Depuis plusieurs années, les féminicides et les violences conjugales rythment l’actualité française, sans pour autant s’imposer comme une priorité dans les discours politiques et médiatiques dédiés à l’ordre public. Selon Libération, ce paradoxe persiste alors que les chiffres restent alarmants : en 2025, 122 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire, selon les dernières statistiques du ministère de l’Intérieur. Un bilan qui place la France parmi les pays européens les plus touchés par ce fléau, alors même que les questions de sécurité figurent en tête des préoccupations des Français.
Ce qu'il faut retenir
- 122 féminicides enregistrés en 2025 en France, un chiffre stable depuis plusieurs années et qui ne baisse pas malgré les discours politiques.
- Les violences faites aux femmes sont peu évoquées par les responsables politiques pourtant centrés sur l’ordre public et la sécurité.
- Des associations dénoncent un décalage entre les annonces gouvernementales et les moyens alloués pour protéger les victimes.
- Les dispositifs comme les bracelets anti-rapprochement ou les places d’hébergement restent insuffisants face à l’ampleur du phénomène.
Un sujet absent des radars sécuritaires
Malgré des rapports parlementaires et des alertes répétées d’associations, les violences conjugales peinent à trouver leur place dans les débats sur la sécurité. Comme le rapporte Libération, aucun ministre, aucun responsable politique ne s’exprime régulièrement sur ce sujet, alors même que les féminicides sont souvent commis par des conjoints ou ex-conjoints. Le 15 mars 2026, lors d’un discours sur la lutte contre l’insécurité, le ministre de l’Intérieur a évoqué la délinquance juvénile et les trafics de stupéfiants, sans mentionner une seule fois les violences faites aux femmes. Pourtant, ces crimes relèvent bel et bien de la sécurité publique.
Les associations féministes dénoncent ce silence. «
Il y a une volonté politique de minimiser ces violences, alors que chaque féminicide est un échec de la société toute entière», a déclaré Marine Martin, présidente de l’association « Nous Toutes », lors d’une conférence de presse le 20 avril 2026. Pour elle, ce désintérêt s’explique par un manque de volonté réelle de changer les choses : « On préfère parler de cambriolages ou de violences urbaines, alors que les femmes meurent chez elles, bien souvent sous les yeux de témoins impuissants. »
Des dispositifs sous-financés et inefficaces
Plusieurs mesures ont été annoncées ces dernières années pour lutter contre les violences conjugales, comme les bracelets anti-rapprochement ou les numéros d’urgence dédiés. Pourtant, leur mise en œuvre reste chaotique. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en janvier 2026, seulement 30 % des places d’hébergement d’urgence promises pour les victimes de violences ont été créées. Un chiffre qui illustre le manque de moyens alloués à ce dossier.
Les associations pointent également l’inefficacité des dispositifs existants. «
Les bracelets anti-rapprochement sont utiles, mais ils ne suffisent pas à protéger les femmes», a expliqué à Libération Sophie Souart, coordinatrice nationale du Collectif féministe contre le viol. « Quand une femme porte plainte, elle est souvent renvoyée vers des solutions qui ne répondent pas à son urgence. Et dans 80 % des cas, le conjoint violent n’est pas placé en détention préventive. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, seulement 15 % des auteurs de violences conjugales ont fait l’objet d’une mesure d’éloignement.
Un contexte politique qui ne favorise pas le débat
Le sujet des violences faites aux femmes semble être victime d’un agenda politique surchargé, où les priorités se concentrent sur l’immigration, la sécurité urbaine ou la lutte contre le terrorisme. Pourtant, les chiffres montrent que les femmes représentent 80 % des victimes de violences intrafamiliales, un phénomène qui touche toutes les classes sociales et tous les territoires. Les associations craignent que cette omission ne soit pas anodine, mais relève d’un choix délibéré de ne pas aborder un sujet qui divise.
Interrogé par Libération sur ce silence, un conseiller du gouvernement a déclaré sous couvert d’anonymat : « Le président de la République a déjà acté des mesures fortes, comme la création du numéro 3919 dédié aux violences conjugales. Mais nous devons aussi tenir compte des réalités budgétaires. » Un argument qui ne convainc pas les militantes, pour qui la priorité n’est pas financière, mais politique.
Si les violences faites aux femmes restent un angle mort des politiques sécuritaires, c’est aussi parce que la société peine à les considérer comme une urgence absolue. Pourtant, chaque chiffre cache une vie brisée, chaque silence une impunité qui se perpétue. Et le temps, lui, ne s’arrête pas.
Plusieurs facteurs expliquent ce silence. D’abord, les violences conjugales sont souvent perçues comme des « affaires privées », alors qu’elles relèvent clairement de la sécurité publique. Ensuite, les responsables politiques privilégient des sujets plus médiatisés, comme l’insécurité urbaine ou l’immigration, qui génèrent plus de polémiques. Enfin, les moyens alloués à la lutte contre ces violences restent insuffisants, faute de volonté politique claire.