Au Québec, les forces de l’ordre tirent la sonnette d’alarme face à la prolifération de vidéos de crimes entièrement fabriquées par intelligence artificielle et diffusées massivement sur les réseaux sociaux. Selon BMF - International, ces contenus, qui mêlent scènes de violence et fausses informations, enregistrent des milliers de vues sur Facebook, suscitant des craintes quant à leur impact sur l’opinion publique et la crédibilité des institutions.

Ce qu'il faut retenir

  • Des vidéos de crimes générées par IA circulent massivement sur Facebook au Québec, avec des milliers de vues.
  • La police québécoise s’inquiète de leur viralité et de leur potentiel à semer la confusion ou la panique.
  • Ces contenus, souvent réalistes, reproduisent des scènes de violence ou des délits sans fondement réel.
  • Les autorités appellent à la vigilance face à la désinformation et aux risques de manipulation.

Des vidéos ultra-réalistes, mais totalement fictives

Les vidéos en question, produites à l’aide de logiciels d’IA avancés, donnent l’impression de montrer des scènes de crimes ou d’agressions filmées en direct. Pourtant, aucun fait réel ne les sous-tend. D’après BMF - International, ces contenus sont conçus pour tromper les utilisateurs, certains étant partagés comme s’ils provenaient de sources journalistiques ou policières légitimes. Leur réalisation repose sur des algorithmes capables de générer des images et des voix synthétiques d’une qualité troublante, rendant la supercherie difficile à déceler pour le grand public.

Facebook, plateforme privilégiée de la désinformation

Les réseaux sociaux, et notamment Facebook, jouent un rôle central dans la diffusion de ces vidéos. Leur algorithme de recommandation favorise les contenus engageants, qu’ils soient véridiques ou non. Résultat : des milliers de Québécois sont exposés chaque jour à ces fausses scènes, souvent accompagnées de commentaires alarmistes ou de théories conspirationnistes. « Ces vidéos circulent à une vitesse inquiétante, a déclaré un porte-parole de la Sûreté du Québec. Certaines accumulent des centaines de milliers de vues en quelques heures, ce qui rend leur retrait difficile une fois qu’elles sont devenues virales. »

Un défi pour les autorités et les plateformes

Face à ce phénomène, les forces de l’ordre québécoises multiplient les mises en garde. Les services de police locaux ont déjà enregistré plusieurs signalements de citoyens pris de panique après avoir visionné ces contenus, certains croyant à tort à des attaques ou des enlèvements en cours dans leur quartier. « On ne parle pas de simples canulars, souligne un enquêteur. Ces vidéos peuvent avoir des conséquences réelles : saturation des lignes d’urgence, mobilisation inutile de ressources policières, ou même incitation à des actes de vengeance. »

De leur côté, les géants du numérique, dont Meta (propriétaire de Facebook), peinent à endiguer la propagation. Malgré les outils de modération automatisée, l’identification et le retrait de ces contenus restent complexes, notamment en raison de leur réalisme et de leur rapidité de diffusion.

« Ces vidéos ne sont pas de simples hoax. Elles exploitent la crédulité des gens et risquent de saper la confiance dans nos institutions. »
Serge Tremblay, analyste en cybersécurité à l’Université Laval

Un phénomène en croissance au Canada

Le Québec n’est pas le seul territoire canadien touché par cette tendance. D’autres provinces, comme l’Ontario et la Colombie-Britannique, rapportent des cas similaires, avec des vidéos générées par IA imitant des accidents, des agressions ou des événements politiques. En 2025, une étude de l’Université de Toronto avait révélé que près de 30 % des Québécois avaient déjà été exposés à au moins une vidéo de ce type sur les réseaux sociaux. « Le public doit comprendre que ces images sont fabriquées de toutes pièces, a rappelé un expert en désinformation. Les partager sans vérification, c’est participer à leur propagation. »

Et maintenant ?

À court terme, les autorités québécoises et les plateformes devraient renforcer leur collaboration pour identifier et supprimer ces contenus plus rapidement. Une réunion est prévue le 20 juin 2026 entre le Centre canadien pour la cybersécurité et Meta afin d’évaluer les moyens techniques à mettre en œuvre. Par ailleurs, des campagnes de sensibilisation à l’échelle provinciale pourraient être lancées dès l’automne 2026 pour éduquer le public aux risques liés à la désinformation générée par IA. Reste à voir si ces mesures suffiront à endiguer un phénomène qui, d’après les observateurs, ne fera que s’amplifier avec l’amélioration des technologies.

Ce phénomène soulève une question essentielle : comment concilier liberté d’expression et lutte contre la désinformation à l’ère de l’IA générative ? Alors que les outils pour créer de fausses vidéos deviennent accessibles au grand public, les autorités devront innover pour protéger l’information sans censurer abusivement. D’ici là, la prudence reste de mise pour les internautes.

Les indices incluent des détails incohérents (visages flous, ombres mal alignées, voix synthétiques), une absence de logos médiatiques ou policiers, et une diffusion exclusive sur les réseaux sociaux. Les plateformes comme Facebook proposent des outils de vérification, mais leur efficacité varie.