Un commissariat de quartier mitraillé à la Kalachnikov en pleine rue, trois fusillades en trois jours fin août, des règlements de compte qui s’enchaînent depuis 2025 : Bruxelles est confrontée à une vague de violences sans précédent liées au narcotrafic. Selon nos confrères du Figaro, le procureur de Bruxelles, Julien Moinil, a tiré la sonnette d’alarme ce vendredi 29 août 2026, évoquant une situation « inquiétante » où « n’importe qui peut se prendre une balle ». Avec 170 fusillades depuis 2025, dont 69 en 2026, la capitale belge paie le prix d’une criminalité organisée en pleine expansion, alimentée par des réseaux transfrontaliers et une main-d’œuvre facile à recruter.
Ce qu’il faut retenir
- Un total de 170 fusillades ont été recensées à Bruxelles depuis 2025, dont 69 en 2026.
- Deux personnes ont été tuées par ces tirs en 2025, principalement liés au trafic de drogue.
- Trois fusillades en trois jours fin août 2026, dont une visant un commissariat de quartier.
- Des réseaux criminels dirigés depuis l’étranger ou depuis les prisons, malgré l’incarcération de leurs chefs.
- Une main-d’œuvre abondante, composée notamment de dizaines de jeunes Français, mineurs pour la plupart, recrutés dans le nord de la France ou à Marseille.
- 7 000 personnes en situation irrégulière interpellées en 2025, dont plus de 90 % n’ont pas été inquiétées.
Des règlements de compte qui s’intensifient, alimentés par des réseaux toujours actifs
La majorité des fusillades recensées à Bruxelles depuis 2025 relèvent de règlements de compte entre bandes rivales. « Manifestement, ils auraient un différend et donc on a une dynamique de représailles », a expliqué Julien Moinil lors d’une conférence de presse. Ces violences ne devraient pas cesser tant que les « têtes de réseau », souvent basées à l’étranger, ne seront pas neutralisées. Pire encore : certains chefs de gangs, déjà incarcérés, continuent d’orchestrer des attaques depuis leur cellule. « Ils ordonnent ces fusillades depuis leurs prisons », a dénoncé le procureur, qui a une nouvelle fois plaidé pour l’équipement des établissements pénitentiaires en « brouilleurs de téléphone portable », afin de couper court à ces ordres criminels.
Les réseaux criminels bénéficient d’une main-d’œuvre abondante et renouvelable, ce qui leur permet de maintenir une activité intense. Des dizaines de jeunes Français, souvent mineurs, sont ainsi recrutés dans des villes comme Marseille ou Lille, où la justice peine à les retenir après leur arrestation. « On l’avait déjà constaté, mais là, ça prend une ampleur très inquiétante », a souligné Julien Moinil, précisant avoir déjà rencontré ses homologues de Marseille et de Lille pour évoquer cette problématique.
L’immigration irrégulière, un autre levier pour les réseaux criminels
Autre source d’inquiétude : la présence d’auteurs de délits en situation irrégulière sur le territoire belge. En 2025, 7 000 personnes en situation irrégulière ont été interpellées par la police bruxelloise. Pourtant, plus de 90 % d’entre elles n’ont pas été inquiétées. « Dans un pays qui fonctionne normalement, une personne qui n’a pas de titre de séjour et qui vend de la cocaïne doit être éloignée », a affirmé le procureur. Ce phénomène contribue à alimenter les réseaux criminels, qui disposent ainsi d’une « main-d’œuvre gigantesque », selon Julien Moinil.
Ce dernier avait déjà alerté sur cette situation à l’été 2025, après une première vague de fusillades. Il avait alors réclamé un renforcement des moyens judiciaires, en vain. Aujourd’hui, le manque persiste : plus de 80 enquêteurs manquent à l’appel au sein de la police judiciaire bruxelloise, un vide que le procureur appelle à combler sans délai.
Une réponse judiciaire insuffisante face à l’ampleur des réseaux
Face à cette criminalité organisée, la police judiciaire est seule en première ligne pour démanteler les réseaux. Pourtant, ses effectifs restent insuffisants. « Elle est la seule à même de démanteler ces réseaux », a rappelé Julien Moinil, soulignant que les trafiquants disposent d’une capacité de renouvellement rapide de leur main-d’œuvre. Les jeunes recrutés, souvent en situation de précarité, sont facilement remplaçables, ce qui rend la lutte contre ces groupes encore plus complexe.
Le procureur a également pointé du doigt l’absence de sanctions systématiques pour les étrangers en situation irrégulière impliqués dans le trafic de stupéfiants. Selon lui, l’éloignement du territoire devrait être la règle pour ces individus, une mesure qui n’est que trop rarement appliquée. « Ces deux phénomènes permettent aux réseaux criminels de disposer d’une main-d’œuvre gigantesque », a-t-il déploré.
« Je suis un procureur inquiet, car n’importe qui peut se prendre une balle. »
— Julien Moinil, procureur de Bruxelles
Des solutions proposées, mais un calendrier incertain
Pour endiguer cette crise, Julien Moinil a formulé plusieurs propositions, déjà avancées en 2025 sans résultat concret. En tête de liste : l’équipement des prisons en brouilleurs de téléphone, afin d’empêcher les chefs de gangs incarcérés de donner des ordres depuis leur cellule. Il a également réitéré son appel à renforcer les effectifs de la police judiciaire, avec un manque actuel de plus de 80 enquêteurs.
Autre piste évoquée : une coopération accrue avec les autorités françaises, notamment avec Marseille et Lille, où sont recrutés une partie des jeunes impliqués dans ces réseaux. Julien Moinil a indiqué avoir déjà engagé des discussions avec ses homologues locaux, mais sans préciser de calendrier pour une éventuelle coordination renforcée.
D’ici la fin de l’année, les autorités bruxelloises devraient présenter un plan d’action renforcé, incluant peut-être l’adoption de mesures plus strictes contre les étrangers en situation irrégulière impliqués dans le trafic de drogue. En attendant, la population bruxelloise reste exposée à une violence quotidienne, où chaque rue peut devenir le théâtre d’un règlement de compte.
Selon le procureur Julien Moinil, ces jeunes, souvent mineurs et en situation de précarité, sont des cibles faciles pour les recruteurs des réseaux. Leur profil permet aux trafiquants de disposer d’une main-d’œuvre abondante, facile à remplacer et peu coûteuse. Les villes comme Marseille ou Lille, où la justice peine à les retenir après leur arrestation, sont particulièrement touchées par ce phénomène.