En novembre 2022, alors que FTX faisait face à une crise de liquidité sans précédent, son fondateur Sam Bankman-Fried a tenté d’obtenir un sauvetage de dernière minute. Changpeng Zhao (CZ), le patron de Binance, a finalement refusé de reprendre l’entreprise, une décision qui pourrait bien figurer parmi les plus coûteuses de l’histoire des affaires. Selon Cryptoast, cette opportunité manquée aurait pu rapporter à Binance un portefeuille d’investissements aujourd’hui évalué à près de 130 milliards de dollars.

Ce qu'il faut retenir

  • FTX détenait en 2022 un portefeuille incluant 8 % d’Anthropic et 5 % de Cursor, deux entreprises devenues extrêmement précieuses depuis.
  • L’ensemble de ces actifs valait, selon les estimations de l’investisseur Julian Klymochko, plus de 130 milliards de dollars en juin 2026.
  • Parmi les autres participations figuraient des parts dans Robinhood (HOOD), dont la capitalisation dépasse désormais 97 milliards de dollars, ainsi que dans SpaceX et d’autres entreprises technologiques.
  • CZ a justifié son refus par la complexité de la situation, notamment un trou de plusieurs milliards dans les comptes clients et des défis réglementaires aux États-Unis.
  • Cette affaire illustre les risques inhérents aux décisions stratégiques prises en période de crise, où la valeur réelle des actifs reste difficile à évaluer.

Un portefeuille devenu une mine d’or après la chute de FTX

Lorsque FTX s’est effondrée en novembre 2022 sous le poids d’un retrait massif de 6 milliards de dollars, elle n’a pas seulement emporté avec elle des milliers d’investisseurs. L’entreprise laissait derrière elle un portefeuille d’investissements particulièrement juteux, aujourd’hui estimé à 130 milliards de dollars. Selon Cryptoast, ce portefeuille comprenait notamment des participations dans des entreprises technologiques en pleine expansion. Parmi elles, Anthropic, le concurrent direct d’OpenAI, dont FTX détenait environ 8 %, et Cursor, un outil de codage assisté par IA très prisé, dont 5 % étaient aux mains de FTX.

Ces deux actifs seuls valaient déjà plusieurs dizaines de milliards en 2026. À cela s’ajoutent des investissements dans des sociétés comme Robinhood, dont le titre s’échange désormais autour de 108 dollars pour une capitalisation boursière de 97 milliards, ou encore SpaceX. Une diversification qui, ironiquement, a finalement servi à rembourser les créanciers de FTX plutôt qu’à enrichir un éventuel repreneur.

Une décision stratégique justifiée à l’époque, mais coûteuse avec le recul

Changpeng Zhao avait ses raisons de refuser le rachat de FTX. En novembre 2022, Binance faisait elle-même face à des pressions réglementaires aux États-Unis, une situation qui a d’ailleurs conduit CZ en prison quelques mois plus tard. De plus, reprendre FTX impliquait de gérer un déficit colossal dans les comptes clients et de faire face à des procédures judiciaires complexes. Comme le rapporte Cryptoast, les observateurs soulignent que cette décision, bien que compréhensible sur le moment, s’avère aujourd’hui être une occasion manquée majeure.

L’investisseur Julian Klymochko, cité par Cryptoast, a partagé sur X (ex-Twitter) une analyse sans appel : « Acquérir FTX pour une bouchée de pain en novembre 2022 aurait pu être la meilleure acquisition de tous les temps. » Il ajoute que le portefeuille d’investissements de FTX valait alors plus de 130 milliards de dollars. Pourtant, ce scénario reste hypothétique. En effet, personne ne peut affirmer avec certitude que ces actifs auraient été conservés malgré la faillite, les contraintes réglementaires et les fluctuations des marchés technologiques.

« FTX est venu avec 8 % d’Anthropic et 5 % de Cursor, ainsi que d’autres investissements qui valent aujourd’hui jusqu’à 130 milliards de dollars. »
— Julian Klymochko (@JulianKlymochko), 18 juin 2026

Robinhood, SpaceX et d’autres participations devenues précieuses

Le portefeuille de FTX ne se limitait pas à Anthropic et Cursor. L’entreprise avait également investi dans des acteurs majeurs comme Robinhood, dont la valorisation a explosé depuis 2022. À cela s’ajoutent des parts dans des sociétés comme SpaceX, ainsi que dans des dizaines d’autres startups technologiques. Selon les données compilées par CBInsights, ces investissements couvraient un large éventail de secteurs, allant de la finance à l’aérospatiale, en passant par l’intelligence artificielle.

Cette diversification a, dans un premier temps, permis de couvrir partiellement les dettes de FTX envers ses créanciers. Pourtant, avec le recul, il est clair que ces actifs auraient pu représenter une opportunité en or pour Binance, si seulement CZ avait accepté de reprendre l’entreprise en difficulté. Aujourd’hui, ces participations sont devenues des piliers de l’économie technologique mondiale, leur valeur ayant été multipliée par dix depuis 2022.

Une leçon sur la difficulté d’évaluer les actifs en temps de crise

Cette affaire met en lumière un paradoxe fréquent dans le monde des affaires : les décisions prises en période de crise sont rarement évaluées avec justesse sur le moment. En refusant de racheter FTX, CZ a privilégié une approche prudente, évitant d’aggraver les risques pour Binance. Pourtant, avec le recul, le manque à gagner se chiffre en dizaines de milliards. Comme le souligne Cryptoast, cette situation rappelle que dans l’écosystème crypto, les choix stratégiques se jugent rarement immédiatement.

Cette histoire intervient alors que Binance traverse une période délicate en Europe, avec l’échéance MiCA fixée au 30 juin 2026. Cette réglementation, qui vise à encadrer les activités des acteurs du secteur, pourrait redéfinir la présence de Binance sur le continent. Une nouvelle illustration que, dans un secteur aussi volatile que la crypto, les décisions doivent être prises avec une vision à long terme, même si leur pertinence n’apparaît que des années plus tard.

Et maintenant ?

Alors que Binance doit désormais composer avec les conséquences de son refus de 2022, l’entreprise pourrait être amenée à revoir sa stratégie d’investissement dans les mois à venir. L’échéance du 30 juin 2026, date limite pour se conformer à MiCA, pourrait contraindre CZ à des choix encore plus radicaux. Reste à voir si d’autres opportunités, comparables à celle de FTX, se présenteront à l’avenir. Pour l’instant, le géant des cryptomonnaies doit se contenter d’un portefeuille de participations en partie hérité de la faillite de son concurrent.

Cette histoire sert d’avertissement à l’ensemble de l’industrie : dans un secteur aussi imprévisible que la crypto, les décisions prises sous pression peuvent avoir des répercussions bien au-delà du court terme. Pour les acteurs du marché, la clé réside désormais dans l’anticipation et la capacité à évaluer la valeur réelle des actifs, même dans les moments les plus sombres.

À l’époque, Binance faisait face à des pressions réglementaires aux États-Unis, et reprendre FTX aurait impliqué de gérer un trou de plusieurs milliards de dollars dans les comptes clients. CZ a donc privilégié une approche prudente pour éviter d’aggraver les risques pour son entreprise.

Les participations les plus précieuses sont les 8 % d’Anthropic et les 5 % de Cursor, deux entreprises devenues des références dans leurs secteurs. S’ajoutent à cela des parts dans Robinhood, SpaceX et plusieurs dizaines d’autres startups technologiques.