C’est une évolution frappante que décrit un ancien expatrié américain à Shanghai dans les colonnes du New York Times, repris par Courrier International : en l’espace de moins de vingt ans, la perception de l’Amérique en Chine est passée d’une admiration sans réserve à un rejet marqué, notamment sous la présidence de Donald Trump. Une transformation qui s’illustre aussi bien dans les salles de classe que dans les discours diplomatiques, où Washington semble désormais incarner un contre-modèle.
Ce qu'il faut retenir
- En 2008, être américain suffisait pour décrocher un emploi prestigieux à Shanghai, tant l’Amérique incarnait alors le succès économique et culturel.
- Les écoles chinoises organisaient des spectacles pour imiter le mode de vie américain, comme chanter « I Believe I Can Fly » ou des démonstrations de skateboard.
- Désormais, l’administration Trump a inversé la tendance : l’Amérique est perçue comme un repoussoir, tant sur le plan politique que sociétal.
- Donald Trump doit se rendre en Chine à la mi-mai 2026 pour un sommet avec Xi Jinping, un déplacement qui s’annonce sous haute tension.
- Le New York Times, quotidien de référence américain fondé en 1851, compte 1 700 journalistes et plus de 12 millions d’abonnés en 2025.
Shanghai 2008 : l’Amérique, un rêve accessible
Quand l’auteur de l’article a quitté les États-Unis en 2008 pour s’installer à Shanghai, l’Amérique bénéficiait encore d’un prestige inégalé en Chine. « Meiguo », littéralement le « pays magnifique », était alors un idéal vers lequel tendaient les ambitions locales. Un simple passeport américain ouvrait les portes des meilleures universités et lycées, où enseigner la culture occidentale était une priorité. Les établissements recherchaient des profils comme le sien : jeune diplômé sans expérience professionnelle, mais américain, et donc porteur d’un modèle envié.
Les initiatives pédagogiques reflétaient cette fascination. Dans un lycée de Shanghai, un spectacle de fin d’année avait ainsi été organisé autour de la chanson « I Believe I Can Fly » de R. Kelly, accompagnée d’une démonstration de skateboard. Ces activités, maladroites dans leur exécution, visaient à faire découvrir aux élèves un mode de vie décontracté et informel, symbole selon eux d’un avenir radieux. Autant dire que l’Amérique de l’époque incarnait l’innovation, la liberté et la réussite.
La rupture sous Trump : l’Amérique, un modèle en déclin
Les choses ont radicalement changé depuis. « Les Chinois nous regardaient comme un modèle, aujourd’hui, ils nous voient comme un problème à gérer », résume l’auteur. Cette phrase résume à elle seule l’évolution des relations entre les deux pays. L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2017 a marqué un tournant dans la perception américaine en Chine. Entre les tensions commerciales, les accusations de manipulation monétaire et les prises de position diplomatiques controversées, l’image des États-Unis s’est progressivement dégradée.
Les conséquences se mesurent dans les échanges culturels et éducatifs. Là où un passeport américain suffisait autrefois pour décrocher un poste, les entreprises et institutions chinoises se montrent désormais plus méfiantes. Les universités, autrefois avides de professeurs américains, privilégient des profils locaux ou européens. Le changement est d’autant plus notable qu’il s’accompagne d’une critique accrue de la société américaine, désormais perçue comme divisée, inégalitaire et en déclin.
Un sommet Trump-Xi sous haute tension
Cette perception négative prend une dimension supplémentaire alors que Donald Trump doit se rendre en Chine à la mi-mai 2026 pour rencontrer son homologue Xi Jinping. Ce déplacement, officiellement présenté comme une tentative de rétablir le dialogue, s’annonce particulièrement tendu. Les deux dirigeants aborderont des sujets sensibles : la guerre commerciale, les tensions technologiques (notamment autour de Huawei et des semi-conducteurs), ainsi que les questions géopolitiques en Asie-Pacifique.
Pour la Chine, ce sommet représente une occasion de réaffirmer sa puissance face à un partenaire devenu imprévisible. Pour les États-Unis, il s’agit de tenter de limiter les dégâts d’une image déjà fortement écornée. Autant dire que les attentes sont limitées. Comme le souligne l’auteur, « l’Amérique n’est plus ce phare que tout le monde voulait imiter. Aujourd’hui, elle est perçue comme un pays en proie à des divisions internes, dont le leadership mondial est de plus en plus contesté ».
Un quotidien de référence face à une crise de crédibilité
Le New York Times, dont l’article a été traduit et publié par Courrier International, incarne à lui seul cette perte d’influence. Fondé en 1851, le quotidien américain reste un pilier du journalisme mondial, avec 1 700 journalistes, 30 bureaux à l’étranger et plus de 12 millions d’abonnés en 2025. Pourtant, son lectorat en Chine a chuté, reflétant une défiance croissante envers la presse américaine.
Avec une édition dominicale incluant des suppléments comme The New York Times Book Review et le New York Times Magazine, le journal mise sur une ligne éditoriale de centre gauche. Son édition web, qui revendique plus de 10 millions d’abonnés en 2024, propose des archives consultables depuis 1981. Pourtant, malgré ces atouts, le New York Times peine à faire entendre sa voix dans un contexte où les médias occidentaux sont de plus en plus perçus comme partiaux ou hostiles.
Cette évolution interroge sur l’avenir des relations sino-américaines. Faut-il y voir le signe d’un rééquilibrage durable des pouvoirs, ou seulement une phase temporaire de tensions ? Une chose est sûre : l’Amérique n’est plus le modèle qu’elle incarnait il y a vingt ans, et la Chine ne cherche plus à l’imiter. Elle propose désormais son propre modèle, que le reste du monde observe avec un intérêt croissant.
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. D’abord, l’administration Trump a mis en place des politiques perçues comme protectionnistes et agressives, notamment en matière commerciale. Ensuite, les tensions géopolitiques, comme la guerre commerciale ou les accusations d’espionnage technologique, ont alimenté une défiance croissante. Enfin, la gestion interne des États-Unis, marquée par des divisions politiques et sociales, a érodé son image de modèle de stabilité.
Les principaux sujets à l’ordre du jour devraient inclure la guerre commerciale, les restrictions technologiques (notamment sur les semi-conducteurs) et les tensions en mer de Chine méridionale. Pour la Chine, il s’agira de montrer sa résilience face aux pressions américaines, tandis que les États-Unis tenteront de limiter les dégâts d’une image déjà fortement dégradée. Cependant, peu d’observateurs anticipent des avancées majeures lors de cette rencontre.