Le cinéaste centrafricain Rafiki Fariala signe Congo Boy, un long-métrage de fiction dont le scénario puise largement dans son propre parcours de réfugié congolais arrivé en Centrafrique en 1997. Selon Courrier International, ce film, dont la sortie en France est prévue à une date encore non communiquée, marque une étape importante pour le cinéma centrafricain, un secteur en pleine émergence malgré des conditions de production difficiles.
Ce qu'il faut retenir
- Congo Boy, réalisé par Rafiki Fariala, est un film de fiction inspiré de sa propre histoire en tant que réfugié congolais en Centrafrique.
- Le tournage s’est entièrement déroulé à Bangui, ville où le réalisateur a grandi, malgré l’absence d’infrastructures cinématographiques traditionnelles.
- Le film raconte l’histoire de Robert, un jeune réfugié qui, comme Rafiki Fariala, doit subvenir aux besoins de sa famille après l’arrestation de ses parents.
- Bradley Fiomona, premier rôle du film, incarne ce personnage à travers une histoire partiellement inspirée de sa propre vie.
- Le tournage a été marqué par des défis logistiques et culturels, mais aussi par une forte implication des habitants de Bangui.
Un parcours cinématographique né dans les salles de quartier de Bangui
Rafiki Fariala a découvert le cinéma dans des salles improvisées de Bangui, où des DVD de films nigérians, chinois ou indiens étaient projetés sur de grands écrans de télévision. « Il n’y a pas de vrais cinémas à Bangui, mais ces projections privées sont très accessibles financièrement », explique-t-il selon Courrier International. Les spectateurs, souvent sans comprendre les dialogues, se faisaient raconter l’intrigue par d’autres, créant une expérience collective unique. Aujourd’hui, des initiatives comme l’Alliance française ou le Cinéma numérique ambulant tentent de structurer l’offre culturelle, avec des projections en plein air attirant parfois jusqu’à 2 000 personnes.
De la musique au cinéma : un virage professionnel né d’une formation décisive
Avant de réaliser des films, Rafiki Fariala était slameur sous le nom de Rafiki RH2O. En 2017, à seulement 19 ans, il intègre une formation aux Ateliers Varan, une école de cinéma parisienne venue en Centrafrique à l’invitation du réalisateur français Boris Lojkine. Sélectionné parmi 172 candidats pour dix places, il découvre les bases du tournage avec une caméra entre les mains. « Le premier jour, on m’a donné une caméra et on m’a dit d’aller filmer », raconte-t-il. Les rushes de sa première journée, jugés désastreux par Boris Lojkine (« Tu filmes comme un cochon »), lui ont appris l’importance des plans fixes et de la mise au point. Il réalise ensuite deux courts-métrages, Toi et Moi – Mbi na Mo et Nous, étudiants !, ce dernier sélectionné à la Berlinale 2022 avant d’être censuré en Centrafrique.
Congo Boy : une fiction inspirée d’un destin de réfugié
Le scénario de Congo Boy s’appuie sur l’histoire personnelle de Rafiki Fariala. Arrivé en Centrafrique à trois mois, ses parents fuyaient la guerre dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Lorsque la crise éclate en Centrafrique en 2013-2014, ses parents tentent de fuir à nouveau, mais sans papiers ni laisser-passer du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR). Ils se font alors établir de faux passeports centrafricains, se font arrêter à la frontière et sont incarcérés pour faux et usage de faux. « Comme Robert dans le film, je me suis retrouvé seul avec mes quatre frères et sœurs », confie le réalisateur. C’est en remportant un concours de musique organisé par le Conseil national de la jeunesse centrafricaine et l’Unicef qu’il parvient à payer la caution de ses parents. Ce récit, d’abord écrit à la première personne, a été adapté en fiction pour incarner une histoire plus universelle, celle de Robert, un réfugié qui garde l’espoir malgré l’adversité.
Bradley Fiomona, premier rôle et miroir de la vie du réalisateur
Bradley Fiomona, lycéen de Bangui sélectionné lors d’un casting dans son établissement, incarne Robert dans le film. Bien que né de parents centrafricains, il partage avec le personnage un attrait pour la musique, un domaine que son père désapprouvait, comme celui de Robert. « Quand Rafiki m’a parlé de son histoire, j’ai retrouvé des échos avec la mienne », explique-t-il. Le réalisateur l’a accompagné tout au long du tournage, lui prodiguant des conseils pour jouer avec authenticité. Certaines scènes ont cependant posé des défis, comme celle où Robert achète des serviettes hygiéniques pour sa sœur aînée, Espérance. « C’était gênant, mais ça a donné un moment très naturel à l’écran », souligne Rafiki Fariala, pour qui ce passage reflète une réalité souvent taboue en Afrique : la méconnaissance autour des règles et de la santé menstruelle.
Un tournage à Bangui, entre défis logistiques et chaleur humaine
Tourner Congo Boy à Bangui représentait un choix artistique et personnel pour Rafiki Fariala. « C’est ma ville, ma maison. Mon prochain film, je le tournerai aussi ici », affirme-t-il. Pourtant, les conditions n’étaient pas idéales : pas de studios, une équipe réduite et une forte curiosité des passants. « Les gens n’ont pas l’habitude de voir des équipes de tournage », explique-t-il. Lors d’une scène de marché, où 40 figurants étaient prévus, ce sont finalement 100 personnes qui se sont présentées, avides de figurer à l’écran. « On a dû crier pour leur demander de ne pas regarder la caméra », raconte-t-il. Malgré ces obstacles, ces imprévus ont enrichi le film de moments spontanés et authentiques.
Un film qui s’inscrit dans l’évolution du cinéma centrafricain
Malgré l’absence de salles de cinéma traditionnelles, la Centrafrique voit émerger des initiatives pour développer son secteur audiovisuel. Des associations comme Cinéma numérique ambulant organisent des projections en plein air, tandis que des écoles comme CinéBangui (active de 2020 à 2022) forment de jeunes talents locaux. « Des choses se font, même si c’est encore limité », souligne Rafiki Fariala. Avec Congo Boy, il souhaite contribuer à cette dynamique, tout en espérant que son film puisse être projeté dans les conditions qu’il a lui-même connues : « On aimerait présenter Congo Boy dans ces projections populaires ».
En Centrafrique, où les salles de cinéma restent rares, des initiatives comme celles de l’Alliance française ou du Cinéma numérique ambulant pourraient gagner en importance avec la sortie de films locaux comme Congo Boy.
Le réalisateur a souhaité tourner son film dans sa ville natale pour des raisons à la fois artistiques et personnelles. « C’est ma ville, ma maison », a-t-il expliqué, soulignant l’importance de représenter la réalité centrafricaine et de contribuer au développement du cinéma local. Selon Courrier International, ce choix reflète aussi une volonté de montrer que la Centrafrique, malgré ses défis, regorge d’histoires à raconter.