L’administration Trump s’appuie sur l’abandon progressif du scénario climatique le plus extrême pour remettre en cause la réalité du réchauffement, selon Le Monde. Pourtant, les nouvelles projections, bien que moins pessimistes, n’envisagent pas pour autant un scénario apaisé. Les experts rappellent que les objectifs de limitation du réchauffement à 1,5 °C ou 2 °C d’ici 2100 restent hors de portée sans mesures drastiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Le RCP 8.5, un scénario projetant un réchauffement de près de 5 °C en 2100, est désormais écarté par une nouvelle génération de modèles climatiques, comme le rapporte Le Monde.
  • Cette exclusion ne remet pas en cause la gravité du dérèglement climatique, mais reflète une évolution des méthodes de modélisation.
  • Donald Trump a saisi cette occasion pour dénoncer un « alarmisme » des climatologues, sans pour autant proposer d’alternative crédible.
  • Les nouvelles projections, bien que moins catastrophistes, restent préoccupantes : même les scénarios optimistes envisagent un réchauffement supérieur à 2 °C.
  • Les experts soulignent que l’abandon du RCP 8.5 ne doit pas servir de prétexte pour ralentir les efforts de réduction des émissions.

Un scénario écarté, mais pas oublié

Le « RCP 8.5 » – pour Representative Concentration Pathway 8.5 – était autrefois considéré comme le pire des scénarios possibles. Projetant une hausse des températures moyennes de près de 5 °C d’ici la fin du siècle, il servait de référence pour alerter sur les risques d’un emballement climatique incontrôlable. Selon Le Monde, les climatologues ont progressivement abandonné ce modèle, non pas parce qu’il était irréaliste, mais parce que les politiques actuelles de réduction des émissions ont rendu son occurrence moins probable.

Pour autant, ce retrait ne signifie pas que le danger a disparu. Les nouveaux scénarios, bien que moins pessimistes, n’envisagent pas pour autant un avenir climatique serein. « Bref, les projections restent préoccupantes, même si elles ne frôlent plus l’apocalypse », explique un chercheur cité par Le Monde. Les modèles actuels tablent plutôt sur un réchauffement compris entre 2,5 °C et 3,5 °C d’ici 2100, selon les trajectoires d’émissions.

Trump instrumentalise le débat pour discréditer la science

L’administration américaine a rapidement saisi l’opportunité pour discréditer les alertes climatiques. Donald Trump a qualifié les climatologues d’« alarmistes » et présenté l’abandon du RCP 8.5 comme une preuve de leur manque de rigueur. « Ces scénarios extrêmes ont été créés pour nous faire peur, mais la réalité est bien moins dramatique », a-t-il affirmé lors d’un discours en Floride, le 15 mai 2026. Pourtant, les scientifiques rappellent que le RCP 8.5 n’a jamais été un outil de manipulation, mais une projection basée sur une trajectoire d’émissions non maîtrisées.

Les experts soulignent que l’instrumentalisation politique de ce débat est dangereuse. « Le risque n’a pas disparu, il a simplement changé de forme », précise une climatologue de l’IPCC interrogée par Le Monde. « Les nouvelles projections montrent que même avec des politiques ambitieuses, nous ne parviendrons pas à limiter le réchauffement à 1,5 °C sans des transformations radicales. »

« Abandonner le RCP 8.5 ne signifie pas que nous renonçons à agir. Au contraire, cela doit nous inciter à accélérer nos efforts pour éviter que les scénarios intermédiaires ne deviennent, à leur tour, réalité. »
— Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du groupe de travail n°1 du GIEC

Les scénarios actuels : entre optimisme et réalisme

Les nouvelles projections climatiques s’appuient désormais sur des modèles intégrant les politiques déjà mises en place, comme l’Accord de Paris ou les engagements nationaux de réduction des émissions. Selon Le Monde, ces scénarios, dits « intermédiaires », envisagent un réchauffement de 2,7 °C en moyenne d’ici 2100, avec une marge d’incertitude allant de 2 °C à 3,5 °C. « Ces chiffres restent bien au-dessus des objectifs fixés par l’Accord de Paris », rappelle une analyse publiée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Parmi les facteurs expliquant cette révision à la baisse du RCP 8.5, on trouve la transition énergétique en cours dans plusieurs régions du monde, notamment en Europe et en Amérique du Nord. La part des énergies renouvelables dans le mix électrique a progressé plus rapidement que prévu, et les politiques de décarbonation se multiplient. Pourtant, ces avancées ne suffiront pas à éviter des conséquences graves : montée des eaux, multiplication des événements climatiques extrêmes, perturbations agricoles.

Et maintenant ?

Les prochaines années seront déterminantes pour évaluer la trajectoire réelle du climat. Les scientifiques appellent à une accélération des politiques de réduction des émissions, notamment dans les secteurs les plus émetteurs comme l’industrie, les transports et l’agriculture. La COP30, prévue en novembre 2026 à Belém (Brésil), pourrait constituer un tournant si les États rehaussent leurs engagements. En attendant, les modèles climatiques continueront d’évoluer, intégrant les nouvelles données disponibles et les politiques mises en œuvre.

La question n’est plus de savoir si le RCP 8.5 sera réalisé, mais plutôt comment limiter les dégâts des scénarios qui lui succèdent. Les experts s’accordent sur un point : sans actions immédiates et concertées, les générations futures hériteront d’un monde bien plus inhospitalier que celui d’aujourd’hui.

Le RCP 8.5 a été écarté car il reposait sur une trajectoire d’émissions de gaz à effet de serre non maîtrisées, jugée peu probable au regard des politiques actuelles. Les climatologues privilégient désormais des scénarios intégrant les engagements déjà pris, même s’ils restent insuffisants pour limiter le réchauffement à 1,5 °C.