Le gouvernement maltais a laissé entendre qu’il pourrait appliquer certaines dispositions du règlement européen sur les marchés de crypto-actifs (MiCA) aux acteurs de la finance décentralisée (DeFi). Une initiative qui interroge les projets crypto, alors que l’île méditerranéenne se positionne comme un hub réglementaire pour les actifs numériques en Europe, selon Journal du Coin.

Ce qu'il faut retenir

  • Malte envisage d’appliquer des règles inspirées de MiCA à la DeFi, une première en Europe
  • Cette démarche pourrait concerner les protocoles décentralisés proposant des services financiers réglementés
  • Les acteurs du secteur expriment leurs craintes face à une potentielle complexité juridique et opérationnelle
  • Le pays, historiquement favorable aux crypto-actifs, pourrait ainsi renforcer son cadre légal
  • La décision finale reste attendue d’ici la fin de l’année 2026

Une initiative réglementaire inédite en Europe

Depuis plusieurs mois, les autorités maltaises étudient la possibilité d’étendre le champ d’application du règlement MiCA, entré en vigueur en juin 2024, aux acteurs de la finance décentralisée. Jusqu’à présent, ce texte européen encadre principalement les émetteurs de crypto-actifs et les prestataires de services centralisés. Or, Malte souhaite désormais examiner comment intégrer les protocoles DeFi, souvent opaques et dénués d’intermédiaires traditionnels, dans ce cadre réglementaire, d’après Journal du Coin.

Cette volonté s’inscrit dans la continuité de la stratégie maltaise, qui avait fait de l’île un pionnier européen en adoptant dès 2018 un cadre légal pour les actifs numériques. Aujourd’hui, le pays compte plus de 400 entreprises liées aux crypto-actifs, attirées par sa fiscalité avantageuse et son approche progressive de la régulation. Pourtant, l’extension de MiCA à la DeFi représente un défi de taille, tant les protocoles décentralisés fonctionnent sans autorité centrale identifiable.

Les projets crypto craignent une complexité accrue

Les réactions au sein de l’écosystème crypto maltais sont contrastées. Si certains acteurs saluent l’ambition de clarifier le statut juridique des protocoles DeFi, d’autres s’inquiètent des risques de sur-régulation. «

Une application stricte de MiCA à la DeFi pourrait étouffer l’innovation et pousser les développeurs vers des juridictions moins contraignantes
», a déclaré un porte-parole d’une plateforme locale, sous couvert d’anonymat. Les craintes portent notamment sur la nécessité de s’enregistrer auprès d’autorités, de publier des documents prospectus ou encore de se conformer à des exigences en matière de lutte contre le blanchiment (LCB-FT).

Les petites structures, en particulier, pourraient peiner à absorber ces coûts supplémentaires. Selon une enquête interne citée par Journal du Coin, près de 60 % des startups crypto maltaises estiment que cette réforme pourrait freiner leur développement. Les défenseurs de la DeFi, eux, plaident pour une approche pragmatique, distinguant les protocoles à risque systémique de ceux offrant des services similaires aux marchés traditionnels.

Un cadre légal qui pourrait inspirer d’autres pays

Malte n’est pas le seul pays à s’interroger sur la régulation de la DeFi. La France, via l’Autorité des marchés financiers (AMF), a également lancé des travaux en ce sens, tandis que l’Union européenne discute de l’inclusion des protocoles décentralisés dans les futures mises à jour de MiCA. Une adoption par Malte pourrait donc servir de modèle, voire d’incitation pour d’autres États membres à suivre le mouvement.

Les autorités maltaises ont précisé que leur réflexion s’appuie sur les recommandations de l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF), qui avait souligné en 2025 la nécessité d’encadrer certains aspects de la DeFi pour prévenir les risques systémiques. «

Nous voulons éviter que Malte ne devienne un paradis réglementaire incontrôlé, tout en ne tuant pas l’innovation
», a expliqué un responsable du Malta Digital Innovation Authority (MDIA), l’organisme en charge de la supervision des actifs numériques sur l’île.

Et maintenant ?

Une consultation publique est prévue d’ici septembre 2026, suivie d’une période de transition de six mois avant une éventuelle mise en œuvre partielle des nouvelles règles. Les acteurs du secteur attendent avec attention les détails du projet de loi, notamment sur les exemptions possibles pour les petits projets ou les protocoles purement open source. Une chose est sûre : Malte, qui mise sur les crypto-actifs pour diversifier son économie, ne peut se permettre de brader sa crédibilité en adoptant une régulation trop floue ou trop stricte.

Reste à voir si cette initiative parviendra à concilier sécurité juridique et attractivité économique. Une chose est certaine : l’issue de ce débat pourrait redessiner la carte réglementaire de la DeFi en Europe, alors que Bruxelles prépare déjà une révision de MiCA pour 2027.

Un protocole DeFi opérant depuis Malte devrait probablement s’enregistrer auprès du MDIA, publier un document technique détaillé (whitepaper) et mettre en place des mesures de conformité LCB-FT, sous peine de sanctions. Les frais et la complexité administrative pourraient varier selon le type de services proposés (prêt, échange décentralisé, etc.).