet massif de la proposition de dépénalisation partielle. À l’époque, 59 % des votants s’étaient prononcés contre toute modification de la loi, reflétant une opinion publique largement conservatrice. Depuis, les mobilisations en faveur d’un assouplissement se sont multipliées, portées par des collectifs féministes et des groupes de défense des droits des femmes.

Les défenseurs de l’initiative soulignent que les Liechtensteinoises sont contraintes de se rendre en Suisse ou en Autriche pour interrompre une grossesse non désirée, un parcours souvent coûteux et humiliant. « Le statu quo actuel pousse des femmes à des solutions dangereuses », a déclaré une porte-parole de l’association « Frauen für Wahlfreiheit », citée par France 24. Pour elle, la légalisation sous trois mois permettrait d’encadrer médicalement cette pratique et d’éviter les risques liés aux avortements clandestins.

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp du prince Alois, qui dispose d’un délai de six mois pour exercer son droit de veto ou valider la décision du Parlement. Si le prince s’y oppose, l’initiative sera bloquée, sauf si une nouvelle procédure législative est engagée. Les partisans du texte misent sur une pression publique accrue, mais reconnaissent que les chances de succès restent incertaines dans un pays où les valeurs traditionnelles dominent encore largement. Une nouvelle consultation populaire pourrait aussi être envisagée, bien que le précédent de 2011 rende les observateurs prudents sur l’issue d’un tel scrutin.

Un débat qui dépasse les frontières

Cette question divise également les voisins du Liechtenstein. En Suisse, où l’avortement est légal jusqu’à 12 semaines depuis 2002, les autorités ont salué l’initiative tout en rappelant leur neutralité sur les affaires intérieures d’un État souverain. En Autriche, voisine directe, la législation est plus restrictive qu’en Suisse mais moins qu’au Liechtenstein, avec une autorisation possible jusqu’à 16 semaines dans certains cas. Les organisations internationales, comme le Conseil de l’Europe, ont maintes fois appelé Vaduz à moderniser sa législation, en vain jusqu’à présent.

Quelle que soit l’issue de cette procédure, le débat autour de l’avortement au Liechtenstein illustre les tensions persistantes en Europe entre progressisme et conservatisme. Alors que plusieurs pays, dont l’Irlande en 2018 et Malte en 2022, ont récemment assoupli leur législation, la principauté alpine semble pour l’instant déterminée à maintenir un cadre juridique parmi les plus stricts du continent.

L’avortement est légalement autorisé au Liechtenstein uniquement si la grossesse met en danger la vie de la mère, en cas de malformation grave du fœtus ou après un viol. Ces exceptions, très encadrées, sont définies par le Code pénal et nécessitent une autorisation judiciaire.