Alors que l’Union européenne tergiverse sur la ratification de l’accord commercial avec le Mercosur, l’Uruguay, qui assure depuis juillet 2026 la présidence tournante du bloc sud-américain, multiplie les mises en garde. Selon Euronews FR, le ministre des Affaires étrangères uruguayen, Mario Lubetkin, a appelé solennellement Bruxelles à saisir « ce qu’il qualifie d’occasion historique » en finalisant ce partenariat économique. Sans quoi, l’Europe risquerait de voir son influence en Amérique latine s’effriter au profit de la Chine et d’autres puissances mondiales.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Uruguay, actuel président du Mercosur, exige la ratification de l’accord UE-Mercosur pour éviter une perte d’influence européenne en Amérique du Sud face à la Chine
  • Les quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay) ont ratifié l’accord en seulement deux mois, une première historique
  • En Europe, la procédure est bloquée depuis janvier 2026 par une demande d’avis de la Cour de justice de l’UE, retardant une décision jusqu’à 2027 ou 2028 au plus tôt
  • L’accord, entré en vigueur provisoirement le 1er mai 2026 côté Mercosur, couvre non seulement des échanges commerciaux mais aussi des investissements bidirectionnels
  • L’Uruguay, premier partenaire commercial de la Chine en Amérique latine, refuse de choisir un camp et souhaite approfondir ses relations avec Washington, Pékin et Bruxelles

Un accord considéré comme stratégique par l’Amérique du Sud

Lors d’un entretien accordé à Euronews FR à Bruxelles, Mario Lubetkin a présenté l’accord UE-Mercosur comme un « saut qualitatif » dans les relations entre l’Europe et l’Amérique du Sud. « Les quatre pays du Mercosur ont ratifié l’accord en seulement deux mois », a-t-il souligné. « Cela ne s’était jamais produit. Des gouvernements de droite comme de gauche y ont tous consenti, car nous considérons que c’est d’une importance stratégique, non seulement pour nous, mais aussi pour l’Europe. » L’accord, conclu après plus de vingt ans de négociations, est entré en phase de mise en œuvre côté Mercosur le 1er mai 2026, tandis qu’en Europe, le processus de ratification piétine.

Le bloc sud-américain a d’ores et déjà rempli sa part des engagements. Reste désormais à l’Union européenne à surmonter ses propres blocages internes. Depuis janvier 2026, le Parlement européen a demandé un avis à la Cour de justice de l’UE (CJUE) sur la compatibilité juridique de l’accord avec les traités européens. Ce recours prolonge indéfiniment la procédure, alors que Montevideo ne cache plus son impatience.

L’Europe face à un choix géopolitique

Pour Lubetkin, l’accord a pris une dimension stratégique accrue ces dernières années, dans un contexte de rivalité géopolitique mondiale croissante. « L’Europe doit réfléchir aux régions avec lesquelles elle peut travailler et qui offrent des atouts complémentaires », a-t-il expliqué. « C’est un accord gagnant-gagnant. » Selon lui, la ratification permettrait à l’Europe de bénéficier d’une croissance économique renforcée, de nouveaux emplois et d’un accroissement des flux d’investissements de part et d’autre de l’Atlantique. « Notre région dispose elle aussi d’une importante capacité d’investissement », a-t-il rappelé. « La dynamique est bidirectionnelle. »

L’Uruguay, qui entretient des liens économiques étroits avec la Chine — devenue son premier partenaire commercial depuis quatorze ans — met en garde Bruxelles contre les risques d’un rejet de l’accord. « Si l’Europe rejette cet accord, les conséquences seront bien plus lourdes pour elle que pour nous », a prévenu Lubetkin. Sans nommer explicitement Pékin, il a indiqué que la Chine constituait « évidemment » une alternative crédible pour l’Amérique du Sud.

Un équilibre fragile entre grandes puissances

Malgré les pressions croissantes de l’administration américaine de Donald Trump pour contenir l’influence chinoise en Amérique latine, l’Uruguay défend une politique étrangère pragmatique et non alignée. « Notre politique est positive, elle n’est dirigée contre personne », a déclaré Lubetkin. « Nous voulons approfondir nos relations commerciales avec tous nos partenaires. » Cette position reflète la ligne diplomatique du gouvernement de centre gauche uruguayen, en place depuis mars 2025, malgré un virage conservateur observable dans une grande partie de l’Amérique latine.

Lubetkin cite d’ailleurs la récente visite du président chilien Gabriel Boric à Montevideo comme preuve que les divergences idéologiques s’effacent devant les intérêts économiques concrets. « Que les gouvernements soient de droite ou de gauche, les pays ont besoin les uns des autres », a-t-il affirmé. « Le monde change et la coopération devient plus importante que les étiquettes politiques. » Pour l’Uruguay, l’Europe reste un partenaire privilégié, mais le temps presse.

Et maintenant ?

L’Uruguay, qui assure la présidence du Mercosur jusqu’à la fin de l’année 2026, ne compte pas attendre indéfiniment la décision européenne. Montevideo prévoit d’organiser en décembre 2026 le premier forum commercial UE-Mercosur et collabore déjà avec la Commission européenne pour accélérer la coopération commerciale, malgré l’absence de ratification formelle. « Nos citoyens ne peuvent pas attendre », a martelé Lubetkin. Le bloc sud-américain compte par ailleurs finaliser d’ici fin 2026 des accords commerciaux avec le Canada, les Émirats arabes unis et l’Inde, tout en renforçant ses liens avec l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Asean) et l’Afrique. Si Bruxelles persiste à tergiverser, l’Uruguay menace de se tourner vers d’autres partenaires.

L’accord UE-Mercosur, bien plus qu’un simple traité commercial

Au-delà des flux commerciaux, l’accord UE-Mercosur constitue un pilier de la stratégie européenne pour contrer l’influence chinoise en Amérique latine, une région où Pékin a multiplié les investissements infrastructurels et commerciaux ces dernières années. Pour l’Uruguay, qui mise sur une diversification de ses partenariats, la ratification du traité représenterait un signal fort en faveur d’une intégration économique transatlantique, tout en préservant sa liberté de manœuvre diplomatique. « Si l’Europe avance, les deux parties y gagneront », a conclu Lubetkin. « Sinon, le Mercosur continuera d’ouvrir de nouvelles portes ailleurs. »

Reste à savoir si les institutions européennes parviendront à surmonter leurs divisions internes avant que la fenêtre d’opportunité ne se referme définitivement. La Cour de justice de l’UE dispose d’un délai estimé à plus d’un an pour rendre son avis, repoussant toute décision au plus tôt à 2027. Entre-temps, l’Amérique du Sud, elle, n’attend pas.

Pour Montevideo, cet accord représente une opportunité stratégique de renforcer les liens économiques avec l’Europe, tout en évitant une dépendance exclusive à la Chine, son premier partenaire commercial. Lubetkin souligne que l’accord est « gagnant-gagnant » et permettrait à l’Europe de regagner de l’influence en Amérique latine face à Pékin.

Le principal frein réside dans la demande d’avis formulée en janvier 2026 par le Parlement européen à la Cour de justice de l’UE (CJUE). Cette procédure pourrait prendre plus d’un an, retardant toute ratification au plus tôt à 2027 ou 2028.