Si la plateforme SNCF Connect doit à terme afficher les billets de ses concurrents comme Trenitalia ou Renfe, la mesure divise. Selon BFM Business, la Commission européenne prépare un projet législatif visant à simplifier les réservations de trains transfrontaliers en Europe, une démarche qui s’annonce complexe à mettre en œuvre. Pour les voyageurs, l’objectif est clair : faciliter les comparaisons de prix et les réservations, alors que le processus actuel est jugé trop long et opaque.
Ce qu'il faut retenir
- La Commission européenne souhaite imposer aux plateformes des compagnies ferroviaires nationales, comme SNCF Connect, d’afficher les offres de leurs concurrents pour simplifier les réservations transfrontalières.
- Près de deux voyageurs sur trois renoncent à un trajet en raison de la complexité des réservations, selon une enquête YouGov de 2025 pour Transport & Environnement.
- Réserver un billet de train prend en moyenne 70 % de temps en plus que pour un vol, selon les études citées par Bruxelles.
- La SNCF s’oppose fermement à cette mesure, arguant que sa plateforme couvre déjà l’ensemble des destinations grandes lignes en France.
- Les concurrents comme Trainline ou Kombo craignent une perte d’attractivité si Connect devait intégrer leurs offres, tout en pointant des commissions jugées trop faibles.
Une obligation européenne pour briser les silos du rail
La Commission européenne doit présenter mercredi 14 mai 2026 un projet visant à rendre les voyages en train en Europe plus accessibles. Parmi les mesures envisagées, figure l’obligation pour les plateformes des opérateurs historiques – comme SNCF Connect en France, Trenitalia en Italie ou Renfe en Espagne – d’intégrer les offres de leurs concurrents. L’objectif affiché est de fluidifier les trajets transfrontaliers, souvent perçus comme une source de frustration par les usagers. « Réserver des voyages ferroviaires transfrontaliers en Europe reste inutilement compliqué », a souligné Vivien Costanzo, eurodéputée allemande sociale-démocrate, dans une déclaration à l’AFP.
Selon elle, « un système ferroviaire européen a besoin de réservations simples, de correspondances fiables et de droits clairs pour les passagers. Ce n’est qu’à ces conditions que le train deviendra une véritable alternative européenne aux vols court-courriers ». Une enquête réalisée en 2025 par YouGov pour l’ONG Transport & Environnement révèle que 65 % des voyageurs renoncent à un voyage en raison de la complexité des réservations, un chiffre qui illustre l’urgence de la situation.
SNCF Connect, cible d’une réforme contestée
En France, la mesure tombe mal pour SNCF Voyageurs, qui détient plus de 80 % du marché des ventes en ligne de billets longue distance. La compagnie rappelle que sa plateforme propose déjà l’ensemble des destinations desservies par les trains à grande vitesse du réseau national. « La distribution d’entreprises ferroviaires tierces n’est pas une priorité, d’autant que les voyageurs disposent déjà sur SNCF Connect d’une offre grande vitesse pour toutes les destinations », a expliqué l’opérateur à BFM Business. Selon la SNCF, « chaque entreprise définit sa stratégie et l’étendue de son offre » et, pour l’heure, « il n’existe aucune réglementation nationale ou européenne imposant aux sites de distribution comme Connect de commercialiser des offres concurrentes ».
Pourtant, la SNCF reconnaît que, si Bruxelles l’impose, elle devra s’y conformer. Une perspective qui ne manque pas de faire réagir les concurrents. « Imaginez Lufthansa contrainte de vendre des billets Ryanair », a ironisé Alberto Mazzola, responsable du lobby Communauté européenne du rail (CER), lors d’un entretien avec l’AFP. Ce dernier dénonce une « ingérence sans précédent » de la Commission européenne, une position partagée par les autres opérateurs historiques européens.
Les distributeurs alternatifs pris entre deux feux
Les plateformes indépendantes comme Trainline ou Kombo se trouvent dans une position délicate. D’un côté, elles défendent une ouverture de SNCF Connect aux concurrents, car elles estiment que cela pourrait augmenter la visibilité des offres alternatives. De l’autre, elles craignent de perdre un avantage compétitif si la plateforme historique devait intégrer leurs propres services. « Si la mesure passait, jamais SNCF Connect ne sera neutre », a déclaré Matthieu Marquenet, PDG de Kombo. « La SNCF aura toujours plus d’intérêt à vendre un billet SNCF qu’un billet Trenitalia. Notre indépendance devient un avantage compétitif réel. »
Alexander Ernert, directeur général de Trainline France et secrétaire général de l’association ADN Mobilités, qui regroupe la plupart des acteurs du secteur, voit dans cette réforme une « mauvaise solution ». « Une obligation législative peut en réalité nuire au développement du marché des distributeurs », a-t-il expliqué. Selon lui, « nulle part en Europe, l’opérateur historique ne vend la concurrence dont la visibilité est assurée par les distributeurs alternatifs ». Il craint également un recul de l’innovation en cas de baisse d’activité et évoque le risque d’un « monopole d’État ».
Un modèle économique à revoir
Le principal obstacle reste économique. Malgré une offre déjà large, Kombo ne représente que 0,4 % du marché des ventes de billets de train en France, selon Matthieu Marquenet. « Ce n’est pas par manque d’innovation, mais par impossibilité économique structurelle », explique-t-il. Les commissions versées par SNCF Voyageurs aux plateformes indépendantes sont jugées insuffisantes pour leur permettre de se développer durablement. « La solution n’est peut-être pas d’obliger SNCF Connect à vendre les billets de tous les opérateurs, mais de permettre aux plateformes indépendantes de vivre durablement de ce qu’elles font déjà bien », ajoute-t-il.
Pour ADN Mobilités, la priorité est de garantir une concurrence saine. « Nous voulons mener ce débat et faire valoir nos arguments pour une concurrence équitable », souligne Alexander Ernert. Une piste évoquée serait de permettre à Connect d’afficher les offres des concurrents, mais de rediriger les utilisateurs vers leur plateforme de réservation respective, comme cela se pratique en Allemagne.
Cette réforme pourrait redessiner les contours d’un secteur ferroviaire encore très fragmenté, où les opérateurs historiques conservent une place dominante. Pour les voyageurs, l’enjeu est double : bénéficier d’une offre plus transparente, tout en évitant qu’une ouverture forcée ne se traduise par une dégradation des services existants.
La Commission souhaite simplifier les réservations de trains transfrontaliers en Europe, jugées aujourd’hui trop complexes. L’objectif est de permettre aux voyageurs de comparer les prix et de réserver en une seule fois, comme cela se fait déjà pour les vols. Selon une enquête YouGov de 2025, 65 % des voyageurs renoncent à un trajet en raison de cette complexité.
Ils craignent de perdre leur principal avantage compétitif : la visibilité des offres concurrentes. Si SNCF Connect intègre ces offres, les utilisateurs pourraient réserver directement sur la plateforme historique, réduisant ainsi le trafic vers les sites indépendants. De plus, les commissions perçues sur ces ventes sont jugées insuffisantes pour assurer leur pérennité financière.