L’émission BFM Crypto, le Club, diffusée quotidiennement sur BFM Business, a abordé jeudi 11 juin 2026 plusieurs enjeux majeurs du secteur des cryptomonnaies. Parmi les thèmes traités : l’utilité réelle des portefeuilles matériels comme Ledger, la gestion des actifs numériques en cas de perte du dispositif, ou encore les risques posés par l’informatique quantique pour le Bitcoin. L’émission a reçu pour l’occasion Charles Guillemet, directeur technique (CTO) de Ledger, et Maurgane Nlandu, fondatrice de Cryptos-360, sous la modération de Sandra Gandoin.

Ce qu'il faut retenir

  • Ledger : un outil conçu avant tout pour sécuriser les actifs numériques, mais dont l’usage va bien au-delà de la simple conservation.
  • Perte d’un Ledger : les solutions existent pour récupérer des fonds, mais leur efficacité dépend de la configuration initiale et des sauvegardes réalisées.
  • Fiscalité : la déclaration des comptes Revolut en cryptomonnaies reste une obligation pour les contribuables français, même si les modalités pratiques soulèvent des questions.
  • Stratégie VCA : son utilité à long terme interroge, notamment dans un contexte de volatilité accrue des marchés crypto.
  • YEM en Afrique : cette cryptomonnaie conserve une valeur marchande significative sur le continent, malgré les fluctuations globales du marché.
  • Risque quantique : l’informatique quantique menace la sécurité du Bitcoin, obligeant les acteurs du secteur à anticiper cette évolution.
  • Plateforme Nexo : sa crédibilité et sa fiabilité ont été passées au crible, dans un environnement où la confiance est un enjeu clé.

Ledger : bien plus qu’un coffre-fort numérique

Charles Guillemet, en sa qualité de CTO de Ledger, a rappelé que l’entreprise ne se limite pas à la vente de portefeuilles matériels. « Un Ledger sert à sécuriser des actifs digitaux, mais son utilité dépasse largement cette fonction première », a-t-il souligné. Selon lui, le dispositif permet également de gérer des clés privées de manière décentralisée, réduisant ainsi les risques de piratage liés aux plateformes en ligne. « Côté sécurité, on parle d’une protection contre les attaques par malware ou phishing, deux menaces récurrentes dans l’écosystème crypto », a-t-il précisé. Maurgane Nlandu, fondatrice de Cryptos-360, a pour sa part insisté sur l’importance de l’éducation des utilisateurs : « Beaucoup sous-estiment encore l’importance de sauvegarder correctement leur phrase de récupération. Une négligence qui peut coûter cher. »

Que faire en cas de perte d’un Ledger ?

La question de la perte ou du vol d’un Ledger a occupé une partie de l’échange. Charles Guillemet a expliqué que des solutions techniques existent pour tenter de récupérer les fonds, à condition que l’utilisateur ait pris certaines précautions en amont. « Si la phrase de récupération a été correctement enregistrée et stockée hors ligne, il est possible de restaurer l’accès aux actifs », a-t-il indiqué. Cependant, il a ajouté que cette procédure n’est pas infaillible et dépend de facteurs tels que la configuration du portefeuille ou la version du firmware utilisée. Maurgane Nlandu a rappelé que les utilisateurs doivent aussi se méfier des arnaques post-perte : « Certains malfaiteurs ciblent les victimes en se faisant passer pour des services de récupération officiels. La prudence est de mise. »

Fiscalité des cryptomonnaies : l’épineuse question des comptes Revolut

L’émission a également abordé la déclaration fiscale des comptes cryptos, notamment ceux ouverts auprès de néobanques comme Revolut. En France, l’obligation légale de déclarer ces actifs reste en vigueur, même si les modalités pratiques peuvent varier selon les situations. Sandra Gandoin a interrogé les intervenants sur les difficultés rencontrées par les contribuables, notamment pour tracer les mouvements de fonds. Charles Guillemet a répondu que « les utilisateurs doivent conserver des relevés détaillés de leurs transactions, car les plateformes ne fournissent pas toujours des historiques exhaustifs ». Maurgane Nlandu a ajouté que « l’absence de clarté dans les déclarations peut entraîner des redressements, d’où l’importance de bien se renseigner ou de consulter un expert-comptable spécialisé. »

Stratégie VCA et investissement long terme : un pari risqué ?

