En 1998, la victoire de la France en Coupe du monde a marqué l’histoire du football, mais aussi celle de la musique. Parmi les hymnes officiels et les tubes planétaires, c’est I Will Survive — dans sa version remixée par Hermes House Band — qui a captivé la France entière après le sacre des Bleus au Stade de France le 12 juillet. Pourtant, ce titre n’avait rien d’un hymne sportif à l’origine, comme le révèle RMC Sport.

Ce qu'il faut retenir

  • En 1978, Gloria Gaynor enregistre I Will Survive en face B de Substitute, sans succès immédiat avant que le titre ne devienne un tube mondial.
  • En 1994, le groupe néerlandais Hermes House Band reprend le morceau avec des « la la la la la » en chœur, qui deviendront l’identité de la version française.
  • En 1997, Max Guazzini, alors patron de NRJ, impose cette reprise comme hymne du Stade Français Paris, avec une pochette inspirée des couleurs du club.
  • Vincent Candela, latéral de l’AS Rome et de l’équipe de France, contribue à populariser le titre dans le vestiaire des Bleus, transformant une blague en hymne officiel.
  • Le 12 juillet 1998, après la victoire 3-0 contre l’Afrique du Sud au Stade Vélodrome, les Bleus chantent I Will Survive dans leur vestiaire, puis dans les rues de France.
  • En 2018, le titre connaît un regain d’intérêt avec une hausse de 5 773 % des écoutes sur Deezer après la deuxième Coupe du monde des Bleus.

Tout commence en 1976, lorsque l’auteur et producteur Dino Fekaris est licencié de la Motown, le célèbre label de Michael Jackson et Diana Ross. Désabusé, il rédige en quelques minutes les paroles de I Will Survive sur un bout de sac en papier kraft. Deux ans plus tard, il propose le morceau à Gloria Gaynor, qui l’enregistre dans des conditions difficiles, après une opération médicale. Le single sort le 23 octobre 1978, mais I Will Survive n’est alors qu’une face B, reléguée derrière Substitute, selon le choix de Fekaris.

Pourtant, la chanteuse est convaincue du potentiel du titre. Elle en distribue des exemplaires à des DJs new-yorkais, dont un ami au Studio 54. Les danseurs adoptent immédiatement le morceau, qui devient un tube radiophonique. Face à ce succès, la maison de disques réimprime le single en urgence, plaçant I Will Survive en face A. Le titre atteint la première place des charts américains, devenant l’un des hymnes de la résilience et de la disco.

En 1994, un groupe d’étudiants néerlandais, Hermes House Band, reprend la chanson. Leur version se distingue par un chœur scandant des « la la la la la » en remplacement de la partie instrumentale. Le titre devient n°1 aux Pays-Bas et attire l’attention de Max Guazzini, alors patron de la radio NRJ. En 1997, il en fait l’hymne du Stade Français Paris, club de rugby dont il est alors président. Le single, réédité avec une pochette aux couleurs du club (bleu et rouge), se vend à plus de 650 000 exemplaires en France.

C’est dans ce contexte que Vincent Candela, latéral de l’AS Rome et remplaçant à gauche dans l’équipe de France, découvre le titre. Dans le vestiaire des Bleus, où il est surnommé l’ambianceur, il lance un jour un toro — un jeu de moqueries et de défis — en entonnant les « la la la ». « On faisait un toro. On se chambrait assez souvent. Je crois que Boghossian était au milieu. Il n’arrivait pas à attraper le ballon. Au bout d’un moment, on a commencé à chantonner « la la la la la ». C’est parti de là », explique-t-il à RMC Sport en 2017.

Le 12 juin 1998, deux jours avant la finale, les Bleus affrontent l’Afrique du Sud au Stade Vélodrome. Dans les vestiaires, les joueurs entendent leurs adversaires chanter sans discontinuer. Une provocation qui les pousse à se mobiliser. Après leur victoire 3-0, Vincent Candela lance les « la la la » dans le vestiaire, et toute l’équipe reprend en chœur. Le titre devient alors un symbole. L’intendant des Bleus, Henri Émile, et Alain Boghossian parviennent à se procurer une cassette du morceau, qui est diffusée dans le bus de l’équipe.

Rapidement, I Will Survive dépasse les frontières du football. Diffusé sur les radios, il éclipse même l’hymne officiel de la Coupe du monde 1998, La Copa de la Vida de Ricky Martin, pourtant numéro 1 des ventes en France entre le 9 mai et le 20 juin. Le 12 juillet, lors de la cérémonie de remise du trophée au Stade de France, les Bleus entonnent le titre, suivi par 1,5 million de personnes massées sur les Champs-Élysées. La France plonge dans une folie collective, au rythme des « la la la ».

En 1999, Gloria Gaynor, devenue marraine des Bleus, interprète une version remixée du titre au Stade Vélodrome lors d’un match amical contre le Maroc. Elle y inclut elle aussi les « la la la », scellant définitivement le lien entre la chanson et les champions du monde. Deux ans plus tard, elle remet à Vincent Candela un disque d’or lors d’une visite à Clairefontaine avant l’Euro 2000.

Les relations entre la chanteuse et les Bleus prennent cependant une tournure moins amicale en 2009. À l’occasion du jubilé de Candela à Rome, ses agents exigent une rémunération de 200 000 euros pour sa présence, une somme que la chanteuse aurait oubliée selon l’intéressé. « Elle ne se rappelait plus de moi », avait-il déclaré en riant à RMC Sport.

Malgré cette anecdote, I Will Survive reste indissociable du football français. En 2018, après la deuxième victoire des Bleus en Coupe du monde, le titre connaît un regain d’intérêt spectaculaire, avec une hausse de 5 773 % des écoutes sur Deezer et une place en tête des téléchargements sur iTunes. En 2026, à l’aube d’une nouvelle Coupe du monde, la chanson continue de résonner comme un symbole de persévérance et de fête.

Et maintenant ?

Alors que la Coupe du monde 2026 approche, la question se pose : un nouvel hymne émergera-t-il pour marquer l’histoire du football français ? Pour l’heure, les préparatifs se concentrent sur la composition de l’équipe et la stratégie sportive. Mais une chose est sûre : I Will Survive restera à jamais associé à l’âge d’or des Bleus, comme un clin d’œil de l’histoire où le hasard a fait de la résilience un hymne planétaire.

Reste à savoir si une nouvelle génération de joueurs saura créer son propre refrain, aussi fédérateur que celui des « la la la ». Une question que seul le terrain pourra trancher.

À l’origine, I Will Survive était une chanson de rupture écrite en 1976 par Dino Fekaris après son licenciement de la Motown. Il ne l’a proposée à Gloria Gaynor qu’en 1978, et le single la plaçait en face B de Substitute. Ce n’est qu’après son succès inattendu que le titre est devenu un tube mondial, bien loin de l’univers du football.