Alors que SpaceX s’apprête à réaliser une entrée en Bourse historique, les projets d’Elon Musk pour Mars, les voyages terrestres en fusée et le transfert des centres de données dans l’espace suscitent autant d’admiration que de scepticisme. Selon BFM Business, ces ambitions, bien que spectaculaires, soulèvent des questions majeures quant à leur faisabilité technique, biologique et économique. L’objectif ultime de Musk — établir une colonie d’un million de personnes sur Mars — conditionne même l’attribution d’un bonus potentiellement colossal de 1 000 milliards de dollars.

Ce qu'il faut retenir

  • SpaceX, dirigée par Elon Musk, prépare une entrée en Bourse record, prévue ce vendredi.
  • Le patron de l’entreprise conditionne une partie de sa rémunération à la colonisation de Mars, avec un bonus estimé à 1 000 milliards de dollars.
  • Les experts s’interrogent sur la faisabilité technique et économique d’une colonie martienne, jugée irréaliste ou très lointaine par la majorité d’entre eux.
  • La fusée Starship, clé de voûte des projets de SpaceX, doit encore relever des défis majeurs, comme le ravitaillement en orbite de fluides cryogéniques.
  • Les déclarations optimistes d’Elon Musk, souvent repoussées, alimentent les doutes sur la crédibilité des échéances annoncées.

Des ambitions démesurées : coloniser Mars, révolutionner les transports et délocaliser l’IA

Le scénario imaginé par Elon Musk est celui d’une humanité partagée entre la Terre et Mars, où les trajets intercontinentaux s’effectueraient en fusée et où les centres de données, énergivores et polluants, seraient déplacés dans l’espace. Ces projets, portés par SpaceX, s’appuient sur des innovations comme la fusée Starship, la plus grande et la plus puissante jamais conçue, toujours en développement. Pourtant, selon BFM Business, ces visions, bien que séduisantes, restent largement irréalistes à court ou moyen terme. Les défis techniques, biologiques et économiques sont jugés trop importants par la majorité des experts consultés.

Parmi les obstacles identifiés, la survie d’un million de personnes sur Mars apparaît comme un casse-tête sans précédent. Un voyage aller-retour vers la planète rouge prendrait environ trois ans, et nécessiterait des systèmes de recyclage d’eau et d’oxygène d’une complexité extrême. Même les partisans d’une exploration martienne, comme Robert Zubrin, président de l’association Mars Society, doutent de la faisabilité d’une colonisation à grande échelle. « Ce sont des déclarations qui ne correspondent pas à la réalité », a-t-il souligné auprès de l’AFP, critiquant les échéances « tellement optimistes qu’elles sont repoussées à répétition ».

Starship et les défis technologiques : une course contre la montre

La fusée Starship, au cœur des projets de SpaceX, doit encore surmonter des obstacles techniques majeurs pour rendre Mars accessible. Avant même d’envisager un vol habité vers la planète rouge, l’entreprise devra réussir une opération inédite : le ravitaillement en orbite de fluides cryogéniques. Le principe ? Plusieurs lancements seraient nécessaires : l’un pour envoyer un vaisseau, et d’autres pour transporter des réservoirs d’oxygène et de méthane liquides, qui seraient ensuite transférés en orbite pour alimenter le vaisseau principal. Une manœuvre d’une « folle complexité », selon Scott Hubbard, ancien haut responsable de la Nasa et co-auteur d’une analyse critique des plans martiens de Musk.

Malgré ces défis, Hubbard reste prudent mais nuancé : « Ils ont des ingénieurs exceptionnels, donc ils finiront par régler le problème. La question, c’est plutôt le calendrier. » En effet, SpaceX multiplie les projets en parallèle : une version de Starship pour concurrencer les vols long-courriers terrestres, un alunisseur pour le programme lunaire Artémis de la Nasa, et une constellation de satellites destinée à servir de centre de données pour l’intelligence artificielle. Autant d’initiatives qui, si elles séduisent certains, laissent sceptiques la plupart des observateurs. « Même si l’on parvenait à surmonter tous les obstacles techniques, il reste l’aspect économique. Et ce n’est tout simplement pas raisonnable à l’heure actuelle », a jugé Kathleen Curlee, analyste spatiale à l’université Georgetown.

