Le réalisateur Martin Scorsese, figure emblématique du cinéma mondial, s'est prononcé en faveur de l'intelligence artificielle générative dans le cadre de la préproduction cinématographique. Selon Euronews FR, il soutient officiellement l'outil FLUX développé par la société allemande Black Forest Labs, qu'il qualifie de « libérateur créatif ». Cette déclaration, publiée sous forme de vidéo promotionnelle, intervient alors que le débat sur l'impact de l'IA dans l'industrie du film s'intensifie, notamment sur ses conséquences potentielles pour les métiers artistiques.
Ce qu'il faut retenir
- Martin Scorsese, 83 ans, s'est présenté comme conseiller de Black Forest Labs pour son outil FLUX, dédié à la génération d'images en préproduction.
- Il justifie son soutien par la possibilité de visualiser plus rapidement ses storyboards et d'améliorer la communication avec son équipe technique.
- L'annonce a suscité une vague de critiques, certains accusant le cinéaste de trahir la profession en favorisant des outils qui pourraient remplacer des artistes humains.
- Des personnalités comme Karla Ortiz, artiste ayant travaillé sur des films Marvel, ou le réalisateur Boots Riley, ont dénoncé cette collaboration.
- D'autres, au contraire, estiment que l'IA peut être un outil complémentaire sans menacer la création artistique traditionnelle.
- Scorsese n'est pas le seul réalisateur à explorer l'IA : James Cameron, Steven Spielberg ou encore Steven Soderbergh y ont également recours, sous différentes formes.
Un outil présenté comme un accélérateur créatif par Scorsese
Dans une vidéo diffusée par Black Forest Labs, Martin Scorsese explique avoir utilisé FLUX pour tester une scène de préproduction. Le cinéaste, connu pour des œuvres comme Taxi Driver, Raging Bull ou Goodfellas, y décrit l'outil comme une solution pour résoudre un problème récurrent : comment transmettre clairement sa vision à une équipe ? « Depuis 70 ans, je dessine moi-même mes storyboards, a-t-il déclaré. Je me heurte toujours au même problème : comment faire comprendre à mon équipe et à mes acteurs ce que je vois dans ma tête ? »
Pour Scorsese, l'IA générative représente une opportunité de « partager ce que je visualise de manière plus claire et plus efficace » avec ses collaborateurs, notamment le chef décorateur, le directeur artistique ou le directeur de la photographie. « En préproduction, le temps, c'est de l'argent, et cet outil nous a permis d'aller plus vite sans sacrifier ni la qualité ni le savoir-faire », précise-t-il. Selon lui, cette technologie ne remplace pas le travail humain, mais le potentialise, en permettant une itération plus rapide des idées.
Hollywood divisé : entre opportunité et menace existentielle
Si Scorsese défend l'IA comme un outil de « libération créative », sa prise de position a immédiatement provoqué une réaction enflammée parmi les professionnels du secteur. Hollywood, qui a déjà manifesté son rejet du « AI slop » – ces contenus générés par IA de mauvaise qualité –, voit d'un mauvais œil l'adoption de ces technologies par des figures respectées du cinéma. Certains internautes ont pointé l'hypocrisie du réalisateur, rappelant ses critiques passées envers les films Marvel, qu'il jugeait « non cinématographiques », alors qu'il embrasse aujourd'hui une technologie susceptible de marginaliser davantage les artistes traditionnels.
Karla Ortiz, qui a contribué aux départements artistiques de plusieurs blockbusters Marvel comme Avengers: Endgame ou Black Panther, a réagi avec virulence sur les réseaux sociaux : « Il trahit chaque artiste storyboard avec lequel il a travaillé, en détruisant leurs moyens de subsistance à l'aide de modèles probablement entraînés sur les œuvres de ces mêmes artistes. Qu'il utilise son héritage et son pouvoir pour ça est tout simplement écœurant », a-t-elle écrit. De son côté, le réalisateur Boots Riley a émis des doutes sur les motivations financières de Scorsese, suggérant que ce soutien pourrait cacher un intérêt pécuniaire lié à son âge avancé.
À l'inverse, d'autres voix défendent l'utilisation de l'IA, à condition qu'elle reste cantonnée à des usages spécifiques. « Si l'IA peut aider quelqu'un comme Scorsese à montrer plus rapidement à son directeur de la photographie ou à son équipe de production ce qu'il imagine, on ne voit pas bien où est le problème », estime un utilisateur sur les réseaux sociaux. Un autre abonde dans le même sens : « Il ne l'utilise pas pour remplacer le cinéma. Il s'en sert pour visualiser plus vite des idées en préproduction, ce qui est exactement le domaine où ce type d'outil a du sens. Ce n'est pas la mort de l'art. »
Scorsese n'est pas isolé : d'autres réalisateurs adoptent l'IA
Le soutien de Scorsese à l'IA générative s'inscrit dans une tendance plus large au sein de l'industrie cinématographique. Plusieurs figures majeures du cinéma ont récemment exploré ou adopté ces technologies, chacune avec des arguments distincts. James Cameron, réalisateur d'Avatar, a rejoint le conseil d'administration de Stability AI en 2024. Lors d'un entretien dans le podcast Boz to the Future, il a expliqué que l'IA pourrait permettre de « doubler la vitesse d'exécution sur un plan donné », sans licencier des artistes, mais en leur offrant la possibilité de se concentrer sur des tâches plus créatives. « Il s'agit de rendre le flux de travail plus rapide, afin que les artistes puissent passer à d'autres choses cool », a-t-il déclaré.
