L’intelligence artificielle (IA) reste présentée comme le « cycle d’investissement le plus important de la décennie », selon Andrea Tueni, responsable des activités de marchés chez Saxo Banque. Pourtant, les règles du jeu ont changé en 2026 : les gouvernements, qu’ils soient européens, asiatiques ou américains, considèrent désormais le leadership en IA comme une question de sécurité nationale et de compétitivité économique. Autant dire que l’époque où il suffisait d’acheter n’importe quelle action estampillée « IA » pour réaliser des plus-values est révolue. Comme le rapporte Capital, le marché fait désormais le tri entre les différents maillons de la chaîne de valeur, offrant des opportunités inégales selon les segments.
Ce qu'il faut retenir
- En 2026, l’IA n’est plus un secteur unifié mais une chaîne de valeur segmentée en cinq couches distinctes.
- Les logiciels d’IA ont subi une correction marquée début 2026, tandis que les fabricants de puces et les acteurs de l’énergie conservent un potentiel de croissance.
- Seules deux valeurs européennes éligibles au PEA permettent une exposition directe à l’IA : ASML et SAP.
- Pour accéder à des géants américains comme Nvidia ou Microsoft, il faut passer par un compte-titres ordinaire, soumis à la « flat tax » de 31,4 % sur les plus-values et dividendes.
- Les investisseurs doivent désormais choisir quelle partie de la chaîne de valeur cibler, en fonction de leur profil de risque et de leur horizon d’investissement.
Une chaîne de valeur segmentée, cinq opportunités distinctes
Selon Andrea Tueni, interrogé par Capital, l’intelligence artificielle peut être comparée à « un gâteau à cinq couches », comme l’a souligné Jensen Huang, PDG de Nvidia. La première couche, à la base, est celle de l’énergie, indispensable pour faire tourner les centres de données. Viennent ensuite les puces et le calcul, domaine où Nvidia, TSMC et les fabricants de mémoire dominent le marché. La troisième couche concerne l’infrastructure cloud et les centres de données, suivie par les modèles d’IA eux-mêmes. Enfin, la dernière couche, la plus visible, regroupe les applications logicielles qui monétisent l’IA pour les entreprises et le grand public.
Pour Tueni, « le commerce de l’IA ne consiste plus à être dans ce secteur, mais à choisir la bonne partie de la chaîne de valeur au bon prix ». Chaque couche présente en effet un profil de risque, une valorisation et un horizon temporel différents. Les logiciels, par exemple, ont subi une correction début 2026, car leurs promesses de revenus futurs tardent à se concrétiser. Seules les sociétés capables de prouver une hausse tangible de leurs revenus ont bénéficié d’un rebond, à l’inverse de celles qui se contentaient d’évoquer l’IA dans leurs présentations.
Les semi-conducteurs et l’énergie, deux secteurs encore porteurs
À l’inverse des logiciels, le secteur des semi-conducteurs affiche une dynamique plus robuste. Les géants du cloud – Amazon Web Services, Microsoft Azure, Google Cloud – continuent d’investir massivement dans leurs infrastructures, ce qui profite directement aux fabricants de puces, d’équipements et de mémoires. « Les dépenses des hyperscalers atterrissent directement chez les acteurs de l’amont », explique Tueni. Cette tendance s’inscrit dans un contexte où les gouvernements soutiennent activement le développement de l’IA, perçue comme un levier de souveraineté technologique et économique.
Côté énergie, les besoins en électricité des centres de données explosent. Les entreprises spécialisées dans la production et la distribution d’énergie, ainsi que dans les infrastructures critiques, pourraient bénéficier de cette demande croissante. « La première couche du gâteau est aussi la plus stratégique à long terme », rappelle l’expert, soulignant que les investisseurs doivent désormais arbitrer entre des segments aux cycles économiques très différents.
Comment s’exposer à l’IA depuis la France ? Le PEA et ses limites
Pour les épargnants français souhaitant investir dans l’IA via un Plan d’Épargne en Actions (PEA), les options restent limitées. Le PEA, créé pour accueillir des actions de l’Union européenne, ne permet pas d’accéder directement à des géants comme Nvidia, TSMC ou les éditeurs américains de logiciels. Selon Capital, seules deux valeurs européennes éligibles au PEA offrent une exposition à l’IA : ASML, le néerlandais spécialisé dans les machines de gravure des puces les plus avancées, et SAP, l’allemand leader des logiciels d’entreprise.
Pour contourner cette restriction, les investisseurs peuvent se tourner vers un ETF PEA Nasdaq, qui permet d’accéder indirectement à des entreprises comme Nvidia, Microsoft ou Alphabet. « Cette solution reste la seule voie légale pour diversifier son exposition à l’IA depuis un PEA », précise Tueni. En revanche, l’accès direct aux valeurs américaines et asiatiques impose l’ouverture d’un compte-titres ordinaire, soumis à la « flat tax » de 31,4 % sur les plus-values et les dividendes.
Les ETF thématiques : une alternative à explorer
En 2026, aucun ETF thématique « intelligence artificielle » pur n’est éligible au PEA. Pour les investisseurs souhaitant éviter la « flat tax », les solutions restent donc limitées. Les ETF classiques, comme ceux répliquant le Nasdaq-100 ou le S&P 500, incluent des géants de l’IA, mais de manière indirecte. « L’absence d’ETF IA pur dans les enveloppes fiscales avantageuses est un frein pour les particuliers », reconnaît Tueni.
Pour ceux prêts à payer la « flat tax », des options existent, comme des ETF mondiaux ou des fonds dédiés aux semi-conducteurs. Cependant, ces placements exposent à des risques de change et à une fiscalité moins avantageuse. « L’arbitrage entre performance et fiscalité dépend du profil de chaque investisseur », estime l’expert.
En attendant, les investisseurs doivent garder à l’esprit que l’IA n’est plus un secteur homogène, mais un écosystème complexe où chaque maillon de la chaîne de valeur présente des risques et des opportunités spécifiques. Comme le conclut Andrea Tueni dans Capital, « la clé réside désormais dans la sélection ».
En 2026, seules deux valeurs européennes éligibles au PEA permettent une exposition directe à l’IA : ASML, le néerlandais spécialisé dans les machines de gravure des puces, et SAP, l’allemand leader des logiciels d’entreprise, selon Capital.