Sans le moindre diplôme, Sacha Rosenthal a bâti l’un des groupes français les plus dynamiques du secteur informatique. Selon Capital, ce Lyonnais de 55 ans, aujourd’hui à la tête de Xefi – un géant réalisant un chiffre d’affaires de 413 millions d’euros en 2025 et comptant 200 agences principalement en franchise – incarne une réussite entrepreneuriale atypique. Son parcours, marqué par une déscolarisation précoce et une formation autodidacte, illustre une approche managériale où l’expérience terrain prime sur les titres académiques.

Ce qu’il faut retenir

  • Un recrutement sans diplôme : Chaque année, Xefi organise une journée de recrutement ouverte à tous, sans exigence de CV, une initiative justifiée par son dirigeant : « Je ne vais pas réclamer chez les autres ce que je n’ai pas moi-même. »
  • Un parcours atypique : Déscolarisé à 15 ans et sans bac, Sacha Rosenthal a appris l’informatique en désossant des ordinateurs dans un magasin familial à Nîmes avant de se former seul à la gestion.
  • Une croissance fulgurante : Fondé en 1997, Xefi a atteint un chiffre d’affaires de 413 millions d’euros en 2025, avec une clientèle exclusive de TPE et PME.
  • Une philosophie entrepreneuriale : Refus catégorique de l’ouverture du capital aux fonds d’investissement, malgré les recommandations sectorielles, pour conserver une autonomie totale.
  • Un modèle social inclusif : Les journées de recrutement « sans CV » reflètent une politique RH axée sur les compétences plutôt que sur les diplômes.

Des débuts précaires à la création d’un empire

Né dans une famille nombreuse confrontée à des difficultés économiques, Sacha Rosenthal quitte le système scolaire à 15 ans. Il enchaîne alors les petits boulots avant que son frère ne lui propose de rejoindre un magasin spécialisé dans la vente d’ordinateurs familiaux à Nîmes. C’est là que germe sa passion pour l’informatique. « J’ai appris leur fonctionnement en les désossant », raconte-t-il. Rapidement, il se distingue par ses conseils techniques, devenant l’un des meilleurs vendeurs de l’enseigne grâce à son expertise pratique.

Son passage sous les drapeaux – trois ans dans l’armée – lui offre une discipline qui marquera son approche future du travail. À son retour, en 1995, il lance sa propre activité de réparation informatique depuis un petit local à Lyon. Son premier client ? Une petite entreprise locale, dénichée grâce à une commerciale d’un magasin Boulanger de Limonest. « Merci à cette dame », confie-t-il avec gratitude.

De la réparation à l’infogérance : une diversification réussie

En 1997, deux ans après ses débuts en solitaire, Sacha Rosenthal fonde officiellement Xefi et embauche ses premiers salariés. Le modèle économique, initialement centré sur la réparation, évolue rapidement vers des services plus larges : infogérance, cloud, cybersécurité. Aujourd’hui, le groupe se positionne comme un acteur incontournable du numérique pour les petites et moyennes entreprises en France.

Cette croissance s’accompagne d’une expansion territoriale significative. Avec 200 agences principalement organisées en franchise, Xefi couvre l’ensemble du territoire hexagonal. Pourtant, la stratégie commerciale reste inchangée : cibler exclusivement les TPE et PME, un choix qui a fait la singularité du groupe depuis ses origines. « Notre force, c’est notre proximité avec nos clients, une valeur que nous avons toujours préservée », explique-t-il.

L’autodidaxie comme atout stratégique

Pour Sacha Rosenthal, l’absence de diplôme n’a jamais été un frein, mais bien un accélérateur. « Être autodidacte m’a donné un avantage : celui de n’avoir aucune idée préconçue limitante », confie-t-il. Cette liberté lui a notamment permis de prendre des décisions contre-intuitives, comme le refus systématique d’ouvrir son capital à des fonds d’investissement. « On me recommandait d’y aller, mais cela ne me correspondait pas. Et aujourd’hui, je n’ai aucun regret. »

Cette philosophie s’étend à sa gestion des ressources humaines. Les fameuses journées de recrutement « sans CV » organisées chaque année près de Lyon symbolisent cette approche inclusive. « Pourquoi exiger un diplôme quand on peut évaluer les compétences sur le terrain ? », interroge-t-il. Cette politique, bien que minoritaire dans le secteur, séduit des profils variés et contribue à la diversité des talents au sein du groupe.

« Je ne vais pas réclamer chez les autres ce que je n’ai pas moi-même. »
Sacha Rosenthal, fondateur et dirigeant de Xefi

Une réussite qui interroge les codes de l’entrepreneuriat français

Le parcours de Sacha Rosenthal s’inscrit dans une tendance plus large où l’expérience prime sur les diplômes. Selon Capital, son histoire rejoint celles d’autres entrepreneurs français ayant bâti des empires sans passer par les grandes écoles, comme Xavier Niel ou Xavier Rodriguez. Ces profils, souvent issus de milieux modestes, incarnent une forme de méritocratie alternative où la persévérance et l’adaptabilité priment sur les parcours académiques traditionnels.

Pourtant, ce modèle soulève des questions. Si l’autodidaxie a permis à Xefi de croître rapidement, comment le groupe compte-t-il pérenniser cette croissance sans s’appuyer sur des levées de fonds ? « Nous fonctionnons avec nos propres ressources, et cela nous convient parfaitement », répond-il. Une stratégie qui, si elle garantit une indépendance totale, pourrait aussi limiter ses ambitions à long terme dans un secteur aussi concurrentiel que l’informatique.

Et maintenant ?

À 55 ans, Sacha Rosenthal n’envisage pas de ralentir le développement de Xefi. Le groupe, dont le chiffre d’affaires a progressé de manière constante ces dernières années, pourrait accélérer son expansion à l’international, même si aucune annonce officielle n’a encore été faite. Une chose est sûre : le modèle « sans diplôme » de son fondateur reste une carte maîtresse dans un secteur où les compétences techniques priment souvent sur les titres académiques.

Pour autant, la question de la transmission se pose. Avec une structure largement en franchise, Xefi devra veiller à maintenir sa cohésion et son ADN entrepreneurial alors que l’entreprise approche de la trentaine d’années. Une transition générationnelle, si elle devait s’opérer, pourrait-elle menacer la culture d’entreprise unique du groupe ? Autant de défis que Sacha Rosenthal aura à relever dans les années à venir.

Une chose est certaine : son histoire rappelle que dans un monde professionnel en constante évolution, les parcours atypiques ont encore de beaux jours devant eux.

Xefi se spécialise principalement dans l’infogérance, le cloud et la cybersécurité. Son activité couvre également la maintenance informatique et l’accompagnement numérique des TPE et PME, selon le modèle historique du groupe fondé en 1997.

Pour Sacha Rosenthal, cette décision relève d’un choix stratégique et personnel. Il explique que son autodidaxie lui a donné une liberté de décision qui aurait pu être limitée par les attentes des investisseurs. « Refuser l’ouverture du capital me permet de rester maître de mes choix », précise-t-il.