Le parquet colombien a confirmé mardi 6 mai qu’il ne suspendrait pas les mandats d’arrêt visant une trentaine de membres du Clan del Golfo, le plus important cartel de drogue du pays, malgré la demande formulée fin avril par le gouvernement du président Gustavo Petro. Selon Le Figaro, cette décision s’inscrit dans un contexte de négociations en cours entre l’exécutif et l’organisation criminelle, menée depuis septembre 2025 au Qatar.

Parmi les personnes visées par ces mandats figure Jobanis de Jesús Ávila, alias Chiquito Malo (« mauvais garçon » en espagnol), considéré comme l’un des dirigeants du Clan del Golfo. Le parquet a justifié sa position en invoquant l’absence d’« informations suffisantes et vérifiables » permettant d’établir si les « exigences légales relatives à l’état d’avancement du processus de paix » sont remplies. Le procureur a par ailleurs rappelé que Chiquito Malo fait l’objet d’un mandat d’extradition vers les États-Unis, déjà validé par un tribunal colombien, mais dont l’exécution reste conditionnée à l’accord final de l’exécutif.

Ce qu'il faut retenir

  • Le parquet colombien refuse de suspendre les mandats d’arrêt contre une trentaine de membres du Clan del Golfo, malgré la demande du gouvernement.
  • Ces mandats concernent notamment Jobanis de Jesús Ávila, alias Chiquito Malo, chef présumé du cartel, visé par un mandat d’extradition vers les États-Unis.
  • Le gouvernement de Gustavo Petro négocie depuis septembre 2025 avec le Clan del Golfo au Qatar dans le cadre de sa politique de « paix totale ».
  • Le parquet exige des preuves tangibles pour évaluer la progression des négociations avant d’envisager toute suspension des mandats.
  • Le Clan del Golfo, héritier des paramilitaires d’extrême droite, est le principal cartel de cocaïne en Colombie, premier producteur mondial de cette drogue.

Un cartel au cœur des négociations de paix

Le Clan del Golfo, classé comme organisation « terroriste » par Washington, est aujourd’hui la principale organisation criminelle de Colombie, spécialisée dans le trafic de cocaïne. D’après Le Figaro, l’organisation compte parmi les groupes armés les plus puissants du pays, héritier des anciens paramilitaires d’extrême droite qui ont marqué la guerre civile colombienne par une violence extrême. Son désarmement figure au cœur de la stratégie du président Gustavo Petro, qui a lancé en 2022 une politique de « paix totale » visant à démobiliser l’ensemble des groupes armés du pays par le dialogue.

Pourtant, malgré ces négociations en cours depuis septembre 2025 au Qatar, les résultats concrets restent limités à trois mois de la fin du mandat de Petro, prévue le 7 août 2026. Les observateurs soulignent que les avancées restent fragiles, notamment en raison de la méfiance persistante entre les parties. L’avocat du Clan del Golfo avait d’ailleurs déclaré fin avril qu’un accord de paix avant la fin du mandat présidentiel semblait « impossible », selon les propos rapportés par Le Figaro.

Un désaccord public sur la suspension des mandats

Le gouvernement colombien avait sollicité fin avril la suspension des mandats d’arrêt, dont celui visant Chiquito Malo, dans l’espoir de faciliter les discussions avec le cartel. Pourtant, le parquet a rappelé mardi que sa décision était « irrévocable » tant que les critères légaux ne seraient pas remplis. « Nous ne suspendrons pas les mandats tant que nous n’aurons pas obtenu des informations suffisantes et vérifiables », a-t-il précisé dans un communiqué, insistant sur le fait que Chiquito Malo était également concerné par une procédure d’extradition vers les États-Unis.

Cette position a suscité des tensions au sein de l’exécutif. Le président Gustavo Petro a déclaré mardi sur la plateforme X (ex-Twitter) qu’il n’avait « pas été informé » de la demande de suspension du mandat d’arrêt visant le chef du Clan del Golfo, annoncée par Otty Patiño, négociateur gouvernemental en chef pour les pourparlers de paix. Cette absence de coordination entre les différentes branches de l’État illustre les difficultés rencontrées par le gouvernement pour concilier sa stratégie de dialogue avec les impératifs judiciaires nationaux et internationaux.

Un processus de paix sous haute tension

La politique de « paix totale » de Gustavo Petro, qui vise à démobiliser les groupes armés par la négociation plutôt que par la force, se heurte à plusieurs obstacles. D’une part, les exigences judiciaires en matière de lutte contre le narcotrafic restent strictes, notamment sous la pression des États-Unis, qui considèrent le Clan del Golfo comme une menace majeure. D’autre part, les résultats concrets des pourparlers au Qatar peinent à se matérialiser, alors que le mandat du président s’achève dans moins de trois mois.

Selon Le Figaro, les négociateurs gouvernementaux misent sur des concessions juridiques pour inciter le cartel à déposer les armes. Toutefois, la suspension des mandats d’arrêt ou des procédures d’extradition apparaît comme une monnaie d’échange délicate à manier. Le parquet colombien, indépendant de l’exécutif, rappelle à chaque étape que la justice ne peut être contournée au nom de considérations politiques, même dans un contexte de négociation de paix.

Et maintenant ?

La balle est désormais dans le camp du gouvernement colombien, qui devra trancher sur l’opportunité d’accorder ou non son feu vert pour l’extradition de Chiquito Malo vers les États-Unis. Une décision qui pourrait avoir un impact direct sur la poursuite des négociations avec le Clan del Golfo. D’ici au 7 août 2026, date de la fin du mandat de Gustavo Petro, les prochaines semaines s’annoncent décisives pour évaluer la viabilité de sa politique de « paix totale ».

Reste à voir si le parquet acceptera de réévaluer sa position à la lumière de nouvelles preuves fournies par le gouvernement. Autant dire que la route vers un accord de paix durable avec le Clan del Golfo reste semée d’embûches, entre exigences judiciaires, enjeux politiques et pression internationale. Dans l’immédiat, le cartel conserve une position de force, son désarmement conditionnant en grande partie la réussite – ou l’échec – de la stratégie de Gustavo Petro.

Le gouvernement de Gustavo Petro mène depuis septembre 2025 des négociations de paix avec le Clan del Golfo au Qatar dans le cadre de sa politique de « paix totale ». La suspension des mandats d’arrêt, dont celui visant Chiquito Malo, est perçue comme un geste pour faciliter le dialogue et encourager le désarmement du cartel. Cependant, cette demande se heurte aux impératifs judiciaires indépendants du parquet colombien.