Darren Aronofsky, quant à lui, a utilisé l'IA pour recréer la Révolution américaine dans une série de courts métrages, tandis que Steven Soderbergh s'en est servi pour produire des scènes visuelles dans son documentaire John Lennon: The Last Interview. Même Steven Spielberg a évoqué le potentiel de l'IA pour accomplir des tâches préparatoires, comme le repérage des lieux, tout en insistant sur le fait qu'elle doit rester un outil parmi d'autres : « L'IA doit être un outil dans une vaste boîte à outils et ne pas avoir le dernier mot sur quoi que ce soit de créatif », a-t-il souligné.
Les festivals de cinéma commencent également à intégrer ces outils. Lors du dernier Festival de Cannes, le marché du festival a présenté Hell Grind, un film d'action de 95 minutes généré par IA. Le Tribeca Film Festival, qui se tiendra du 10 juin 2026, proposera quant à lui en avant-première Dreams Of Violets, un docudrame de 75 minutes également créé avec l'IA. Ce projet, centré sur la résistance civile iranienne, a été défendu par Jane Rosenthal, cofondatrice du festival : « Le réalisateur est iranien – sa famille, ses proches et ses amis sont là-bas, et c'est la seule manière, en deux mois, dont il pouvait raconter son histoire, à sa façon », a-t-elle expliqué à Variety. Face aux critiques, elle a ajouté : « Si quelqu'un écrivait une chanson à ce sujet, personne ne dirait rien ; si quelqu'un écrivait un poème, personne ne dirait rien. Donc [le réalisateur Ash Koosha] l'a fait à sa manière, et je pense qu'il faut regarder le film dans ce contexte. »
Une nouvelle génération de cinéastes sceptique face à l'IA
Si les vétérans du cinéma explorent l'IA, une partie de la jeune génération de réalisateurs, comme Kane Parsons, 20 ans, YouTubeur devenu réalisateur à succès avec Backrooms – l'un des films les plus rentables de 2026 –, se montre beaucoup plus critique. Dans un entretien accordé au média The Australian, Parsons a qualifié l'IA générative de « pourriture culturelle et économique ». « Si je pouvais claquer des doigts et faire disparaître à jamais l'IA générative, je le ferais probablement, a-t-il déclaré. Sur le plan créatif, je ne retire aucun plaisir de l'utilisation de ces outils. Pour moi, ça va à l'encontre même du but. »
Pour Parsons, l'IA générative n'est pas une innovation, mais un symptôme d'une dégradation plus large de la culture visuelle. « Ce qui m'intéresse, c'est d'utiliser cette iconographie dans l'art – non pas pour produire l'œuvre elle-même, mais pour examiner ce qu'elle représente. Je veux clairement explorer cela davantage dans de futurs projets », explique-t-il. Son approche illustre une tendance parmi les jeunes créateurs, qui voient dans l'IA davantage un sujet d'étude qu'un outil à adopter sans réserve.
Quel avenir pour les prochains projets de Scorsese ?
À ce stade, aucune information ne laisse présager que Martin Scorsese utilisera l'IA générative pour ses images finales ou ses personnages dans son prochain film, What Happens At Night – une adaptation du roman de Patrick Marber avec Leonardo DiCaprio, Jennifer Lawrence et Mads Mikkelsen, prévue pour une sortie ultérieure. Les détails de son partenariat avec Black Forest Labs restent également flous, ce qui alimente les spéculations sur l'ampleur réelle de cette collaboration. Pour l'instant, Scorsese semble cantonner l'outil à un rôle d'assistance en préproduction, une utilisation qui, selon ses détracteurs, pourrait néanmoins menacer des métiers entiers.
Quoi qu'il en soit, cette prise de position de Scorsese – qu'elle relève d'une conviction artistique, d'une stratégie financière ou d'une volonté de rester dans l'air du temps – s'inscrit dans un paysage cinématographique en pleine mutation. L'industrie, déjà ébranlée par les grèves de 2023 et les tensions autour des rémunérations, devra bientôt trancher : l'IA sera-t-elle un partenaire, un concurrent, ou les deux ?
Les critiques les plus vives concernent la possible substitution de postes artistiques, notamment ceux des storyboarders ou des concept artists. Des modèles d'IA entraînés sur des œuvres existantes pourraient reproduire des styles visuels sans rémunérer leurs créateurs originaux, ce qui pose des questions éthiques et économiques majeures. Selon Karla Ortiz, artiste ayant travaillé sur des films Marvel, ces outils menacent directement les moyens de subsistance des professionnels de la préproduction.
Outre Martin Scorsese, plusieurs figures majeures du cinéma ont adopté l'IA à différents niveaux. James Cameron est membre du conseil d'administration de Stability AI, Darren Aronofsky a utilisé ces outils pour des courts métrages historiques, et Steven Soderbergh s'en est servi pour des scènes visuelles dans son documentaire John Lennon: The Last Interview. Même Steven Spielberg a évoqué son potentiel pour des tâches préparatoires comme le repérage des lieux.