Le patron de Palantir, Alex Karp, a vivement critiqué mercredi 2 septembre la politique de souveraineté numérique menée par la France, jugeant qu’elle risquait de se « faire du mal » en privilégiant une approche qu’il qualifie de « souveraineté en trompe-l’œil ». Cette prise de position intervient après la décision prise en juin dernier par Paris d’exclure les services de Palantir pour les missions de renseignement intérieur, une décision qui, selon lui, pourrait affaiblir la capacité opérationnelle des services de sécurité français.

Selon Le Monde, Alex Karp, cofondateur et PDG de Palantir Technologies, a ainsi estimé lors d’une intervention publique que la France, en se privant des outils technologiques développés par son entreprise, risquait de compromettre son efficacité dans la lutte contre le terrorisme et les cybermenaces. Une position qui reflète les tensions croissantes entre les ambitions affichées de souveraineté numérique de l’État français et les réalités technologiques du secteur, où les solutions américaines et chinoises dominent largement le marché.

Ce qu'il faut retenir

  • Le patron de Palantir, Alex Karp, a mis en garde la France contre une souveraineté numérique « en trompe-l’œil » lors d’une intervention publique le 2 septembre 2026.
  • Paris a décidé en juin 2026 d’exclure les services de Palantir pour son renseignement intérieur, une décision que Karp juge contre-productive.
  • Selon lui, cette exclusion pourrait « faire du mal » à la France en limitant ses capacités opérationnelles face aux menaces cyber et terroristes.
  • Palantir, spécialisée dans les logiciels d’analyse de données pour les services de renseignement, est souvent perçue comme un acteur clé dans le domaine de la surveillance technologique.

Une souveraineté numérique sous tension

La critique d’Alex Karp s’inscrit dans un contexte où la France cherche à renforcer son autonomie dans le domaine numérique, un objectif affiché depuis plusieurs années. Pourtant, les réalisations concrètes peinent à suivre, notamment dans des secteurs aussi stratégiques que l’intelligence artificielle ou le traitement massif de données. « La souveraineté numérique ne peut se résumer à une exclusion idéologique des acteurs étrangers », a-t-il souligné, ajoutant que cette approche revenait à « se tirer une balle dans le pied ».

Palantir, dont les logiciels sont utilisés par plusieurs agences de renseignement américaines, dont la CIA, est souvent citée comme un exemple des limites de cette souveraineté française. Le géant américain, dont le siège est en Californie, a pourtant déjà collaboré avec des États européens, notamment l’Allemagne pour la gestion de données migratoires, sans que cela ne soulève de controverses majeures.

Des arguments économiques et technologiques contestés

Pour ses détracteurs, la décision française de se passer des services de Palantir s’explique avant tout par des considérations géopolitiques et des craintes liées à la dépendance envers des entreprises étrangères. Pourtant, Alex Karp a rappelé que son entreprise était soumise à des réglementations strictes aux États-Unis, notamment en matière de protection des données et de respect de la vie privée, un argument qu’il oppose aux craintes d’ingérence extérieure.

« Les solutions que nous proposons sont utilisées par des démocraties pour protéger leurs citoyens, pas l’inverse », a-t-il affirmé, avant d’ajouter que l’exclusion de Palantir pourrait contraindre la France à se tourner vers des alternatives moins performantes ou plus coûteuses. Bref, autant dire que la souveraineté numérique française se heurterait ici à un mur technologique plutôt qu’à une solution.

« La France se fera du mal avec une souveraineté en trompe-l’œil. » — Alex Karp, PDG de Palantir Technologies

Et maintenant ?

La polémique pourrait s’amplifier dans les semaines à venir, alors que le gouvernement français finalise sa stratégie nationale pour l’intelligence artificielle et la cybersécurité. Une consultation publique est prévue d’ici la fin de l’année, avec pour objectif de définir des critères stricts pour les partenariats technologiques publics. Reste à voir si Paris maintiendra sa position ou si elle optera pour une approche plus pragmatique, intégrant des compromis avec les acteurs internationaux.

Dans l’immédiat, la décision de juin concernant Palantir semble irréversible, mais ses conséquences sur les capacités de renseignement français ne seront évaluées qu’à moyen terme. Une chose est sûre : le débat sur la souveraineté numérique, déjà vif, vient de prendre une nouvelle dimension.

D’après Le Monde, cette exclusion s’inscrit dans une volonté plus large de réduire la dépendance française aux technologies étrangères, notamment américaines et chinoises, jugées trop risquées sur le plan géopolitique. Les autorités françaises n’ont pas officiellement détaillé les motifs précis de cette décision, mais des sources au sein de l’administration évoquent des préoccupations liées à la protection des données sensibles et à la souveraineté stratégique.