Plus de la moitié des structures sanitaires de Gaza ne fonctionnent que partiellement, voire plus du tout, en raison de graves pénuries de matériel médical. C’est l’alerte lancée ce vendredi 22 mai 2026 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui souligne aussi les restrictions imposées par Israël sur l’entrée de ces fournitures essentielles. Selon les derniers chiffres communiqués par l’institution, seulement 53 % des hôpitaux et 58 % des centres de santé du territoire palestinien restent opérationnels, mais à un niveau très réduit.
La situation est jugée d’autant plus critique que certains équipements médicaux sont systématiquement bloqués par les autorités israéliennes. Ces restrictions portent notamment sur des matériels classés comme « à double usage », c’est-à-dire potentiellement utilisables à des fins civiles et militaires. « Sans équipements de laboratoire, nous ne pouvons pas diagnostiquer les maladies ni détecter les flambées épidémiques potentielles », a expliqué Reinhilde Van de Weerdt, représentante de l’OMS dans les territoires palestiniens, lors d’un point-presse à Genève. Elle a ajouté : « Sans concentrateurs d’oxygène, les patients en état critique mourront tout simplement. »
Ce qu'il faut retenir
- Seulement 53 % des hôpitaux et 58 % des centres de santé de Gaza sont partiellement opérationnels, selon l’OMS.
- L’institution dénonce les restrictions israéliennes sur l’entrée de matériel médical classé comme « à double usage ».
- Plus de 43 000 personnes, dont 10 000 enfants, ont subi des blessures nécessitant des soins de rééducation ou des prothèses.
- L’OMS recense 22 attaques contre les services de santé à Gaza depuis le début de l’année.
- Les pénuries concernent notamment les équipements de laboratoire et les concentrateurs d’oxygène, essentiels pour les patients en urgence.
Un système de santé sous pression depuis des mois
Les attaques répétées contre les infrastructures médicales ont aggravé une situation déjà très tendue. Depuis le début de l’année, l’OMS a recensé 22 incidents ciblant les services de santé à Gaza, réduisant encore davantage la capacité des hôpitaux à prendre en charge les blessés. Ces attaques, souvent liées aux opérations militaires en cours, ont détruit ou endommagé des équipements vitaux, rendant leur remplacement d’autant plus difficile en raison des restrictions d’accès aux fournitures.
Parmi les besoins les plus criants figurent les équipements de laboratoire, indispensables pour diagnostiquer rapidement les maladies infectieuses ou les complications liées aux blessures. Sans ces outils, les risques de flambées épidémiques augmentent, dans un territoire où les conditions sanitaires se dégradent rapidement. Les concentrateurs d’oxygène, eux, sont vitaux pour les patients en détresse respiratoire, une situation fréquente après des bombardements ou des blessures graves.
Plus de 43 000 blessés, dont 10 000 enfants, nécessitent des soins prolongés
Selon les données de l’OMS, plus de 43 000 personnes, dont une grande partie de mineurs, ont été blessées depuis le début du conflit. Parmi elles, 10 000 enfants ont subi des traumatismes nécessitant une prise en charge sur le long terme, incluant des prothèses, des dispositifs d’assistance ou des séances de rééducation. Ces chiffres illustrent l’ampleur des besoins médicaux dans un territoire où les infrastructures sanitaires sont systématiquement ciblées ou rendues inaccessibles.
Les hôpitaux encore debout peinent à absorber ce flux de patients. Les pénuries de médicaments, de matériel chirurgical et de dispositifs médicaux transforment les structures sanitaires en lieux de soins précaires, où les médecins doivent parfois choisir entre traiter un blessé ou un autre. « La situation est désespérante », a témoigné un responsable médical de Gaza cité par l’OMS, soulignant que chaque jour sans livraison de matériel aggrave le bilan humain.
Les restrictions israéliennes pointées du doigt
L’OMS insiste sur le rôle des restrictions imposées par Israël dans l’aggravation de la crise sanitaire. Les autorités israéliennes justifient ces mesures par des préoccupations sécuritaires, estimant que certains équipements pourraient être détournés à des fins militaires. Cependant, l’institution rappelle que ces restrictions violent le droit international humanitaire, qui garantit l’accès aux soins en temps de conflit.
« Ces restrictions sont disproportionnées et mettent en danger des vies humaines », a dénoncé Reinhilde Van de Weerdt. Elle a rappelé que les fournitures médicales ne devraient jamais être utilisées comme monnaie d’échange dans un conflit, surtout lorsqu’elles concernent des vies en danger. L’OMS appelle à une levée immédiate de ces blocages pour permettre l’acheminement des équipements indispensables.
Pour l’instant, aucune date précise n’a été avancée pour une réouverture totale des frontières aux fournitures médicales. Les organisations humanitaires, dont Médecins sans frontières, ont déjà alerté sur les risques d’une « crise de malnutrition artificielle » à Gaza, aggravée par l’impossibilité d’acheminer des denrées et des équipements vitaux. La communauté internationale, quant à elle, reste divisée sur la question des restrictions, certains pays appelant à leur levée immédiate, tandis que d’autres soutiennent les mesures de sécurité israéliennes.
En attendant, les habitants de Gaza continuent de subir les conséquences de cette crise sanitaire sans précédent, dans un territoire où chaque jour compte pour sauver des vies.
Israël justifie ces restrictions par des préoccupations sécuritaires, estimant que certains équipements pourraient être détournés à des fins militaires. L’armée israélienne considère que certains matériels, comme les équipements de laboratoire ou les pièces électroniques, pourraient être utilisés pour fabriquer des armes ou des dispositifs militaires. L’OMS, elle, dénonce une application disproportionnée de ces mesures, qui met en danger des vies humaines sans justification claire.