Dans une interview publiée le 10 juin 2026 par EFTM, Greg Joswiak, vice-président d’Apple chargé du marketing, a vivement critiqué le Digital Markets Act (DMA), le règlement européen encadrant les grandes plateformes numériques. Selon lui, cette réglementation représente une « expérience ratée » pour les utilisateurs, et l’entreprise appelle désormais à s’inspirer du modèle japonais, jugé plus équilibré et protecteur.

Ce qu'il faut retenir

  • Apple accuse le DMA européen d’être une réglementation « ratée » qui ne bénéficie pas aux utilisateurs, selon les déclarations de Greg Joswiak le 10 juin 2026.
  • Le lancement de Siri AI, présenté lors de la WWDC 2026, est bloqué en Europe en raison des contraintes imposées par le DMA, alors qu’il sera disponible sur Mac et Vision Pro.
  • L’UE exige que Siri AI offre le même niveau d’accès aux données que les assistants tiers, ce qu’Apple considère comme une menace pour la vie privée et la sécurité de ses utilisateurs.
  • Apple affirme avoir proposé des solutions alternatives à la Commission européenne, mais celles-ci ont été refusées, sans justification technique claire.
  • Le Japon est présenté comme un contre-modèle : sa régulation permettrait une ouverture contrôlée, sans sacrifier la protection des données, selon Apple.

Le DMA européen pointé du doigt par Apple

Depuis l’annonce de Siri AI lors de la WWDC 2026, son absence en Europe soulève des interrogations. Comme l’explique Numerama, Apple a justifié ce blocage par les contraintes imposées par le Digital Markets Act, entré en vigueur fin 2025. Le DMA oblige les grandes plateformes à ouvrir leurs systèmes aux concurrents, mais Apple estime que cette ouverture menace la sécurité de ses utilisateurs.

Dans son communiqué post-WWDC, l’entreprise avait déjà évoqué les risques liés à une interopérabilité forcée. Selon elle, donner le même niveau d’accès à Siri AI et aux assistants tiers reviendrait à exposer des données sensibles, voire à compromettre l’intégrité du système iOS. Une position réaffirmée par Greg Joswiak lors de son intervention.

« C’est déchirant pour nous » : la frustration d’Apple face aux contraintes européennes

Greg Joswiak a exprimé son mécontentement avec une franchise rare dans ses déclarations publiques. « C’est déchirant pour nous. Nous sommes en Europe depuis 40 ans. Nos clients européens sont tellement importants pour nous, nous les adorons », a-t-il déclaré. Cette émotion reflète la tension entre la volonté d’Apple de respecter ses engagements envers ses utilisateurs et les obligations réglementaires imposées par Bruxelles.

Pour l’entreprise, le DMA va plus loin qu’une simple régulation de la concurrence. « Ils veulent que nous communiquions ces informations et ce contexte personnel à tout développeur », a-t-il ajouté. Selon Apple, la Commission européenne exige une ouverture technique si large qu’elle mettrait en péril la confidentialité des données, celles-ci étant « stockées uniquement sur l’appareil » et donc inaccessibles à l’entreprise elle-même.

« Ils veulent que cet acte donne un large accès à ces informations sans aucune barrière de sécurité, sans aucune protection. »
— Greg Joswiak, vice-président marketing d’Apple

Le Japon, un modèle alternatif selon Apple

Face aux difficultés rencontrées en Europe, Apple se tourne vers le Japon et son approche réglementaire. Selon Greg Joswiak, Tokyo a su imposer un cadre exigeant aux grandes plateformes tout en préservant la liberté d’innovation. « Le Japon a obtenu les garanties qu’il souhaitait, sans le faire au détriment de ses citoyens », a-t-il souligné. Cette comparaison n’est pas nouvelle : dès l’entrée en vigueur, fin 2025, de la Mobile Software Competition Act japonaise, Apple avait déjà salué cette régulation comme un exemple à suivre.

Contrairement au DMA, qui impose des contraintes techniques précises, la loi japonaise privilégierait une approche collaborative entre les acteurs publics et privés. L’AI Promotion Act, également cité, repose sur une logique de soft law : l’État fixe des attentes claires en matière de sécurité et de conformité, mais laisse aux entreprises une marge de manœuvre pour atteindre ces objectifs.

Un dialogue rompu ? Les solutions proposées par Apple rejetées par Bruxelles

Apple affirme avoir tenté de négocier avec la Commission européenne pour trouver un terrain d’entente. « Nous avons essayé d’apporter des solutions qui préservent la confidentialité et la sécurité de nos clients », a expliqué Greg Joswiak. Pourtant, ces propositions n’ont pas été retenues, selon l’entreprise, qui déplore un manque de flexibilité de la part des autorités européennes.

L’UE, de son côté, maintient sa position : Siri AI pourrait être lancé en Europe, mais à condition que son accès aux données ne soit pas privilégié par rapport à celui des assistants tiers. Bruxelles estime qu’Apple peut concilier innovation et ouverture à la concurrence, sans menacer la vie privée. Une analyse que l’entreprise conteste fermement, arguant que les données sensibles des utilisateurs ne peuvent être partagées sans risque.

Et maintenant ?

Apple a d’ores et déjà indiqué qu’elle ne ferait « aucun compromis sur la vie privée et la sécurité des utilisateurs ». Pour l’instant, Siri AI restera inaccessible en Europe, mais l’entreprise assure poursuivre le dialogue avec la Commission. Si aucun accord n’est trouvé d’ici la fin de l’année, l’accès à cette fonctionnalité pourrait être définitivement exclu du marché européen. Une situation qui, selon Numerama, pourrait inciter d’autres régulateurs à revoir leur copie pour éviter un conflit similaire.

Les réactions attendues dans les prochains mois

La Commission européenne n’a pas réagi officiellement aux déclarations de Greg Joswiak. Cependant, ses services ont déjà indiqué qu’Apple pouvait théoriquement déployer Siri AI en Europe, à condition de respecter les règles de neutralité concurrentielle. Une position qui laisse peu de marge de manœuvre à l’entreprise, selon les observateurs.

De son côté, Apple mise sur la pression politique pour faire évoluer le cadre réglementaire. En mettant en avant le modèle japonais, l’entreprise cherche à démontrer qu’une régulation moins intrusive est possible. Reste à savoir si Bruxelles acceptera de revoir ses exigences techniques, ou si elle maintiendra sa ligne dure pour forcer l’ouverture du marché.

Dans l’attente, les utilisateurs européens devront se contenter des versions actuelles de Siri, tandis que leurs homologues américains et asiatiques pourront profiter de la nouvelle fonctionnalité. Une situation qui illustre les tensions croissantes entre innovation technologique et régulation étatique.

Selon Apple, le Digital Markets Act (DMA) impose une ouverture technique qui exposerait les données sensibles des utilisateurs. L’entreprise estime que cette obligation menace la sécurité et la vie privée, et refuse de s’y conformer sans garanties supplémentaires.

Le Japon privilégie une régulation basée sur la coopération public-privé et des objectifs clairs en matière de sécurité, sans imposer de contraintes techniques précises. Le DMA européen, en revanche, exige une interopérabilité immédiate entre les assistants, ce qu’Apple considère comme une menace pour l’intégrité de son écosystème.