Le président bélarusse Alexandre Loukachenko a proposé à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky de se rencontrer, soit en Ukraine, soit au Bélarus, alors que Kyiv met en garde Minsk contre toute implication accrue dans la guerre aux côtés de Moscou. Selon Euronews FR, cette proposition intervient dans un contexte marqué par des craintes d'une nouvelle offensive russe depuis le territoire bélarusse en direction de la capitale ukrainienne et de la région de Tchernihiv.
Ce qu'il faut retenir
- Alexandre Loukachenko a déclaré, vendredi, être « ouvert » à une rencontre avec Volodymyr Zelensky « n’importe où », en Ukraine ou au Bélarus, pour discuter des relations bilatérales.
- Kyiv rejette cette offre et menace Minsk de « conséquences » en cas d’implication dans une nouvelle offensive russe, notamment via Slavoutytch, située à 50 km de la frontière.
- En 2022, le Bélarus avait nié toute participation à l’invasion russe, tout en mettant à disposition son territoire pour les opérations militaires.
- Kyiv renforce ses fortifications le long de la frontière nord et annonce des mesures diplomatiques accrues envers Minsk, accusée de préparer des infrastructures militaires près de l’Ukraine.
- Moscou et Minsk ont mené cette semaine des exercices nucléaires conjoints, alors que des incursions de drones russes dans l’espace aérien de l’OTAN se multiplient.
Une proposition de rencontre rejetée par Kyiv
Lors d’une allocution prononcée jeudi à Slavoutytch, ville située à une cinquantaine de kilomètres de la frontière bélarusse, Volodymyr Zelensky a réaffirmé que l’Ukraine se réservait le droit de prendre des mesures « préventives » face aux menaces militaires potentielles en provenance du nord. « La direction de facto du Bélarus doit rester sur ses gardes, c’est-à-dire comprendre clairement qu’il y aura des conséquences si des actions agressives contre l’Ukraine, contre notre peuple, sont menées », a-t-il déclaré. Pourtant, cette mise en garde n’a pas suffi à faire changer d’avis Kyiv face à l’offre de Loukachenko.
Le conseiller du président ukrainien, Dmytro Lytvyn, a balayé d’un revers de main la proposition bélarusse. « Depuis 2022, il est évident pour tout le monde que les paroles de cet homme ne veulent rien dire et que nous devons nous intéresser à ses actes », a-t-il souligné auprès des journalistes. Pour rappel, en février 2022, le Bélarus avait catégoriquement nié tout rôle dans l’invasion russe, avant d’autoriser Moscou à utiliser son territoire pour lancer des offensives en direction de Kyiv et des régions du nord.
Le Bélarus entre déni et préparatifs militaires
Alexandre Loukachenko a réitéré cette semaine que son pays ne « se laissera pas entraîner dans la guerre en Ukraine », affirmant que Minsk ne prendrait les armes que dans un seul cas : « si une agression est commise contre son territoire ». Une rhétorique qui rappelle étrangement celle employée en 2022, lorsque Minsk justifiait sa collaboration avec Moscou par la nécessité de « se protéger » d’une prétendue attaque ukrainienne.
Pourtant, les services de renseignement ukrainiens pointent du doigt des préparatifs militaires de plus en plus visibles. Début avril, Volodymyr Zelensky avait révélé que Minsk construisait des routes en direction de la frontière ukrainienne et installait des positions d’artillerie près de l’Ukraine. Une information confirmée mercredi par le président ukrainien, qui a annoncé le renforcement des fortifications le long de la frontière nord et l’envoi de renforts supplémentaires dans cette zone. « Nous préparons des réponses à tous les scénarios possibles des actions de l’ennemi, si les Russes osent effectivement étendre leur agression », a-t-il précisé.
Exercices nucléaires et tensions régionales
La situation s’est encore complexifiée avec la tenue, cette semaine, d’exercices nucléaires conjoints entre la Russie et le Bélarus. Moscou a notamment acheminé des munitions nucléaires vers des dépôts de campagne situés sur le sol bélarusse, une manœuvre qui s’inscrit dans un climat de tensions accrues avec l’OTAN. Dans un communiqué publié au lancement de ces manœuvres, le Service de renseignement extérieur russe (SVR) a accusé l’Ukraine de préparer des attaques de drones contre la Russie depuis le territoire des États baltes. « La russophobie primaire des dirigeants actuels de la Lettonie s’est révélée plus forte que leur capacité de pensée critique ou leur instinct de survie », a affirmé le SVR.
Riga et Kyiv ont immédiatement démenti ces allégations, qualifiées de « nouvelle campagne de désinformation ». Pourtant, les États baltes ont multiplié les alertes aériennes ces derniers jours en raison d’incursions répétées de drones russes dans leur espace aérien. Face à cette escalade, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a mis en garde : « La Russie et le Bélarus portent une responsabilité directe pour les drones qui mettent en danger la vie et la sécurité des populations sur notre flanc oriental. L’Europe répondra avec unité et fermeté. »
Les accusations croisées entre Minsk et ses voisins
En avril, Alexandre Loukachenko avait déjà accusé sans preuve la Pologne et les États baltes de préparer une « agression » contre le Bélarus. « Ma tâche est de prévenir mes voisins, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne et, dans une certaine mesure, l’Ukraine. Que Dieu les préserve de toute agression contre le Bélarus. Nous ne voulons pas la guerre, nous ne prévoyons pas de nous battre contre eux », avait-il déclaré. Ces déclarations interviennent alors que Minsk et Moscou multiplient les signaux d’une possible escalade nucléaire, dans un contexte où les tensions avec l’OTAN atteignent des niveaux inédits depuis la guerre froide.
Le SVR a d’ailleurs rappelé que « l’appartenance du pays à l’OTAN ne protégera pas ceux qui aident les terroristes d’une juste rétribution », une formule qui vise clairement les alliés de l’Ukraine. Ces propos interviennent alors que les alertes aériennes se multiplient en Europe de l’Est, où plusieurs pays ont enregistré des incursions de drones non identifiés ces dernières semaines.
Les observateurs s’interrogent désormais sur la capacité des deux parties à éviter une escalade incontrôlée. Les prochaines déclarations de Loukachenko et de Zelensky, ainsi que les mouvements militaires observés, seront scrutés avec une attention particulière. Une nouvelle offensive russe depuis le Bélarus pourrait, en effet, redessiner la carte du conflit en quelques jours.
Kyiv considère que les déclarations d’Alexandre Loukachenko manquent de crédibilité depuis 2022, lorsque le Bélarus avait nié toute participation à l’invasion russe avant de faciliter les opérations militaires russes depuis son territoire. « Les paroles de cet homme ne veulent rien dire, nous devons nous intéresser à ses actes », a rappelé Dmytro Lytvyn, conseiller de Zelensky.