La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a présenté ce mardi 12 mai 2026 un point d’étape sur la situation sanitaire liée à l’hantavirus des Andes, dont un foyer s’est déclaré début avril à bord du MV Hondius, un navire de croisière parti d’Ushuaïa en Argentine. Trois décès ont été recensés à bord, et onze cas confirmés dans le monde. Lors d’une conférence de presse à Paris, la ministre a détaillé les mesures mises en place en France, les cas identifiés et les perspectives de traitement, alors qu’une patiente française se trouve en réanimation.
Ce qu'il faut retenir
- 11 cas confirmés dans le monde, tous liés au foyer survenu sur le MV Hondius. Aucun cas de contamination locale en France.
- Une patiente française en réanimation à Paris, présentant la forme la plus sévère de la maladie.
- 22 cas contacts identifiés en France, tous placés en isolement et suivis médicalement pendant au moins 14 jours.
- Aucun vaccin disponible, mais des projets en phase clinique à base d’ARN pourraient aboutir rapidement. Pas de traitement antiviral spécifique, mais des molécules repositionnées étudiées.
- Pas de circulation diffuse du virus en France, selon la ministre, qui évoque une situation « inédite » mais maîtrisée.
Une patiente française en réanimation, des cas contacts sous surveillance
Parmi les cinq Français rapatriés depuis le MV Hondius, quatre sont désormais testés négatifs et en bonne santé. Cependant, une femme, actuellement hospitalisée à Paris, présente une forme grave de l’hantavirus des Andes et dépend d’un poumon artificiel pour maintenir son oxygénation. « La patiente a aujourd’hui la forme la plus sévère de la présentation cardiopulmonaire », a expliqué l’infectiologue Xavier Lescure lors de la conférence de presse, précisant que les lésions vasculaires causées par le virus nécessitent une prise en charge intensive.
Côté cas contacts, les autorités sanitaires ont recensé 22 personnes en France, toutes identifiées, testées et placées en isolement. Huit d’entre eux, ayant voyagé le 25 avril sur un vol reliant Sainte-Hélène à Johannesbourg avec une passagère néerlandaise malade, sont actuellement hospitalisés. Les quatorze autres, issus d’un second vol, font l’objet d’un suivi médical similaire. Une femme, transférée mardi 12 mai des Alpes-Maritimes vers l’IHU de Marseille, figure parmi ces cas contacts.
Une circulation du virus « exclusivement » liée aux croisiéristes
« Les cas positifs identifiés à l’aide de tests PCR sont exclusivement des croisiéristes », a affirmé Stéphanie Rist. La ministre a réitéré l’absence de « circulation diffuse » du virus sur le territoire national, soulignant que les mesures de surveillance et de rapatriement avaient permis d’éviter une propagation locale. « Nous avons une situation inédite, car l’épidémie est partie d’un bateau : on peut dénombrer tous les cas contacts », a rappelé l’épidémiologiste Antoine Flahaut, appelant à la prudence tout en relativisant l’ampleur de la crise.
Le virologue Olivier Schwartz a confirmé que les stocks stratégiques de masques en France étaient en cours de reconstitution, sans « d’inquiétudes » sur leur disponibilité. Il a rappelé que le port du masque FFP2 et le lavage des mains restaient les principales barrières contre une éventuelle transmission, bien qu’aucun cas de contamination locale n’ait été détecté.
Pas de traitement antiviral, mais des pistes en développement
La souche des Andes de l’hantavirus provoque des lésions au niveau des capillaires, entraînant potentiellement des insuffisances rénales, pulmonaires ou cardiaques. Les premiers symptômes, souvent banals (fatigue, maux de tête), apparaissent après quatre à six semaines d’incubation, avant que des complications sévères ne surviennent. « Au bout de quatre à six semaines d’incubation, les signes cliniques plus sévères surviennent brutalement », a détaillé Xavier Lescure.
Face à l’absence de vaccin ou de traitement antiviral spécifique, les spécialistes misent sur des molécules repositionnées, dont l’efficacité reste limitée si elles sont administrées tardivement. « Il n’y a pas de traitement antiviral spécifique, mais des articles ont montré que des molécules peuvent être repositionnées », a indiqué Olivier Schwartz, précisant que leur administration doit intervenir tôt pour être efficace. Côté vaccins, des projets en phase clinique et préclinique, basés sur la technologie ARN, pourraient aboutir rapidement, grâce à la structure connue du virus.
« Bien sûr, on a des toutes premières estimations [de létalité], mais aujourd’hui, prenons les choses avec beaucoup de précaution. »
— Antoine Flahaut, médecin épidémiologiste, lors de la conférence de presse du 12 mai 2026
Une situation distincte de la pandémie de Covid-19
Antoine Flahaut a tenu à distinguer cette épidémie de celle du Covid-19, rappelant que le Sars-CoV-2 était « totalement inconnu » lors de sa diffusion mondiale en 2020. « Avec l’hantavirus, on est dans une situation inédite car l’épidémie est partie d’un bateau : on peut dénombrer tous les cas contacts », a-t-il souligné. La létalité du virus, estimée entre 30 % et 50 %, reste une donnée à affiner, selon les experts, qui appellent à ne pas extrapoler trop rapidement.
Stéphanie Rist a également rappelé que les onze cas confirmés dans le monde étaient tous liés au foyer du MV Hondius, et qu’aucun nouveau cas n’avait été détecté ailleurs. « Les cinq ressortissants français ont été rapatriés dans le cadre d’une opération sanitaire sécurisée et soumis à une surveillance médicale étroite », a-t-elle précisé.
Alors que la France semble avoir évité une propagation locale, la vigilance reste de mise, notamment pour les voyageurs ayant séjourné sur des navires ou dans des zones à risque. Les spécialistes insistent sur l’importance de signaler rapidement tout symptôme évocateur, bien que le risque de contamination reste, à ce stade, très faible sur le territoire national.