Dans un entretien accordé au Monde, le ministre des Finances de l’Autorité palestinienne, Estephan Salameh, alerte sur une crise systémique. Selon ses propos, l’occupation israélienne de la Cisjordanie et le refus de verser les taxes douanières collectées par Israël au nom des Palestiniens pourraient entraîner l’effondrement de secteurs essentiels comme l’éducation, la santé et la sécurité.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Autorité palestinienne risque un effondrement des secteurs éducation, santé et sécurité.
  • Israël refuse de verser les taxes douanières prélevées au nom des Palestiniens.
  • L’occupation israélienne de la Cisjordanie aggrave la situation financière.
  • Ces mesures pourraient provoquer un blocage total des services publics.

Une crise financière aux conséquences dramatiques

D’après Estephan Salameh, les recettes de l’Autorité palestinienne sont gravement menacées. Israël perçoit et retient des taxes douanières pour le compte des Palestiniens, un mécanisme en vigueur depuis des décennies. Or, ces fonds représentent une part majeure du budget de l’Autorité, couvrant notamment les salaires des fonctionnaires et le financement des services publics.

« Nous sommes en mode survie », a déclaré le ministre. « Cette situation est une menace existentielle pour notre capacité à assurer les services de base. » Selon lui, le refus israélien de verser ces fonds équivaut à une asphyxie économique, rendant impossible le maintien des infrastructures sociales.

L’occupation israélienne, un frein structurel

Le gel des taxes douanières s’ajoute à d’autres contraintes liées à l’occupation. La Cisjordanie, territoire palestinien sous contrôle israélien partiel, subit des restrictions de circulation, des démolitions de logements et des limitations économiques. Ces mesures, couplées au manque de liquidités, paralysent progressivement l’action publique.

Salameh a précisé que sans un déblocage immédiat de ces fonds, « les hôpitaux ne pourront plus acheter de médicaments, les écoles ne recevront plus de manuels, et les forces de sécurité ne seront plus payées ». Autant dire que la continuité de l’État palestinien, déjà fragilisé, serait gravement compromise.

Un appel à la communauté internationale

Face à cette crise, le ministre des Finances palestinien a appelé la communauté internationale à intervenir. « Cette situation exige une médiation urgente », a-t-il souligné. Il a rappelé que l’Autorité palestinienne dépend à plus de 60 % de ces recettes douanières pour son fonctionnement quotidien.

Des négociations sont en cours, mais aucune solution n’a encore été trouvée. Les autorités palestiniennes ont évoqué la possibilité de recourir à des mécanismes de substitution, comme des prêts ou des aides d’urgence, mais ces options restent limitées et insuffisantes à long terme.

Et maintenant ?

La prochaine réunion tripartite entre l’Autorité palestinienne, Israël et des médiateurs internationaux est prévue pour le 20 juin 2026. Si aucun accord n’est trouvé, les conséquences pourraient être immédiates : arrêts de travail dans les secteurs publics, suspension des services médicaux dans certaines régions, et risque accru de tensions sociales. Le maintien de la stabilité en Cisjordanie dépendra largement de la capacité des parties à trouver un compromis dans les prochains jours.

Cette crise rappelle que la question des taxes douanières n’est pas seulement économique, mais aussi politique. Depuis des années, elle cristallise les tensions entre Israël et les Palestiniens, illustrant l’interdépendance forcée de leurs économies, malgré l’absence de reconnaissance mutuelle. Sans une résolution rapide, c’est toute la viabilité de l’Autorité palestinienne qui pourrait être remise en cause.