La pertinence de la stratégie VCA (Value Cost Averaging) sur le long terme a également été évoquée. Cette méthode, qui consiste à investir des montants fixes à intervalles réguliers plutôt que d’acheter en une seule fois, est parfois présentée comme une alternative au DCA (Dollar Cost Averaging). Charles Guillemet a nuancé son propos : « La VCA peut être utile pour lisser les risques, mais elle ne protège pas contre les krachs majeurs. Tout dépend de la discipline de l’investisseur et de sa capacité à supporter la volatilité. » Maurgane Nlandu a complété en rappelant que « dans un marché aussi imprévisible que celui des cryptos, aucune stratégie n’est à l’abri des retournements brutaux. »

Le YEM en Afrique : une cryptomonnaie toujours en jeu

Un point méconnu du grand public a été soulevé : la valeur marchande du YEM en Afrique. Malgré la chute de nombreuses cryptomonnaies en 2025-2026, cette monnaie numérique conserve une certaine attractivité sur le continent, notamment dans les pays où l’accès aux services bancaires traditionnels est limité. Maurgane Nlandu a expliqué que « le YEM est utilisé pour des transferts transfrontaliers à moindre coût, un usage qui reste pertinent malgré la volatilité ». Charles Guillemet a ajouté que « cette résilience s’explique aussi par des communautés locales très actives, qui défendent son adoption malgré les critiques. »

L’informatique quantique, une menace pour le Bitcoin ?

L’un des sujets les plus techniques de l’émission a porté sur les risques liés à l’informatique quantique pour la sécurité du Bitcoin. Les ordinateurs quantiques, capables de résoudre certains problèmes mathématiques beaucoup plus rapidement que les machines classiques, pourraient un jour compromettre l’algorithme de hachage SHA-256 utilisé par la blockchain. Charles Guillemet a tempéré les craintes : « Les chercheurs travaillent sur des solutions de post-quantum cryptography, mais nous en sommes encore au stade expérimental. Pour l’instant, le risque reste théorique. » Maurgane Nlandu a souligné que « les acteurs du secteur doivent anticiper cette évolution, ne serait-ce que pour rassurer les investisseurs. »

Nexo : une plateforme sous surveillance

Enfin, la crédibilité de la plateforme Nexo a été examinée à la loupe. L’entreprise, spécialisée dans les services de prêt et d’épargne en cryptomonnaies, a fait l’objet de controverses ces derniers mois, notamment concernant la transparence de ses réserves. Charles Guillemet a rappelé que « la confiance est le socle de tout écosystème crypto. Si une plateforme comme Nexo est perçue comme peu fiable, cela peut impacter l’ensemble du secteur. » Maurgane Nlandu a ajouté que « les utilisateurs doivent diversifier leurs risques et éviter de confier la totalité de leurs actifs à une seule entité. »

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives pour plusieurs des sujets abordés dans l’émission. D’abord, la fin de la période transitoire vers l’agrément MiCA (Markets in Crypto-Assets Regulation) est attendue pour la fin du mois de juin 2026. Les acteurs du secteur devront alors se conformer à des règles strictes en matière de transparence et de protection des investisseurs. Ensuite, l’évolution de l’informatique quantique reste à suivre de près : si des avancées significatives sont réalisées, les blockchains pourraient devoir s’adapter rapidement. Enfin, la question de la fiscalité crypto devrait revenir sur le devant de la scène avec l’arrivée de nouveaux outils de traçabilité, comme ceux développés par l’administration fiscale française.

Pour écouter l’émission dans son intégralité ou consulter les podcasts des précédents numéros, rendez-vous sur le site de BFM Business. L’émission BFM Crypto, le Club est diffusée du lundi au jeudi, offrant chaque jour un décryptage des actualités du secteur avec des experts reconnus.

Un portefeuille matériel, comme ceux proposés par Ledger, est un dispositif physique qui stocke les clés privées hors ligne. Contrairement aux portefeuilles en ligne (ou « chauds »), exposés aux piratages et aux attaques par malware, les portefeuilles matériels (ou « froids ») réduisent considérablement les risques de vol. « Ils permettent de signer des transactions hors ligne, ce qui rend impossible l’interception des clés privées par des tiers malveillants », a expliqué Charles Guillemet lors de l’émission.