Emmanuel Macron a nommé Amélie de Montchalin à la Cour des comptes, Emmanuel Moulin proposé à la tête de la Banque de France et Richard Ferrand installé au Conseil constitutionnel. Autant de décisions qui illustrent le pouvoir étendu du président de la République en matière de nominations aux plus hautes institutions de l’État, un mécanisme au cœur des débats politiques depuis des décennies. Selon Franceinfo – Politique, cette pratique, bien que traditionnelle sous la Ve République, suscite régulièrement des accusations de « verrouillage » des institutions par l’opposition.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 300 postes concernés : le nombre de nominations présidentielles est passé d’une soixantaine dans les années 1960 à près de trois à quatre cents aujourd’hui, selon la constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina.
- Des nominations controversées : les choix d’Emmanuel Macron pour des postes stratégiques, souvent des proches, ont relancé les critiques sur l’utilisation de ce pouvoir.
- Un contrôle parlementaire quasi inexistant : la procédure de rejet d’une nomination, nécessitant une majorité des trois cinquièmes, n’a été utilisée qu’une seule fois depuis sa création en 2008.
- Des départs anticipés stratégiques : certains hauts fonctionnaires, comme François Villeroy de Galhau, quittent leurs postes avant terme, officiellement pour des raisons personnelles, mais parfois avec une dimension politique assumée.
- Un débat récurrent : depuis Jacques Chirac jusqu’à François Hollande, les présidents promettent en campagne de limiter leurs nominations partisanes, avant de les utiliser une fois élus.
Un pouvoir constitutionnel, mais un usage de plus en plus contesté
L’article 13 de la Constitution de la Ve République attribue au président le droit de nommer aux « emplois civils et militaires de l’État ». Une formulation que les constitutionnalistes jugent suffisamment large pour permettre un usage extensif, voire déviant. Anne-Charlène Bezzina, docteure en droit public et spécialiste des institutions, souligne : « La pratique de cet article 13 a été sensiblement dévoyée. Si on comptait environ 60 à 70 postes concernés au début de la Ve République, on en dénombre aujourd’hui entre trois et quatre cents. »
Cette prolifération des nominations présidentielles s’explique par l’ajout progressif de nouveaux postes au fil des réformes institutionnelles. Pourtant, chaque président, en campagne, promet de modérer l’usage de ce pouvoir. Jacques Chirac déclarait en 1995 : « Nous avons assisté, au fil des temps, à une dérive monarchique des institutions. » François Hollande, face à Nicolas Sarkozy, avait quant à lui affirmé : « Je déplore également que durant le quinquennat qui s’achève, il ait été procédé à des nominations partisanes, parfois issues des cercles les plus proches, voire des obligés. Ce n’est pas ma conception. »
Des promesses électorales rarement tenues
Une fois élu, le discours change souvent. Michaël Moreau, auteur de l’ouvrage « Sa Majesté nomme » (éditions Robert Laffont), relève un décalage entre les engagements de campagne et la réalité des nominations. Il cite l’exemple de Jacques Chirac, qui, en fin de mandat, nomme Jean-Louis Debré à la tête du Conseil constitutionnel : « Nicolas Sarkozy a vécu cette décision comme un affront, d’autant que Jean-Louis Debré était un proche de Chirac, mais aussi un adversaire politique pour lui. Il a dû composer avec cette nomination tout au long de son quinquennat. »
François Hollande n’a pas échappé à cette logique. Il a choisi Laurent Fabius, son ancien ministre, pour siéger au Conseil constitutionnel, et nommé François Villeroy de Galhau à la Banque de France. Contacté par Franceinfo – Politique, l’ancien chef de l’État a défendu ces choix en invoquant « leur qualité et leur impartialité ». Pourtant, ces nominations restent perçues comme des actes politiques, voire des faveurs rendues.
Des mécanismes de contrôle inefficaces
En 2008, Nicolas Sarkozy a tenté de renforcer le contrôle parlementaire sur les nominations. Une loi a été adoptée, prévoyant que les parlementaires pourraient s’opposer à une nomination à la majorité des trois cinquièmes. Un dispositif rarement utilisé : depuis sa mise en place, cette procédure n’a abouti qu’une seule fois. « Dans les faits, cette majorité qualifiée est quasi impossible à obtenir, surtout en période de cohabitation ou de forte polarisation politique », explique un observateur politique sous couvert d’anonymat.
Les départs anticipés de certains hauts fonctionnaires alimentent également les soupçons. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, quittera son poste un an et demi avant la fin de son mandat. Officiellement pour des raisons personnelles, a-t-il indiqué. En revanche, Pierre Moscovici, ancien premier président de la Cour des comptes, a assumé la dimension politique de son départ accéléré : « Je souhaitais que mon successeur soit nommé par Emmanuel Macron et non pas par un représentant d’un parti susceptible d’utiliser cette nomination de manière plus illibérale. »
L’Élysée dément toute manœuvre politique
Face aux critiques, l’entourage d’Emmanuel Macron rejette toute volonté de « verrouillage » de l’État. « Le président ne fait pas ses nominations en fonction des résultats hypothétiques des futures élections », a précisé le palais présidentiel. Il insiste sur les critères objectifs de légitimité, de compétence et de pertinence qui guident ces choix. Pourtant, les exemples récents montrent que les proches du chef de l’État occupent souvent des postes clés : Amélie de Montchalin, ancienne ministre, à la Cour des comptes ; Emmanuel Moulin, ancien directeur de cabinet de Macron, à la Banque de France ; Richard Ferrand, figure macroniste historique, au Conseil constitutionnel.
Ces nominations interviennent dans un contexte électoral tendu. Les élections de 2027 approchent, et l’hypothèse d’une victoire du Rassemblement national inquiète une partie de la classe politique. Certains y voient une stratégie pour sécuriser des institutions en cas d’alternance, bien que l’Élysée démente toute instrumentalisation à des fins partisanes.
En attendant, l’opposition continue de dénoncer une « présidentialisation à outrance » des institutions. Les prochaines nominations, notamment celles prévues pour remplacer des membres du Conseil constitutionnel ou de la Banque de France, seront scrutées avec attention. Elles pourraient révéler, une fois encore, la tension entre tradition républicaine et réalpolitik présidentielle.
Selon la Constitution, le président nomme aux « emplois civils et militaires de l’État ». En pratique, cela concerne aujourd’hui entre trois et quatre cents postes, dont des membres du Conseil constitutionnel, des hauts fonctionnaires, des dirigeants d’institutions comme la Banque de France ou la Cour des comptes. Ces nominations sont réparties dans divers domaines, de la justice à l’économie en passant par la défense.
Les départs précoces de figures comme François Villeroy de Galhau ou Pierre Moscovici sont parfois perçus comme des manœuvres politiques. Certains y voient une tentative de placer des fidèles avant une possible alternance, comme en 2027. Même si ces départs sont officiellement motivés par des raisons personnelles ou professionnelles, leur calendrier interroge, d’autant que ces postes stratégiques peuvent influencer des politiques publiques clés.