Selon Capital, une étude menée par Meilleurtaux et l’institut YouGov révèle une défiance croissante des Français envers les systèmes de protection collective. Sept Français sur dix anticipent une dégradation des dispositifs publics, qu’il s’agisse de la retraite, de la santé, de la dépendance ou de l’éducation. Ce basculement culturel s’accompagne d’une volonté accrue des ménages à sécuriser eux-mêmes leur avenir financier, notamment via l’épargne et les placements.

Ce qu'il faut retenir

  • 75 % des Français anticipent une dégradation des dispositifs publics, selon l’étude Meilleurtaux-YouGov.
  • Seuls 38 % font encore confiance au système de retraite par répartition, et 60 % doutent de la capacité de l’Assurance maladie à couvrir leurs dépenses de santé à l’avenir.
  • Près de deux tiers des Français jugent les dispositifs actuels de prise en charge de la dépendance insuffisants.
  • Moins d’un Français sur deux estime bien comprendre les produits financiers, malgré une épargne record à 20 %.
  • L’intelligence artificielle commence à jouer un rôle dans la gestion des finances personnelles, notamment chez les moins de 35 ans.

Une défiance marquée envers les systèmes de retraite et de santé

L’enquête Meilleurtaux-YouGov, menée auprès d’un échantillon représentatif de la population française, met en lumière une crise de confiance sans précédent dans les mécanismes de solidarité collective. Selon ses résultats, 75 % des Français anticipent une dégradation des dispositifs publics, une proportion qui dépasse largement les craintes exprimées jusqu’alors. Parmi les domaines les plus touchés, la retraite par répartition cristallise les inquiétudes : seuls 38 % des répondants déclarent encore lui accorder leur confiance.

Cette méfiance s’explique en partie par les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR), qui annonce une baisse significative des taux de remplacement. Pour un salarié du privé, le taux de remplacement pourrait chuter à 60 %, tandis que pour un cadre, il pourrait tomber à 40 %. Autant dire que les futurs retraités devront composer avec des revenus bien inférieurs à leurs derniers salaires, poussant une majorité d’actifs à se tourner vers l’épargne individuelle.

La dépendance, un angle mort des politiques publiques

Autre sujet de préoccupation majeur : la prise en charge de la dépendance. Selon l’étude, 65 % des Français estiment que les dispositifs actuels sont insuffisants pour faire face à la perte d’autonomie. Thomas Vandeville, président-directeur général de Meilleurtaux, souligne l’absence de concrétisation du cinquième pilier de la Sécurité sociale, dédié à la dépendance. « On n’a jamais eu les moyens de le financer », explique-t-il, rappelant que cette lacune place les ménages dans une position de vulnérabilité accrue. Face à ce constat, de nombreux Français anticipent désormais eux-mêmes ce risque en constituant une épargne de précaution, faute de pouvoir compter sur un filet social adapté.

Une culture financière en retard, mais en mutation

L’étude révèle également un manque persistant de culture financière parmi les Français. Moins d’un sur deux (45 %) estime bien comprendre les produits financiers disponibles sur le marché. Cette méconnaissance s’explique, selon Thomas Vandeville, par une tradition française de confiance dans la protection sociale collective. « En France, on a toujours compté sur l’État pour gérer ces sujets à notre place », souligne-t-il. Pourtant, les mentalités évoluent, notamment sous l’effet des crises économiques et des réformes successives des retraites et de l’assurance maladie.

Cette prise de conscience s’accompagne d’un changement dans le rapport aux institutions financières. Traditionnellement passifs, les clients des banques deviennent de plus en plus exigeants. Seuls 31,5 % des Français jugent compétitives les offres des acteurs traditionnels, une défiance qui reflète une recherche accrue de transparence et de performance. Cette exigence s’est encore renforcée depuis la crise sanitaire, qui a familiarisé les ménages avec la gestion à distance de leurs finances.

« Historiquement, les clients restaient toute leur vie dans la même banque. Ils prenaient ce qui était sur l’étagère. Désormais, ils comparent davantage et deviennent beaucoup plus proactifs à challenger les offres. »
— Thomas Vandeville, président-directeur général de Meilleurtaux

L’intelligence artificielle, un nouveau facteur d’évolution

L’enquête met en lumière l’impact croissant de l’intelligence artificielle sur la gestion des finances personnelles. Chez les moins de 35 ans, 25 % utilisent déjà des outils d’IA pour obtenir des informations, des conseils ou des recommandations sur leurs placements. Cette tendance soulève toutefois des questions réglementaires, les conseillers financiers devant désormais composer avec des clients mieux informés, voire armés de données issues de l’IA. « Quand un client arrive après s’être renseigné avec un moteur d’IA, il a un niveau d’éducation et d’exigence bien plus fort », observe Thomas Vandeville.

Cette évolution pourrait contraindre les institutions financières à adapter leurs pratiques, en renforçant la formation de leurs conseillers et en clarifiant les modalités de conseil automatisé. Le régulateur, de son côté, devra encadrer ces nouveaux usages pour éviter les dérives et garantir la protection des épargnants.

Un taux d’épargne record, symptôme d’une société en mutation

Malgré un contexte économique incertain, les Français maintiennent un niveau d’épargne élevé, estimé à 20 % de leurs revenus. Ce chiffre, proche des niveaux observés pendant les confinements de 2020, illustre une volonté de se prémunir contre les risques futurs. Pour Thomas Vandeville, cette tendance marque un véritable basculement culturel : « Les Français ne délèguent plus autant qu’avant leur avenir financier à l’État ou aux institutions traditionnelles », explique-t-il. Cette réappropriation des finances personnelles se traduit par une recherche accrue de placements sécurisés, comme l’assurance-vie ou le Plan d’épargne retraite (PER), au détriment des dispositifs collectifs perçus comme moins fiables.

Et maintenant ?

Cette défiance croissante envers les systèmes de protection collective pourrait pousser le gouvernement à accélérer certaines réformes, notamment sur la dépendance ou la santé. Plusieurs projets de loi sont attendus d’ici la fin de l’année, mais leur adoption dépendra de la capacité des pouvoirs publics à restaurer la confiance. Les acteurs du secteur financier, de leur côté, devront innover pour répondre aux nouvelles attentes des épargnants, tout en intégrant les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Reste à voir si ces évolutions suffiront à inverser la tendance actuelle.

En attendant, les Français continuent d’épargner massivement, signe que l’incertitude économique persiste. Une chose est sûre : la relation entre les citoyens, l’État et les institutions financières n’a jamais été aussi complexe.

La défiance envers la retraite par répartition s’explique par les projections du Conseil d’orientation des retraites (COR), qui annoncent une baisse des taux de remplacement à 60 % pour les salariés du privé et 40 % pour les cadres. Ces chiffres, couplés aux réformes successives, poussent les Français à privilégier l’épargne individuelle pour compléter leurs futurs revenus.

Chez les moins de 35 ans, 25 % utilisent déjà des outils d’IA pour obtenir des informations ou des conseils sur leurs placements. Cette tendance rend les épargnants plus exigeants et mieux informés, obligeant les conseillers financiers à adapter leurs pratiques et le régulateur à encadrer ces nouveaux usages.