La compagnie aérienne italienne ITA Airways, issue de l’ancienne Alitalia, envisage de lancer des poursuites contre Pratt & Whitney, son équipementier, en raison de problèmes récurrents affectant près de 20 % de sa flotte. Selon BFM Business, cette décision devrait être actée dans les six à huit prochaines semaines, comme l’a annoncé Joerg Eberhart, le PDG de l’opérateur, lors du sommet de l’IATA à Rio de Janeiro ce dimanche.
Ce qu'il faut retenir
- ITA Airways pourrait engager des poursuites contre Pratt & Whitney dans les 6 à 8 semaines, en raison de 150 millions d’euros de pertes estimées.
- Près de 20 % de la flotte d’ITA Airways est immobilisée à cause de moteurs défectueux, tout comme des centaines d’A320neo dans le monde.
- Airbus a déjà engagé une action en justice contre Pratt & Whitney, accusant des retards dans les livraisons et des problèmes de fabrication des moteurs GTF.
- Le motoriste est critiqué pour privilégier ses activités de maintenance au détriment de la fourniture de moteurs neufs, une situation aggravée par les perturbations post-pandémie.
- Les défaillances des chaînes de production ont coûté 11 milliards de dollars aux compagnies aériennes en 2025, selon Willie Walsh, directeur général de l’IATA.
Une flotte à l’arrêt et des pertes financières lourdes
ITA Airways, qui a hérité d’une partie de l’ancienne Alitalia, subit de plein fouet les conséquences des défaillances des moteurs Pratt & Whitney. Joerg Eberhart, son PDG, a révélé lors du sommet de l’IATA que près d’un cinquième de sa flotte était cloué au sol. Les pertes financières s’élèvent déjà à 150 millions d’euros, un montant que les propositions actuelles de Pratt & Whitney ne suffisent pas à couvrir, a-t-il précisé. « Nous quantifions les dommages subis et attendons une réponse à la hauteur de nos pertes », a-t-il déclaré, ajoutant que la décision de poursuivre le motoriste serait prise « incessamment ».
Un problème industriel qui dépasse les frontières italiennes
Le problème n’est pas isolé : des centaines d’Airbus A320neo à travers le monde sont également immobilisés en raison de moteurs défectueux. Airbus, principal client de Pratt & Whitney pour ses A320neo, a déjà engagé une action en justice contre le motoriste. Selon BFM Business, le fabricant européen accuse Pratt & Whitney de ne pas respecter ses engagements, ce qui entraîne des retards de livraison et perturbe l’ensemble du secteur. Pratt & Whitney équipe plus de 40 % des A320neo, ce qui explique l’ampleur de la crise.
Ces défaillances s’expliquent en partie par des retards dans les inspections et les réparations, mais aussi par un problème de fabrication affectant les moteurs GTF, réputés pour leur faible consommation de carburant. Les difficultés remontent à 2023, mais la situation s’est aggravée avec les perturbations des chaînes d’approvisionnement post-pandémie.
Pratt & Whitney sous le feu des critiques
Le motoriste est pointé du doigt pour son incapacité à concilier deux enjeux majeurs : la livraison de moteurs neufs et la maintenance des appareils existants. Airbus a souligné dans un communiqué que « l’incapacité de Pratt & Whitney à s’engager sur le nombre de moteurs commandés impacte négativement les perspectives de cette année et la trajectoire de montée en cadence ». Chris Calio, PDG de RTX (maison mère de Pratt & Whitney), avait reconnu en janvier que le groupe devait trouver un « juste équilibre » entre les deux activités.
Cette crise industrielle a des répercussions bien au-delà des frontières européennes. Willie Walsh, directeur général de l’IATA, a dénoncé devant la presse à Rio de Janeiro le manque de fiabilité des motoristes. « Ils sont tous mauvais en ce moment. Si j’étais fabricant de moteurs, je ne serais pas ravi de mes performances », a-t-il ironisé. Il a également rappelé que les défaillances des chaînes de production avaient coûté 11 milliards de dollars aux compagnies aériennes en 2025, tout en soulignant que les flottes moins efficaces entraînaient des surcoûts en carburant.
Un secteur aérien sous pression
Les retards de livraison et les problèmes techniques s’ajoutent à une situation déjà tendue pour le secteur. Les compagnies aériennes font face à un carnet de commandes record de 18 000 appareils en attente de livraison, tandis que l’âge moyen de la flotte mondiale atteint un niveau historique de 15,2 ans. Le manque de plus de 5 000 appareils économes en carburant, initialement prévus, se traduit par des gains perdus en efficacité énergétique.
« Arrêtez de nous gruger et revenez à la fabrication de bons moteurs, qui fonctionnent et qui durent », a lancé Willie Walsh, résumant la frustration générale. La crise met en lumière les tensions entre les constructeurs aéronautiques, les motoristes et les compagnies aériennes, chacune pointant du doigt les autres pour expliquer les dysfonctionnements.
« Nous quantifions les dommages subis, qui s’élèvent à environ 150 millions d’euros. Nous sommes en discussion avec Pratt, et leurs propositions actuelles ne suffisent pas à couvrir nos pertes. »
Joerg Eberhart, PDG d’ITA Airways
Pour l’instant, le secteur aérien doit composer avec une flotte vieillissante et des retards coûteux, dans un contexte où la demande de transport reste soutenue. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer l’impact réel de cette crise sur les compagnies et les constructeurs.
Les défaillances sont principalement liées à des retards dans les inspections et réparations, ainsi qu’à un problème de fabrication affectant les moteurs GTF. Ces moteurs, bien que réputés pour leur faible consommation de carburant, souffrent de défauts de conception et de production, aggravés par les perturbations des chaînes d’approvisionnement post-pandémie.
Les passagers pourraient subir des annulations ou des retards de vols en raison de la flotte clouée au sol. Les compagnies aériennes, déjà en difficulté financière, pourraient répercuter ces surcoûts sur les prix des billets ou réduire leurs capacités de transport.