Une mission diplomatique américaine menée à Juba les 7 et 8 mai 2026 a servi de catalyseur pour un message sans ambiguïté à destination des autorités sud-soudanaises. Selon RFI, Nick Checker, haut fonctionnaire du Bureau des affaires africaines du département d’État américain, a rappelé avec fermeté les obligations de Juba en matière de stabilité et de gouvernance. Washington pointe notamment du doigt le non-respect des engagements pris dans le cadre de l’accord de paix signé en 2018, un texte désormais fragilisé par une mise en œuvre enrayée et une recrudescence des violences.
Ce qu'il faut retenir
- Une délégation américaine conduite par Nick Checker s’est rendue à Juba les 7 et 8 mai 2026 pour exiger le respect de l’accord de paix de 2018.
- Les États-Unis dénoncent le manque d’investissements dans les services publics, jugés indispensables à la stabilité du pays.
- La détention prolongée et le procès du vice-président Riek Machar sont pointés comme des entraves à la réconciliation nationale.
- L’accord de 2018, déjà érodé par des combats sporadiques, voit sa mise en œuvre stagner depuis plus d’un an.
Une visite diplomatique aux accents critiques
L’arrivée de Nick Checker à Juba s’inscrit dans un contexte où les tensions entre Washington et Juba s’exacerbent. Selon RFI, la délégation américaine n’a pas hésité à exprimer son mécontentement face aux retards accumulés dans la concrétisation des promesses faites par le gouvernement sud-soudanais. Les investissements dans les secteurs clés — santé, éducation et infrastructures — restent largement insuffisants, malgré les engagements pris dans l’accord de 2018, signé sous l’égide de plusieurs médiateurs internationaux.
Parmi les points de friction identifiés, la détention du vice-président Riek Machar occupe une place centrale. Arrêté en 2021, il est actuellement jugé pour des chefs d’accusation liés à sa participation présumée à un coup d’État. Pour les États-Unis, cette procédure judiciaire représente un obstacle majeur à la réconciliation nationale, un principe pourtant au cœur de l’accord de paix. « La stabilité du Soudan du Sud passe par le respect des institutions issues de l’accord de 2018 », a déclaré Nick Checker lors de sa rencontre avec les autorités locales.
L’accord de 2018, un texte en sursis
Signé à Khartoum le 12 septembre 2018 sous l’impulsion de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et avec le soutien de l’Union africaine, l’accord de paix prévoyait un partage du pouvoir entre le président Salva Kiir et son rival historique, Riek Machar. Pourtant, près de huit ans après sa signature, sa mise en œuvre patine. Les combats entre factions armées, bien que moins intenses qu’à l’époque de la guerre civile (2013-2020), continuent de faire des victimes et de déstabiliser les régions périphériques.
Les observateurs notent également un manque de volonté politique de la part des élites sud-soudanaises. « On assiste à une détricotation progressive des mécanismes prévus par l’accord », confie un diplomate sous couvert d’anonymat. Les retards dans la formation d’un gouvernement d’union nationale, l’absence de réformes constitutionnelles et la persistance de la corruption aggravent la crise. Les États-Unis, qui avaient joué un rôle clé dans les négociations, ne semblent plus prêts à fermer les yeux sur ces manquements.
Un enjeu régional aux répercussions multiples
La dégradation de la situation au Soudan du Sud ne concerne pas uniquement Juba. Les pays voisins, déjà fragilisés par des flux migratoires incontrôlés et des tensions intercommunautaires, craignent une propagation des violences. L’Ouganda et l’Éthiopie, en première ligne, multiplient les initiatives diplomatiques pour tenter de relancer le dialogue. « Si le Soudan du Sud sombre à nouveau dans le chaos, c’est toute la sous-région qui en paiera le prix », analyse un analyste de l’International Crisis Group.
Côté population, la lassitude grandit. Après des décennies de conflits et de pénuries, les Sud-Soudanais réclament des solutions durables. Les Nations unies estiment que près de 70 % de la population dépend encore de l’aide humanitaire pour survivre. Dans ce contexte, le message de Washington tombe à un moment où la patience des citoyens comme des partenaires internationaux est à bout. Reste à savoir si Juba saura entendre l’appel à l’action lancé par les États-Unis.
L’accord prévoyait un partage du pouvoir entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar, la formation d’un gouvernement d’union nationale, des réformes constitutionnelles, la création d’unités militaires mixtes et des élections générales sous deux ans. Il incluait également des mesures pour lutter contre la corruption et réformer le secteur de la sécurité.