Clément Lesaege, directeur technique (CTO) du projet d’arbitrage décentralisé Kleros, a proposé ce week-end une réforme du modèle de financement d’Ethereum visant à introduire un mécanisme de financement piloté par les validateurs. Selon Cryptoast, cette proposition, intitulée « revenus redirigés des validateurs », vise à introduire deux modifications au niveau du protocole afin d’améliorer la compétitivité à long terme de la blockchain.
Ce qu'il faut retenir
- Clément Lesaege, CTO de Kleros, propose de rediriger jusqu’à 10 % des récompenses de staking vers le financement de l’écosystème Ethereum.
- Les validateurs pourraient sélectionner eux-mêmes l’adresse destinataire des fonds redirigés.
- Cette proposition s’inscrit dans un contexte de tensions au sein de l’écosystème, marqué par des départs au sein de la Fondation Ethereum et des divergences de vision entre ses acteurs.
- Le débat porte notamment sur la question de la coordination et de la légitimité des bénéficiaires des fonds.
- Certains, comme le cofondateur de MetaLex Labs, Gabriel Shapiro, y voient une tentative de maintenir un pouvoir centralisé.
La proposition de Clément Lesaege intervient alors qu’Ethereum fait face à une crise latente, touchant à la fois les responsables de sa fondation — avec notamment la démission récente de la co-directrice Hsiao-Wei Wang — et les acteurs de son écosystème. Ces derniers défendent des visions parfois opposées quant à l’avenir de la blockchain, selon Cryptoast.
Le modèle actuel de financement d’Ethereum est jugé incompatible avec une compétitivité à long terme. « Tout le monde bénéficie des améliorations communes, mais aucun acteur individuel ne souhaite en supporter le coût lorsque les autres peuvent en profiter gratuitement », explique Clément Lesaege dans sa proposition. Cette situation crée une perte sèche persistante qui affaiblit la position d’Ethereum face à ses concurrents.
Un mécanisme inspiré du modèle de financement de Zcash
Pour remédier à cette situation, Clément Lesaege propose de rediriger une partie des récompenses de staking — plafonnée à 10 % — vers le financement de l’écosystème. Les validateurs auraient la possibilité de choisir l’adresse destinataire des fonds, ce qui, selon lui, permettrait d’assurer un développement durable de la blockchain.
Cette idée a rapidement été reprise sur le réseau social X, où le cofondateur de la plateforme de trading DeFi algorithmique, Mikko Ohtamaa, a salué une approche similaire au modèle de financement de Zcash. « Cette redevance de contribution destinée aux développeurs reprend le modèle du Zcash afin d’assurer le développement durable d’Ethereum », a-t-il déclaré.
Le cœur du débat : qui bénéficiera des fonds redirigés ?
Cependant, la proposition soulève une question centrale : « Qui recevrait les fonds et selon quel processus cette décision serait prise ? ». Cette interrogation, selon plusieurs acteurs, met en lumière un problème de coordination au sein de l’écosystème. Certains y voient même une « taxe de 10 % » qui, bien que modérée, pourrait devenir un sujet de discorde.
Gabriel Shapiro, cofondateur de MetaLex Labs et avocat spécialisé dans la crypto, critique cette proposition. Il la qualifie de tentative de « maintenir indéfiniment le pouvoir, le style de vie et la manière de travailler des développeurs d’Ethereum ». Pour lui, si les détenteurs d’ETH devaient financer les développeurs, ces derniers devraient également avoir des obligations envers eux, comme un droit de vote sur la rémunération ou la révocation des dirigeants.
« Si vous voulez que les détenteurs d’ETH soient comme des actionnaires et « paient les développeurs », alors ces derniers devraient aussi avoir des obligations envers eux, comme le fait de pouvoir voter sur la rémunération, l'élection ou la révocation des dirigeants, posséder la propriété intellectuelle et recevoir des rapports trimestriels et annuels. »
Une proposition mal interprétée et des craintes de centralisation
Mark Mackey, développeur chez Sigma Prime, une société spécialisée dans la sécurité et l’infrastructure Ethereum, a souligné un autre problème : celui d’une interprétation réductrice des propositions. Selon lui, une simple idée personnelle — et non une volonté officielle d’Ethereum — a été présentée comme une décision du réseau visant à « conserver 10 % des revenus de ses validateurs ». Une interprétation qu’il qualifie de « trompeuse et dangereusement réductrice ».
Cette critique met en lumière les tensions au sein de l’écosystème, où chaque proposition, même informelle, peut rapidement devenir un sujet de controverse. Les acteurs d’Ethereum semblent divisés entre ceux qui cherchent à renforcer la compétitivité de la blockchain et ceux qui craignent une dérive centralisatrice.
Cette réforme, si elle voit le jour, ne manquera pas de relancer les discussions sur la gouvernance d’Ethereum et la place des développeurs au sein de son écosystème. Reste à voir si la communauté parviendra à un consensus sur cette question épineuse.
Les détenteurs d’ETH pourraient subir une réduction de leurs récompenses de staking si une partie est redirigée vers le financement de l’écosystème. Par ailleurs, cette réforme pourrait accentuer les divisions au sein de la communauté, notamment sur la question de la légitimité des bénéficiaires des fonds.
Pour l’instant, la proposition reste une idée personnelle de Clément Lesaege et n’a pas été officiellement adoptée. Son adoption dépendra du soutien de la communauté et des validateurs, ainsi que de leur capacité à résoudre les questions de coordination et de légitimité des fonds.