Alors que les tensions au Moyen-Orient et la flambée du prix du kérosène alimentent les craintes d’un été compliqué pour le transport aérien, les acteurs du secteur en France se veulent rassurants. Selon Capital, Pascal de Izaguirre, président de la Fédération nationale de l'aviation maritime (Fnam) et dirigeant de Corsair, a indiqué ce mardi 12 mai qu’aucun « affaissement de la demande » n’était constaté pour la période estivale. Une position qui s’appuie sur des carnets de réservations comparables à ceux de 2025 et une modération des augmentations tarifaires par les compagnies.
Ce qu'il faut retenir
- Les compagnies aériennes françaises ne prévoient pas d’annulations massives de vols pour l’été 2026, malgré la hausse des coûts.
- Moins de 2 % des vols ont été annulés en mai et juin, un chiffre qualifié de « marginal » par le secteur.
- Le gouvernement français et les énergéticiens ont garanti la continuité des approvisionnements en kérosène pour la saison estivale.
- Le système d’entrée/sortie (EES) dans les aéroports européens, déjà critiqué pour ses dysfonctionnements, risque de compliquer les flux cet été.
- À Orly, des travaux sur la piste 4 en août entraîneront l’annulation, le report ou le transfert de 3 000 vols, perturbant l’organisation des compagnies et des passagers.
Un environnement économique et géopolitique sous haute tension
Le secteur aérien français évolue dans un contexte particulièrement tendu. La guerre au Moyen-Orient, en plus de ses implications humanitaires, pèse lourdement sur les coûts opérationnels des compagnies. La flambée du prix du kérosène, carburant indispensable à l’aviation, représente un défi majeur. Pourtant, Pascal de Izaguirre tempère les inquiétudes : « Nous ne prévoyons pas un été compliqué, mais nous restons prudents face à un environnement imprévisible et à l’impact majeur du conflit sur nos entreprises », a-t-il déclaré à BFMTV ce 12 mai. Malgré cette prudence affichée, le secteur reste sous surveillance.
Les compagnies ont choisi de limiter les hausses de tarifs pour ne pas décourager les voyageurs. « Elles sont restées très raisonnables pour ne pas casser la dynamique de l’été. Ces augmentations sont loin de compenser la hausse de leurs coûts », explique le président de la Fnam. Cette stratégie vise à préserver la demande, même si elle ne couvre pas intégralement l’inflation des charges. Pour l’instant, les données disponibles confirment cette approche : « Même pas 2 % d’annulations » ont été recensées en mai et juin, un chiffre qualifié de « marginal » et « ciblé ».
Des annulations de vols quasi inexistantes… pour l’instant
Les compagnies aériennes, conscientes des enjeux, évitent soigneusement de saborder leur saison estivale. « Ce serait se tirer une balle dans le pied que de ne pas assurer les programmes de vols pour l’été », assure Pascal de Izaguirre. Les annulations motivées par des raisons purement commerciales, comme une baisse de la demande, ne sont pas à l’ordre du jour. « Il n’y a pas de crainte à avoir d’annulation pour telle ou telle raison commerciale, notamment pour l’été », insiste-t-il.
Cette stabilité relative s’explique aussi par la planification rigoureuse des compagnies. Les programmes de vols ont été conçus pour répondre à une demande jugée robuste. « Quand on regarde l’évolution de notre carnet de commandes de réservations pour l’été, on est au même niveau que l’an dernier. Nous n’avons pas d’inquiétude à ce stade sur la robustesse de la demande et on anticipe tous un été plutôt convenable, une bonne saison estivale », précise le dirigeant. Un optimisme qui, s’il n’est pas exempt de risques, repose sur des indicateurs tangibles.
Le kérosène : un approvisionnement sécurisé, mais des défis logistiques persistent
Un autre point de tension, le kérosène, semble mieux maîtrisé qu’initialement redouté. Le gouvernement français a joué un rôle clé dans la sécurisation des approvisionnements. « Nous avons eu des réponses précises de l’État et des énergéticiens sur la continuité des approvisionnements et l’utilisation prioritaire des stocks stratégiques », souligne Pascal de Izaguirre. Cette mobilisation permet d’envisager l’été avec un niveau de confiance accru.
Cependant, un nouveau paramètre est venu complexifier la donne : l’utilisation croissante de kérosène de type Jet-A produit aux États-Unis. Si cette alternative permet de contourner partiellement la hausse des prix, elle pose des défis logistiques. « Les aéroports doivent gérer des carburants de types différents, qui ne peuvent pas être mélangés dans les cuves », explique le président de la Fnam. Une adaptation nécessaire, mais qui pourrait générer des retards ponctuels dans le ravitaillement des appareils.
L’EES, nouveau casse-tête aux frontières européennes
Autre sujet d’inquiétude, le système d’entrée/sortie (EES), déployé depuis l’automne 2025 dans les aéroports européens. Ce dispositif, qui repose sur l’enregistrement numérique des voyageurs via leurs données biométriques et coordonnées, devait fluidifier les contrôles frontaliers. Pourtant, depuis avril 2026, des dysfonctionnements techniques récurrents perturbent son fonctionnement. En France, « les dispositifs ne sont toujours pas pleinement opérationnels, faisant craindre des engorgements aux frontières », alerte l’association du secteur.
Pour éviter un blocage des flux, l’association demande une adaptation de la réglementation européenne. « La présence de moyens humains pour accompagner la mise en œuvre de l’EES est indispensable. Par ailleurs, la réglementation européenne doit être amendée pour préserver des possibilités dérogatoires au-delà du mois de septembre », plaide-t-elle. Une solution urgente, alors que la saison touristique s’annonce déjà chargée.
Orly en pleine restructuration : 3 000 vols perturbés en août
Le trafic aérien français devra aussi composer avec des travaux d’envergure à l’aéroport d’Orly. En août 2026, des travaux sur la piste 4 entraîneront l’annulation, le report ou le transfert de 3 000 vols. Une opération de grande ampleur, qui obligera les compagnies à réorganiser leurs plannings et les passagers à anticiper d’éventuels changements d’horaires ou d’aéroports. Sébastien Justum, secrétaire général adjoint du Groupe Air France-KLM, qualifie la performance actuelle de la navigation aérienne française de « médiocre ». Une situation qui ne devrait pas s’améliorer avant la fin des travaux.
Quoi qu’il en soit, le secteur aérien français semble déterminé à éviter une crise majeure cet été. Entre modération tarifaire, sécurisation des approvisionnements et efforts pour maintenir la fluidité des vols, les acteurs misent sur la résilience. Reste à savoir si ces mesures suffiront à absorber les multiples défis qui se présentent à eux.
D’après Capital, plusieurs compagnies figurent parmi les plus affectées, notamment Volotea, qui a déjà annulé des dizaines de vols, ainsi que des acteurs moins connus comme L’Odyssey, dont tous les vols ont été suspendus. Une liste détaillée des compagnies les plus impactées est disponible dans les articles liés du média.
Les passagers peuvent se tourner vers des services spécialisés comme Airhelp, partenaire de Capital. Le site propose un outil pour estimer le montant de l’indemnisation possible, selon le règlement européen en vigueur. Une démarche simple et rapide pour faire valoir ses droits.