Deux réalisateurs palestiniens, Mohamed Mesbah et Shayma’ Awawdeh, viennent de marquer le paysage cinématographique international avec deux courts-métrages qui offrent un regard intime et sans fard sur la vie en Cisjordanie occupée. Ces œuvres, projetées récemment dans plusieurs festivals européens, ont retenu l’attention de la critique pour leur authenticité et leur capacité à transcender les clichés sur le conflit israélo-palestinien. Selon Libération, ces films s’inscrivent dans une démarche artistique militante, où le cinéma devient un outil de résistance face à l’occupation.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux courts-métrages primés en 2025 et 2026, l’un intitulé « Concepteur de rêves » et l’autre « Souvenirs d’enfance en Cisjordanie », explorent le quotidien sous occupation israélienne.
  • Le premier suit Mohamed Mesbah, jeune concepteur de jeux vidéo à Ramallah, dont l’œuvre numérique devient une échappatoire face à la réalité des checkpoints.
  • Le second, signé par Shayma’ Awawdeh, plonge dans les archives familiales pour reconstituer un passé où la terre et la mémoire se mêlent.
  • Ces films ont été sélectionnés dans plus de 15 festivals, dont ceux de Cannes, Berlin et Venise, où ils ont remporté trois prix majeurs.
  • Ils s’inscrivent dans un mouvement artistique émergent : cinéma de résistance palestinien, qui utilise l’image pour documenter l’occupation sans tomber dans le pathos.
  • Les deux réalisateurs, âgés de 30 et 28 ans, sont issus de deux générations distinctes de Palestiniens, offrant ainsi des perspectives complémentaires sur leur société.

Des récits qui dépassent la simple documentation

« Concepteur de rêves », réalisé par Mohamed Mesbah, suit le parcours de Karim, 25 ans, qui passe ses journées à concevoir des mondes virtuels dans un petit studio de Ramallah. Autant dire que, pour lui, créer des jeux vidéo est bien plus qu’un métier : c’est une façon de s’évader d’un quotidien rythmé par les restrictions de mouvement et l’insécurité permanente. Comme le rapporte Libération, le film alterne entre scènes de vie réelle et séquences de jeu, où les paysages numériques contrastent avec les paysages réels, barrés par les murs de séparation. « Je construis des univers où les frontières n’existent pas, a déclaré Mesbah. Mais chaque fois que je quitte mon écran, je me heurte à la réalité des checkpoints. »

De son côté, « Souvenirs d’enfance en Cisjordanie », œuvre de Shayma’ Awawdeh, prend la forme d’un documentaire poétique. L’artiste y revisite les lettres et les photographies de sa famille, dispersée entre Jérusalem, Hébron et les camps de réfugiés de Jordanie. Le film mêle archives personnelles et images tournées sur place, avec pour toile de fond les paysages desséchés de la Cisjordanie. « Ces souvenirs sont notre dernier bien, a souligné Awawdeh. Israël essaie de nous effacer, mais nos histoires survivent, et c’est ça notre plus grande force. »

Un cinéma palestinien qui gagne en visibilité

Ces deux courts-métrages s’inscrivent dans un mouvement plus large de reconnaissance internationale du cinéma palestinien. Depuis le début des années 2020, des réalisateurs comme Hany Abu-Assad (« Omar », Lion d’Or à Venise en 2013) ou Sameh Zoabi (« The Present », primé à Berlin en 2020) ont ouvert la voie. Selon Libération, les œuvres de Mesbah et Awawdeh s’en distinguent par leur approche intimiste, loin des grands récits politiques. « On ne cherche pas à faire un film sur l’occupation, a expliqué Mesbah. On montre simplement comment on vit avec. C’est ça, notre résistance. »

Ces projets ont bénéficié d’un soutien logistique et financier de structures comme l’Institut du cinéma palestinien ou l’ONG « Cinema for Change », qui milite pour une meilleure représentation des Palestiniens à l’écran. « Sans ce réseau, nos films n’auraient jamais quitté la Cisjordanie, a reconnu Awawdeh. Aujourd’hui, ils voyagent à travers le monde, et c’est ça qui compte. »

Et maintenant ?

Les deux réalisateurs préparent désormais des longs-métrages, dont le tournage devrait débuter d’ici la fin de l’année 2026. Mohamed Mesbah travaille sur une fiction intitulée « Virtual Intifada », qui explorera les liens entre technologie et résistance, tandis que Shayma’ Awawdeh finalise un documentaire sur les femmes palestiniennes artistes. Par ailleurs, une tournée de projections est prévue dans les territoires occupés à partir de septembre 2026, en partenariat avec des associations locales. Reste à voir si ces initiatives pourront s’inscrire dans la durée, à l’heure où le cinéma palestinien reste marginalisé dans les grands circuits de diffusion.

Pour les amateurs, les deux courts-métrages sont disponibles en ligne sur les plateformes MUBI et Arte.tv, avec sous-titres en français, anglais et arabe. Une façon de découvrir une autre facette de la Palestine, loin des images de violence souvent relayées par les médias internationaux.

Le terme, utilisé par Libération, fait référence à la capacité de ces œuvres à traverser les frontières physiques et symboliques imposées par l’occupation israélienne. Que ce soit à travers les récits intimes des réalisateurs ou leur diffusion internationale, ces films « passent » littéralement les murs, les checkpoints et les censures pour atteindre un public global.