Les utilisateurs britanniques pourraient bientôt payer moins cher leurs abonnements ou achats dans les applications mobiles. Selon Euronews FR, le régulateur britannique de la concurrence, la CMA, a lancé une consultation publique visant à contraindre Apple et Google à assouplir les règles encadrant les paiements sur leurs plateformes respectives, l’App Store et le Play Store. L’objectif affiché : réduire les coûts pour les consommateurs et favoriser l’innovation dans un secteur dominé par ces deux géants technologiques.
Ce qu'il faut retenir
- Une consultation publique lancée par la CMA pour imposer de nouvelles obligations aux deux entreprises d’ici à la fin de l’été 2026.
- Le « steering » au cœur du débat : permettre aux développeurs d’orienter les utilisateurs vers des solutions de paiement externes, moins coûteuses.
- Apple interdit actuellement cette pratique au Royaume-Uni, tandis que Google l’autorise de manière limitée.
- La CMA exige que les frais associés à cette nouvelle liberté de choix restent inférieurs aux commissions actuelles des boutiques d’applications.
- Google a déjà modifié ses conditions mondiales pour son Play Store, quelques jours avant l’annonce de la CMA.
Un duopole jugé « effectif » par la CMA
Le marché britannique des applications mobiles est aujourd’hui sous la coupe quasi exclusive d’Apple et Google. Selon les chiffres communiqués par Euronews FR, ces deux acteurs contrôlent entre 90 % et 100 % des appareils mobiles fonctionnant au Royaume-Uni. Une domination qui a poussé la CMA, dans un rapport publié en octobre 2025, à qualifier leur position de « duopole effectif ». Une telle concentration de pouvoir limite la concurrence et, selon le régulateur, maintient artificiellement les prix à un niveau élevé pour les consommateurs.
La consultation lancée mardi par la CMA s’inscrit dans le cadre du Digital Markets, Competition and Consumers Act, une loi britannique entrée en vigueur en 2024 pour encadrer les pratiques des géants du numérique. Cette législation impose aux autorités de régulation, comme la CMA, de mener des consultations publiques avant d’imposer de nouvelles obligations aux entreprises ciblées. Les plateformes d’Apple et Google figurent parmi les premières concernées par ces nouvelles règles.
Le « steering », une pratique interdite… ou presque
Le cœur du problème porte sur le « steering », une pratique qui permettrait aux développeurs d’applications d’informer leurs utilisateurs sur l’existence de solutions de paiement externes, moins onéreuses que celles imposées par défaut dans l’App Store ou le Play Store. Pour l’heure, Apple interdit purement et simplement cette option au Royaume-Uni, tandis que Google l’autorise, mais sous des conditions si strictes qu’elle reste peu utilisée.
Si ces restrictions étaient levées, les développeurs pourraient, par exemple, renvoyer leurs clients vers un site web où le coût de l’abonnement serait inférieur, sans passer par les systèmes de paiement des deux géants technologiques.
« Ces restrictions empêchent les développeurs d’offrir des options plus avantageuses à leurs utilisateurs, ce qui se répercute sur les prix finaux », a déclaré un porte-parole de la CMA à Euronews FR.
Des frais à encadrer pour éviter les abus
La CMA ne se contente pas de vouloir supprimer les restrictions au steering. Le régulateur souhaite aussi encadrer les frais que pourraient imposer Apple et Google pour l’utilisation de cette nouvelle liberté. Les commissions facturées pour le steering devraient être inférieures aux tarifs actuels des boutiques d’applications, soit généralement 15 % à 30 % du montant des transactions. L’objectif est double : permettre aux clients de réaliser des économies directes, ou, à défaut, que ces dernières soient réinvesties dans l’innovation par les développeurs.
Cette approche vise à éviter que les deux entreprises ne compensent la perte de revenus sur les paiements par d’autres moyens, comme une augmentation des frais de développement ou des restrictions supplémentaires. La CMA a précisé qu’elle publierait des principes directeurs d’ici à la fin de l’année 2026 pour garantir la transparence et l’équité de ces nouveaux modèles.
Google devance la CMA, mais des zones d’ombre persistent
La consultation de la CMA intervient quelques jours après l’annonce par Google de modifications mondiales de ses conditions générales pour le Play Store. Désormais, les développeurs peuvent orienter les utilisateurs vers des transactions externes, à condition de respecter certaines règles, comme l’obligation d’informer Google des revenus générés. Le géant américain a également revu à la baisse ses frais pour les développeurs utilisant le steering, une évolution saluée par certains acteurs du secteur, mais jugée insuffisante par d’autres.
La CMA a indiqué qu’elle évaluerait l’impact de ces changements lors de la prochaine phase de ses travaux, prévue pour 2026. « Nous surveillerons de près l’évolution des pratiques de Google et leur conformité avec nos attentes », a souligné un responsable de l’autorité, sans pour autant se prononcer sur la suffisance des modifications apportées. Apple, de son côté, n’a pas encore réagi publiquement à l’annonce de la CMA.
En attendant, les développeurs et les consommateurs britanniques restent dans l’expectative. Certains y voient une opportunité de réduire leurs dépenses, tandis que d’autres craignent une complexification des processus de paiement ou une dégradation de la sécurité des transactions. Une chose est sûre : la question du contrôle des paiements dans les applications mobiles n’a pas fini de faire débat, autant côté régulateurs que chez les géants du numérique.
Les deux entreprises justifient ces commissions par la maintenance de leurs plateformes, la sécurité des transactions et la mise à disposition d’outils de développement pour les créateurs d’applications. Apple et Google estiment que ces services justifient une part de 15 % à 30 % du montant des transactions. Cependant, la CMA et certains développeurs contestent cette répartition, arguant que ces frais sont disproportionnés au regard des coûts réels supportés par les géants technologiques.