Les centres de données de Microsoft, Meta ou Apple ne sont plus de simples points invisibles sur un réseau mondial. Leur localisation, leur consommation énergétique ou encore leur empreinte carbone dessinent aujourd’hui une géographie concrète, souvent méconnue. C’est cette réalité que révèle l’atlas numérique publié par le média Next, selon Franceinfo - Sciences. Accessible en libre accès, cette cartographie superpose des données ouvertes pour offrir une vision inédite des infrastructures qui sous-tendent notre monde connecté.

Cet atlas, élaboré à partir de sources dites « open source », permet de visualiser non seulement la répartition des data centers des géants du numérique, mais aussi leur consommation électrique, leur intensité carbone ou encore les zones de stress hydrique liées à leur refroidissement. Une approche qui met en lumière les dépendances physiques de l’économie numérique, bien souvent occultées par l’image immatérielle du cloud.

Ce qu'il faut retenir

  • Un atlas en accès libre recense les centres de données des principaux acteurs du numérique (Microsoft, Meta, Apple) avec leur consommation électrique et leur intensité carbone.
  • La carte intègre également le tracé des câbles sous-marins et les régions en stress hydrique, où la demande en eau dépasse les ressources disponibles.
  • L’outil s’appuie sur des données « open source » combinées à des bases de données non commerciales comme Open Street Map, OpenData Réseaux - Energie (Odré) en France, ou les travaux du World Resources Institute.
  • Les données historiques, remontant jusqu’aux années 1950 en France, illustrent l’évolution de la révolution numérique sur les territoires.
  • L’atlas est appelé à devenir collaboratif, avec des mises à jour prévues sur la plateforme GitHub pour enrichir progressivement son contenu.

Une cartographie des infrastructures numériques, entre données ouvertes et géographie physique

Derrière chaque requête Google, chaque vidéo visionnée sur Netflix ou chaque message envoyé via WhatsApp se cache un réseau d’infrastructures bien tangibles. Serveurs de stockage, sites de production électrique, réseaux de câbles sous-marins ou encore systèmes de refroidissement exploitant des ressources hydriques : ces éléments, essentiels au fonctionnement d’Internet, redessinent les paysages et les équilibres territoriaux. Pourtant, leur localisation et leur impact restent souvent ignorés du grand public. L’atlas conçu par le média Next, selon Franceinfo - Sciences, vient combler ce manque en proposant une représentation visuelle et accessible de ces enjeux.

L’originalité de l’outil réside dans son approche méthodologique. Plutôt que de se limiter à une seule source de données, l’atlas s’appuie sur une combinaison d’informations en accès ouvert. Les cartes de la communauté Open Street Map, équivalent libre de Google Maps, y sont enrichies par des bases de données spécialisées. Parmi elles, celles du World Resources Institute, basé aux États-Unis, qui documente les tensions hydriques à l’échelle mondiale, ou encore OpenData Réseaux - Energie (Odré) en France, qui agrège les données des transporteurs d’énergie. Cette superposition de couches d’information permet d’offrir une lecture multidimensionnelle des infrastructures numériques et de leurs impacts.

Des données historiques pour mesurer l’évolution de l’empreinte numérique

L’atlas ne se contente pas de dresser un état des lieux contemporain. Grâce à l’intégration de données historiques, il permet de remonter le temps et d’observer comment la révolution numérique a transformé les territoires. En France, les archives de l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) offrent un recul de près de soixante-dix ans, jusqu’aux années 1950-1960. Pour le reste du monde, l’historique couvre jusqu’à une dizaine d’années. Cette perspective temporelle souligne l’ampleur des changements induits par l’essor du numérique, depuis l’apparition des premiers centres de données jusqu’à l’explosion des besoins en énergie et en eau.

