Les collectivités territoriales ont interpellé, mardi 9 juin 2026, l’État et les parlementaires afin qu’ils « changent de méthode » dans l’élaboration du budget 2027. C’est ce qu’a annoncé le Comité des finances locales (CFL), qui représente l’ensemble des collectivités – communes, intercommunalités, départements et régions – dans une intervention relayée par BFM Business.
Ce qu'il faut retenir
- En 2025, les dépenses de fonctionnement des collectivités n’ont augmenté que de 1,4 %, soit la plus faible progression depuis 2020, selon le CFL.
- Les recettes de fonctionnement, comme la TVA, progressent de seulement 2,2 %, tandis que l’investissement local ralentit (+1,7 % après quatre années de forte hausse).
- Le besoin de financement reste négatif de 8,4 milliards d’euros, contraignant les collectivités à augmenter leur dette de 4,4 % depuis 2023.
- Depuis 2023, toutes les catégories de collectivités sont en déficit, une situation inédite depuis 2015-2022 (hors 2020).
Dans un contexte marqué par des ponctions répétées de l’État et la suppression d’impôts locaux représentant 40 milliards d’euros, le CFL a tenu à rappeler une réalité souvent méconnue : « non, les collectivités ne voient pas exploser leurs dépenses de fonctionnement », a déclaré Jean-François Debat, maire socialiste de Bourg-en-Bresse (Ain) et nouveau président du comité, lors d’une conférence de presse.
Le CFL, qui succède à André Laignel – maire d’Issoudun (Indre) pendant près de cinq décennies jusqu’en mars 2026 –, a souligné que les chiffres publiés par les collectivités « corroborent l’analyse des élus locaux » et « contredisent certains discours ». Parmi les dépenses les plus dynamiques figurent notamment celles liées à l’hébergement pour l’Aide sociale à l’enfance, tandis que la hausse de l’inflation a ralenti l’augmentation globale des coûts.
Des dépenses maîtrisées, mais des recettes en berne
Selon les données compilées par le CFL, les dépenses d’intervention (aides aux associations, subventions) et les frais de personnel n’ont progressé que de 1,4 % en 2025, un rythme bien inférieur à celui enregistré en 2024 (+4,1 % selon la Cour des comptes). Cette modération s’explique en partie par la fin des effets de la revalorisation du point d’indice des fonctionnaires et une inflation moins élevée qu’auparavant.
Côté recettes, la situation est plus préoccupante. La TVA, principale source de financement des collectivités, n’a progressé que de 2,2 %, un rythme insuffisant pour couvrir les besoins. Quant à l’investissement local, il marque un net ralentissement après quatre années de forte croissance, avec une hausse limitée à 1,7 % en 2025. « Depuis 2023, toutes les catégories de collectivités sont en situation de besoin de financement », a rappelé le CFL, un phénomène absent entre 2015 et 2022, à l’exception de l’année 2020.
Cette situation a conduit les collectivités à puiser dans leur épargne et à recourir davantage à l’emprunt. Le besoin de financement, avant tout mouvement sur la dette, s’élève à –8,4 milliards d’euros, entraînant une augmentation de la dette publique locale de 4,4 %. « Il est urgent de changer de méthode pour préparer les budgets suivants », a alerté Jean-François Debat, pointant du doigt les 40 milliards d’euros d’impôts locaux supprimés par les gouvernements successifs.
Une analyse contredite par la Cour des comptes
Cette vision des collectivités locales entre en contradiction avec le diagnostic établi par la Cour des comptes dans son rapport de l’an dernier. Selon l’institution, la situation financière des collectivités a « fortement contribué à la hausse du déficit public », malgré leur part limitée dans ce dernier. En 2024, leurs dépenses de fonctionnement avaient progressé de 4,1 %, contre 2,7 % pour leurs recettes. Les communes et leurs intercommunalités avaient été les plus touchées, avec une hausse de 4,8 % de leurs dépenses.
Le CFL reconnaît que certains postes restent « très dynamiques », comme les dépenses d’hébergement pour l’Aide sociale à l’enfance. Sur l’ensemble du mandat 2020-2025, marqué par plusieurs crises (sanitaire, inflation, tensions géopolitiques), les dépenses de fonctionnement du bloc communal ont progressé « au même rythme que sur le mandat précédent, hors inflation ». En revanche, les investissements ont fortement augmenté, notamment pour les communes et leurs intercommunalités.
Cette divergence d’analyse entre le CFL et la Cour des comptes illustre les tensions persistantes entre l’État et les collectivités locales. Ces dernières estiment que les prélèvements et les baisses de compensations d’impôts supprimés – comme la taxe d’habitation sur les résidences principales – pèsent lourdement sur leurs finances, alors que leurs marges de manœuvre restent limitées. « Les collectivités ne sont pas autorisées à emprunter pour leurs dépenses de fonctionnement, malgré la hausse de leur besoin de financement », a rappelé Jean-François Debat.
Dans ce contexte tendu, le gouvernement devra arbitrer entre la nécessité de réduire le déficit public et le soutien aux collectivités locales, dont les marges de manœuvre sont de plus en plus réduites. Pour l’heure, aucune décision concrète n’a été annoncée, mais les élus locaux maintiennent la pression pour que leurs revendications soient prises en compte.
Les suppressions d’impôts locaux, comme la taxe d’habitation sur les résidences principales, représentent un manque à gagner de 40 milliards d’euros pour les collectivités. Ces dernières estiment que ces pertes ne sont pas compensées à hauteur de leurs besoins, ce qui aggrave leur déficit et limite leur capacité à investir dans les services publics locaux.