L’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo (RDC) a adopté, ce 12 juin 2026, une proposition de loi relative à l’organisation d’un référendum constitutionnel. Cette initiative, vivement contestée par l’opposition, est perçue comme une manœuvre visant à permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat, alors que la Constitution actuelle limite à deux le nombre de mandats consécutifs. Une modification qui, si elle aboutit, pourrait bouleverser le paysage politique congolais, comme le rapporte France 24.
Ce qu'il faut retenir
- Adoption d’une loi sur le référendum par l’Assemblée nationale congolaise ce 12 juin 2026
- La proposition concerne une réforme constitutionnelle, dont l’objectif affiché reste flou
- L’opposition y voit une tentative de contourner la limite des deux mandats présidentiels
- Le président Félix Tshisekedi n’a pas encore réagi publiquement à ces accusations
- Cette initiative s’inscrit dans un contexte de tensions politiques persistantes en RDC
Un texte adopté dans un climat tendu
Le vote de cette proposition de loi, intervenu ce vendredi 12 juin 2026 à Kinshasa, s’est déroulé dans un climat particulièrement tendu. Les débats à l’Assemblée nationale ont été marqués par des échanges vifs entre la majorité présidentielle et l’opposition, qui accuse le pouvoir de vouloir instrumentaliser la réforme constitutionnelle. Selon plusieurs observateurs, cette manœuvre politique pourrait fragiliser encore davantage la stabilité institutionnelle du pays, déjà ébranlée par des années de crises récurrentes. La correspondante de France 24 en RDC, Aurélie Bazzara Kibangula, souligne que « cette initiative cristallise les craintes d’une dérive autoritaire ».
Pour ses défenseurs, cette réforme vise à moderniser les institutions et à adapter la Constitution aux réalités du pays. Le gouvernement congolais a d’ailleurs indiqué, via son porte-parole, que le texte ne vise pas à modifier les règles électorales, mais à « clarifier certains aspects ». Une argumentation qui peine à convaincre une partie de la classe politique, pour qui « le diable se cache dans les détails ».
L’opposition crie à la manœuvre politique
Du côté de l’opposition, la réaction est unanime : il s’agit d’une « mascarade constitutionnelle » destinée à ouvrir la voie à un troisième mandat pour le chef de l’État. Plusieurs partis politiques, dont l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) — dont est issu Tshisekedi — ainsi que des figures de la société civile, ont dénoncé une « dérive antidé-mocratique ». « Nous refusons catégoriquement cette tentative de bricoler la Constitution pour servir des ambitions personnelles », a déclaré un député de l’opposition sous couvert d’anonymat.
Cette controverse s’inscrit dans un contexte où les tensions entre le pouvoir et ses détracteurs n’ont cessé de s’aggraver ces derniers mois. En avril 2026, des manifestations réprimées dans le sang avaient déjà illustré le malaise social ambiant, alors que les critiques contre la gouvernance de Tshisekedi se multipliaient. Pour certains analystes, cette réforme constitutionnelle pourrait être perçue comme une réponse à la chute de popularité du président, dont le mandat actuel s’achèvera en 2028.
Les prochaines étapes : entre incertitude et calendrier serré
Si la loi sur le référendum a été adoptée par l’Assemblée nationale, elle doit désormais être examinée par le Sénat avant de pouvoir être soumise à référendum. Un processus qui, s’il est respecté, pourrait prendre plusieurs mois. Cependant, des voix s’élèvent pour dénoncer un calendrier accéléré, laissant craindre une instrumentalisation du processus. « Tout cela sent la précipitation, et la précipitation est rarement synonyme de transparence », a réagi un constitutionnaliste congolais contacté par France 24.
Sur le plan international, la communauté diplomatique observe avec attention l’évolution de la situation. Plusieurs partenaires de la RDC, dont l’Union européenne, ont déjà exprimé leur inquiétude quant au respect des normes démocratiques. Une pression qui pourrait influencer les prochaines décisions du gouvernement congolais.
Pour l’heure, le président Félix Tshisekedi n’a pas encore pris position publiquement sur le sujet. Son silence alimente les spéculations, tandis que ses partisans minimisent les risques d’un troisième mandat, arguant que « la démocratie congolaise doit évoluer avec son temps ». Reste à savoir si cette réforme constitutionnelle servira les intérêts du pays… ou ceux d’un seul homme.