Les cartes ainsi générées révèlent des dynamiques parfois surprenantes. Par exemple, certaines régions, autrefois discrètes, sont devenues des hubs majeurs du numérique en raison de leur proximité avec des sources d’énergie renouvelable ou de leur climat propice au refroidissement naturel des serveurs. À l’inverse, d’autres zones, confrontées à des tensions hydriques croissantes, voient leur attractivité diminuer pour les acteurs du secteur. Ces tendances illustrent comment l’économie numérique interagit avec les ressources locales, façonnant à la fois les paysages et les politiques territoriales.

Vers une collaboration ouverte pour un outil en constante évolution

L’atlas développé par Next n’est pas figé. Conçu initialement comme une ressource statique, il est appelé à évoluer vers un projet collaboratif hébergé sur GitHub, une plateforme largement utilisée par les développeurs pour partager et améliorer des projets en open source. Cette transition, prévue à court terme, permettra d’enrichir l’outil avec de nouvelles données, d’affiner les analyses existantes et d’intégrer les contributions d’experts ou de citoyens intéressés par la question.

Cette approche collaborative répond à un double enjeu. D’une part, elle garantit la transparence et la fiabilité des informations en les soumettant à la relecture de la communauté. D’autre part, elle favorise une appropriation collective des enjeux liés aux infrastructures numériques, souvent perçus comme abstraits ou réservés aux spécialistes. En rendant ces données accessibles et compréhensibles, l’outil s’inscrit dans une démarche de sensibilisation aux conséquences environnementales et sociales de notre dépendance croissante au numérique.

Des outils pour limiter les effets néfastes de la révolution numérique

L’information, en elle-même, constitue déjà un premier pas vers la réduction des impacts négatifs de l’économie numérique. En rendant visibles les infrastructures et leurs externalités, l’atlas de Next permet d’identifier les zones de tension et d’orienter les politiques publiques ou les stratégies industrielles. Par exemple, la localisation des data centers dans des régions souffrant de stress hydrique pourrait inciter les entreprises à privilégier des technologies de refroidissement moins gourmandes en eau, ou à investir dans des sources d’énergie décarbonée.

Certains acteurs du secteur ont d’ailleurs déjà pris conscience de ces enjeux. Des initiatives comme le Climate Neutral Data Centre Pact, signé par plusieurs grands groupes européens, visent à réduire l’empreinte carbone des centres de données de 50 % d’ici 2030. De même, des projets de « data centers verts » émergent, exploitant l’énergie solaire, éolienne ou la géothermie pour alimenter leurs infrastructures. Ces avancées, bien que significatives, restent insuffisantes face à l’explosion des besoins liés à l’intelligence artificielle et aux nouvelles technologies.

« L’information de tous fait partie des outils de sa protection. » — Franceinfo - Sciences

Et maintenant ?

L’atlas de Next devrait prochainement s’enrichir de nouvelles fonctionnalités, notamment grâce à sa migration vers GitHub. Les prochaines mises à jour pourraient inclure des indicateurs plus précis sur la consommation d’eau des data centers, ou encore des projections sur l’évolution des tensions hydriques d’ici 2030. Par ailleurs, des discussions sont en cours pour étendre la couverture géographique de l’outil, notamment en Afrique et en Amérique latine, où les données sur les infrastructures numériques restent parcellaires. Enfin, des partenariats avec des ONG ou des institutions publiques pourraient permettre d’intégrer des analyses sur les impacts sociaux, comme l’emploi ou les inégalités d’accès aux ressources.

En révélant les rouages invisibles de l’économie numérique, cet atlas rappelle que le monde virtuel repose sur des réalités bien concrètes. Son évolution future, portée par la collaboration et l’innovation, pourrait offrir aux décideurs comme aux citoyens les clés pour façonner un numérique plus durable et plus équitable.

L’atlas recense les centres de données des géants comme Microsoft, Meta (anciennement Facebook) et Apple, mais aussi d’autres acteurs majeurs du secteur tels que Google, Amazon Web Services ou OVHcloud.

Chaque data center référencé dans l’atlas est associé à des indicateurs de consommation électrique et d’intensité carbone, exprimés en tonnes de CO₂ émises annuellement. Ces données proviennent de rapports publics des entreprises ou d’estimations réalisées à partir de bases de données sectorielles.