Un bonus de 1 000 milliards de dollars conditionné à la colonisation de Mars

L’un des éléments les plus controversés du projet Musk réside dans le lien direct établi entre la colonisation de Mars et une rémunération potentielle de 1 000 milliards de dollars. Bret Johnsen, directeur financier de SpaceX, balaie les critiques dans une vidéo promotionnelle en affirmant : « Nous réalisons ce que d’autres jugent impossible. » L’entreprise met en avant ses succès passés, comme le développement de fusées partiellement réutilisables et une cadence de vols supérieure à celle de l’ensemble de ses concurrents réunis. Pourtant, les experts rappellent que les déclarations optimistes d’Elon Musk ont souvent été suivies de retards, voire d’échecs.

Robert Zubrin va plus loin en qualifiant le projet de « fiction » et de simple « argumentaire marketing ». « Si vous possédiez une entreprise capable de construire des navires mieux que quiconque, vous diriez que l’endroit idéal pour l’IA, c’est au milieu de l’océan », ironise-t-il. L’expert craint que Musk, habitué à réussir dans des domaines comme les véhicules électriques ou les paiements en ligne, ne sous-estime les défis spécifiques à l’exploration spatiale. « Il avait réussi tout ce qu’il avait entrepris auparavant, et personne ne pouvait lui dire qu’il avait tort », rappelle Zubrin, qui voit dans cette obstination les mêmes travers que ceux de Napoléon avant son déclin.

L’échec de Jeff Bezos rappelle les risques encourus par SpaceX

Les récents déboires de Blue Origin, la société spatiale de Jeff Bezos, rappellent que même les géants du secteur ne sont pas à l’abri d’un échec retentissant. L’explosion en vol d’une fusée New Shepard en septembre 2025, après plusieurs années de succès, a marqué un coup d’arrêt dans les ambitions du milliardaire. Si SpaceX devait connaître un échec similaire, « il échouerait exactement pour la même raison que Napoléon Bonaparte », estime Robert Zubrin. L’histoire pourrait donc se répéter pour Musk, dont les projets pharaoniques reposent sur des technologies encore en développement et des calendriers souvent jugés irréalistes.

Pourtant, l’entrée en Bourse de SpaceX, prévue ce vendredi, devrait injecter des milliards de dollars dans les caisses de l’entreprise. Ces fonds pourraient permettre d’accélérer certains projets, comme ceux liés à la Lune ou à Mars, tout en compensant d’éventuels retards. Mais le doute persiste : les investisseurs croient-ils vraiment à ces promesses, ou voient-ils avant tout une opportunité de placement dans une entreprise déjà dominante dans le secteur spatial ?

Et maintenant ?

La réussite ou l’échec des projets de SpaceX dépendra en grande partie des prochaines étapes techniques, notamment les essais en vol de la fusée Starship. Une première mission habitée vers Mars n’est pas attendue avant la fin de la décennie, si elle a lieu un jour. D’ici là, les observateurs scruteront avec attention les avancées — ou les reculs — d’une entreprise qui continue de repousser les limites, quitte à bousculer les lois de la physique et de l’économie.

Quoi qu’il en soit, une chose est sûre : les ambitions d’Elon Musk continueront de faire débat, entre fascination pour l’innovation et scepticisme face à des projets jugés trop ambitieux. Pour l’heure, une seule certitude : SpaceX reste sous les projecteurs, et son entrée en Bourse devrait donner un nouvel élan — ou révéler de nouvelles faiblesses — à ses projets les plus fous.

Les experts citent notamment la survie à long terme des colons (recyclage d’eau et d’oxygène), la durée du voyage — environ trois ans aller-retour —, et la fiabilité des systèmes de propulsion, comme la fusée Starship. Le ravitaillement en orbite de fluides cryogéniques est également présenté comme une opération d’une « folle complexité ».

Si l’idée séduit certains pour son aspect écologique — éloigner les infrastructures polluantes de la Terre —, la majorité des experts la jugent irréaliste économiquement et techniquement. Kathleen Curlee, analyste spatiale, estime que « ce n’est tout simplement pas raisonnable à l’heure actuelle ».