Le sommet de la Communauté politique européenne qui s’est tenu à Erevan ce week-end, couplé à la signature d’un nouveau partenariat entre l’Union européenne et l’Arménie, a suscité l’ire du Kremlin. Selon Le Monde, Moscou considère toujours le Caucase comme sa zone d’influence exclusive, une position que le rapprochement entre Erevan et Bruxelles vient directement contester.

Ce qu'il faut retenir

  • Le sommet de la Communauté politique européenne s’est déroulé à Erevan ce week-end, avec en point d’orgue un partenariat renforcé entre l’Union européenne et l’Arménie.
  • Le Kremlin a réagi avec virulence, rappelant que le Caucase reste pour Moscou une sphère d’influence privilégiée.
  • Ce rapprochement intervient alors que l’Arménie a signé un accord de paix avec l’Azerbaïdjan, ouvrant la voie à une stabilisation régionale.
  • La petite République dispose de leviers économiques et géostratégiques, à condition que la Russie n’y oppose pas de veto.
  • Le partenariat UE-Arménie pourrait renforcer les échanges commerciaux et les investissements, mais son ampleur dépendra de l’accord de Moscou.

Un sommet à Erevan sous haute tension géopolitique

La capitale arménienne a accueilli, les 10 et 11 mai 2026, les représentants des États membres de la Communauté politique européenne, une enceinte créée en 2022 pour renforcer la coopération entre l’UE et ses partenaires. Mais c’est surtout la signature d’un accord de partenariat global entre Bruxelles et Erevan qui a retenu l’attention. Ce texte, négocié depuis plusieurs mois, prévoit un renforcement des échanges commerciaux, des investissements dans les infrastructures et une coopération accrue en matière d’énergie et de numérique. Autant dire que ce rapprochement ne laisse pas Moscou indifférent.

D’après Le Monde, le Kremlin a réagi avec une fermeté inhabituelle, rappelant dans un communiqué que « le Caucase reste une zone d’influence historique et stratégique pour la Russie ». Une formulation qui en dit long sur la sensibilité du dossier. Pour Moscou, tout rapprochement entre une ancienne république soviétique et l’Occident équivaut à une intrusion dans son pré carré, d’autant que l’Arménie a longtemps été perçue comme un allié inconditionnel.

Un équilibre diplomatique mis à l’épreuve

Ce partenariat UE-Arménie intervient dans un contexte régional particulièrement complexe. Depuis décembre 2024, Erevan et Bakou ont trouvé un accord de paix sous médiation européenne, mettant fin à des décennies de tensions frontalières et à un conflit ouvert en 2020. Pourtant, cette avancée diplomatique ne suffit pas à rassurer la Russie, qui voit d’un mauvais œil le développement de liens entre l’Arménie et les institutions européennes. « L’Arménie a désormais le choix entre deux modèles : rester dans l’orbite russe ou s’ouvrir à l’Europe », analyse un diplomate cité par Le Monde.

Le pays dispose en effet de plusieurs atouts. Son secteur énergétique, notamment grâce à des centrales hydroélectriques et une position géographique stratégique, en fait un partenaire potentiel pour l’UE. De même, ses compétences dans les technologies numériques et l’agroalimentaire pourraient attirer des investisseurs européens. Mais ce développement économique dépendra en grande partie de la bonne volonté de Moscou, qui conserve une influence majeure sur Erevan, notamment à travers des accords militaires et économiques.

Moscou peut-il freiner l’influence européenne ?

La question n’est pas rhétorique. Depuis des années, la Russie exerce une pression constante sur l’Arménie pour limiter ses engagements auprès de l’Occident. En 2023, Moscou avait déjà obtenu que Erevan renonce à participer à des manœuvres militaires conjointes avec l’OTAN, sous peine de sanctions économiques. Pourtant, l’accord de paix avec l’Azerbaïdjan a changé la donne. « L’Arménie a désormais besoin de stabilité et de développement, et Bruxelles lui offre une alternative crédible à la dépendance à la Russie », explique une analyste de l’Institut d’études stratégiques de Paris.

Reste à savoir si Moscou laissera faire. Le Kremlin pourrait user de leviers économiques pour rappeler à l’ordre Erevan, comme il l’a fait avec la Biélorussie ou le Kazakhstan. Une réduction des livraisons de gaz ou une augmentation des droits de douane sur les exportations arméniennes vers la Russie ne sont pas à exclure. « Tout dépendra de la capacité d’Erevan à diversifier ses partenariats sans déclencher une crise ouverte avec Moscou », précise Le Monde.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront déterminants. Le partenariat UE-Arménie doit encore être ratifié par les parlements nationaux des États membres, un processus qui pourrait s’étendre jusqu’à la fin de l’année. Parallèlement, des négociations sont attendues sur la mise en œuvre concrète des mesures, notamment en matière d’investissements et de coopération énergétique. Une chose est sûre : si Moscou voit d’un mauvais œil ce rapprochement, il n’a pour l’instant pas les moyens de s’y opposer frontalement, sans risquer une escalade régionale.

Dans ce contexte, la question n’est plus tant de savoir si l’Arménie parviendra à concilier ses liens avec la Russie et l’Europe, mais plutôt à quel prix. Et surtout, combien de temps encore Moscou tolérera-t-il cette voie étroite.

Le texte prévoit un renforcement des échanges commerciaux, des investissements dans les infrastructures, une coopération énergétique et numérique, ainsi que des facilités pour les visas et la mobilité des citoyens. Aucun chiffre précis n’a été dévoilé, mais l’objectif affiché est de doubler les échanges commerciaux d’ici 2030.